[discussions] Cette douce certitude du pire
Posté par Vincent Charbonnier le 18/10.
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La comparaison avancée par Raf entre la naissance de la FSE et celle de
l'U-ID en 1980 me paraît assez judicieuse, parce que fondamentalement
vraie. A l'époque aussi, l'U-ID s'auto-certifiait comme dynamique de
rassemblement du mouvement étudiant, en rupture avec le gauchisme
nihiliste des 70's et dans la perspective d'un syndicalisme dit «
delutte® ». Force est de constater que le discours de la FSE, 20 après,
est quasiment le même, à quelques variantes près. Comme dirait l'autre,
personne n'a le monopole du cúur. D'ailleurs, en écrivant cela, je me
rappelle le documentaire sur Mitterrand qui est passé la semaine
dernière surFrance 3. J'ai notamment beaucoup apprécié le second épisode
où l'on voit Mitterrand, s'enflammer sur le thème de la rupture avec le
capitalisme qui ne peut qu'être révolutionnaire. Oui, personne n'a le
monopole du cúur et le discours de la rupture est le plus facile qui
soit à tenir, en ce qu'il se soutient de sa propre audace et qu'il prend
toujours soin de bien verrouiller à sa gauche. Ou à droite d'ailleurs,
ce qui symétrise bien l'audace de la FSE avec l'audace d'une
réunification à batons rompus. Mais je persiste à croire également que
l'UNEFthon que certains nous promettent omme une apothéose ne soit qu'un
acharnement thérapeuthique inutile et pathétique. Je soumets bien
évidemment cette assertion, un brin désabusée il est vrai, au jugement
de la pratique qui ne saurait tarder désormais.
Concernant la semestrialisation, il me semble que le problème est mal
posé. Les réponses offusquées des camarades de l'U-ID sont bavardes et
bien fallacieuses, pour que je ne m'y attarde pas. Cependant, il me
semble que le fond du problème réside au-delà de ce découpage et de ses
conséquences pratiques notamment pour les personnels IATOSS
(secrétariats), dont j'observe que les camarades de l'U-ID parlent très
peu, dans le fait que la tendance depuis ces dernières années, mais
amorcée après la glorieuse fausse-révolution de 1968, est à une
généralisation-systématisation des séquences d'évaluation. Je n'ai pas
fait le calcul précisément, mais il paraît bien que les enseignants
doivent passer presque autant de temps à préparer et corriger les
examens qu'à préparer leurs cours et poursuivre leurs recherches, quand
il leur reste du temps pour cela. La plaie majeure de l'université en
cette fin de siècle, c'est l'obsession de la note, de l'évaluation, dont
on commence à entrevoir les conséquences funestes, soit
1. Pour les étudiants, le développement d'un consumérisme absolu où
l'essentiel est de compter et de recompter ses notes pour décrocher tel
ou tel module. Il y a bien longtemps que le contenu intelelctuel du
cours est passé à la trappe. Bien sûr, il s'agit d'une tendance
dominante à laquelle ne succombe pas tout le monde, tout juste une
écrasante majorité ;
2. Pour les enseignants, jeunes ou vieux, précaires ou titulaires,
honnêtes ou non, c'est la résignation qui l'emporte massivement face à
un formidable gâchis humain, qu'il ne veulent ou ne peuvent plus
combattre. Ils en sont réduits, pour la plupart à gérer une situation de
fait, ou plus sûrement, à déléguer, le plus souvent aux personnels
IATOSS, leurs tâches administratives, dont l'inflation générée par les
précédentes réformes est passivement acceptée. En bref c'est une douce
certitude du pire.
Il me semble donc que l'urgence est moins de gommer les excès de ces
boursouflures bureaucratico-administratives qui encombrent les
universités que porter une exigence forte d'une remise à plat totale du
système d'enseignement supérieur, en revenant peut-être sur quelques
points clés, comme
ï la limitation autoritaire et anti-démocratique de trois années max.
pour obtenir son DEUG ;
ï la sur-spécialisation dès la première année qui ne sert que ceux et
celles des étudiant-e-s qui savent ce qu'ils veulent précisément faire,
en général, soit dit en passant, des étudiants issus de milieux à
haut/fort capital culturel. Certes, les récentes réformes se sont
engagés sur cette voie, mais en démultipliant abstraitement l'offre
d'études, en ne tenant pas compte des multiples contraintes de la
réalité, comme l'impossibilité persistante, à ma connaisance du moins,
de toute ubiquité. Il faut peut-être revenir à l'ancienne propédeutique,
un peu sur le mode des prépas (cf. la récente et courageuse contribution
au débat de E. Ponsot sur le forum du SEUL-FSE) ;
ï la prééminence anachronique des CM sur les TD dans les premiers
cycles, où le symbolique écrase l'efficacité pseudo-rationnelle des gros
regroupements.
Cette exigence d'une remise à plat ne me semble pas accessible en l'état
au mouvement étudiant. Non qu'il soit par essence inapte à construire un
rapport de force, ou que sa fragmentation actuelle soit insurmontable,
mais parce que le mouvement étudiant seul est incapable de peser, parce
qu'il s'agit moins d'un problème politique que d'un problème culturel
qui exige que tous les personnels universitaires pèsent ensemble, dans
et avec leurs différences, pour fair avancer les choses. Aussi
l'obstacle réside t-il principalement dans l'atonie du corps enseignant,
qui nourrit en partie celui des milieux étudiants, et aussi dans une
fragmentation du mouvement syndical, qui pour n'être pas insurmontable,
n'en exige pas moins que l'on commence par le considérer pour ce qu'il
est et non pour une armée de réserve du Capital ou de la révolution
permanente, tapie dans l'ombre.
« Il y a plusieurs degrés dans l'approbation jusqu'au renoncement » F.
Mitterrand
Débattons camarades!!!!!!
Vincent Charbonnier, Nantes