Répondre à ce message - retour au sommaire de la page  

[discussions] Et voila comment l'U-ID ment aux etudiants

Posté par Emmanuel Lyasse le 17/10.

piece jointe : TEXT/HTML
Sans pudeur.
Face au constat, que peuvent faire tous les étudiants de Paris IV qui ont connu l'avant et l'après, que la semestrialisation est un désastre, on répond superbement: "vous êtes des cons, vous n'avez rien compris, je vais tout vous expliquer moi qui n'ai jamais mis les pieds dans votre fac (ou alors, un jour d'élections)".
En somme, il n'y aurait pas de semestrialisation, juste une "organisation del'année en semestres", qui n'aurait qu'un effet, obliger les méchants mandarins à organiser des épreuves en janvier.
Et on nous appelle à chasser le mandarin, cette forme universitaire du dahu. 
La réforme Bayrou ne ferait donc qu'inventer les partiels de janvier ? Quelle blague ! Je voudrais bien qu'on me cite une seule fac où il n'en existait pas avant 97.
Au contraire, elle les abolit en tant que partiels, pour en faire des terminaux, qu'on ne peut rattraper dans la suite de l'année. C'est cela, ma chère camarade, la semestrialisation.
Ca oblige les méchants mandarins à couper les programmes en deux ? Pas du tout ! Ils peuvent très bien concentrer le programme d'une année sur un semestre, avec deux fois plus d'heures de cours, ce qui renforce le bachotage. C'est même ce que leur demande explicitement la réforme. Là où les programmes sont coupés en deux, comme en Histoire à Paris IV, c'est qu'on a décidé d'essayer de la contourner sur ce point.
 
Il convient ici de distinguer deux choses: la semestrialisation des enseignements, et la semestrialisation du contrôle des connaissances.
 
La semestrialisation des enseignements existait depuis des années dans la plupart des facs de Sciences, à la satisfaction générale semble-t-il. Comme tu le dis, elle permet de couper en deux les révisions, sans nuire à l'acquisition des connaissances. Mais, puisque tu te permets d'intervenir à propos de Paris IV, et d'insulter tous les signataires de notre pétition, je me vois obligé de te demander de sortir de Rangueuil (où nous n'avons jamais demandé l'abolition de la semestrialisation) pour considérer la situation en Lettres.
Il se trouve qu'un programme de Lettres ne se coupe pas en deux comme un programme de Sciences. Dans les matières à dissert, ça limite la perspective: quel sens y aurait-il à composer en Français sur la première moitié d'une oeuvre au premier semestre, le reste au second ? Seule solution: étudier deux oeuvres différentes. Dans les matières à version, c'est carrément absurde, puisqu'il n'y pas de programme, mais une compétence à acquérir. Un étudiant peut devoir repasser son premier semestre en version ou en thème alors qu'il a réussi ceux du deuxième, supposés plus difficiles.
Autre solution expériementée: version un semestre, thème l'autre. Résultat: on a un semestre pour oublier ce qu'on a appris dans chaque exercice.
Quant au Droit, je n'ai pas de compétence particulière pour en parler (il n'y a qu'à l'U-ID qu'on se croit omnicompétent) mais peut m'appuyer sur le témoignage de nombreux camarades juristes qui considèrent que la semestrialisation pose les mêmes problèmes qu'en Lettres. La suppression du système admission-admissibilité n'a rien à voir avec la semestrialisation, sinon qu'elle se trouve dans le même arrêté. D'ailleurs, au vu de ce qui l'a remplacé, ces mêmes camarades jugent que ce n'est pas un progrès.
 
La réforme Bayrou impose donc la semestrialisation qui existait en Sciences à des matières auxquelles elle ne convient manifestement pas. Elle impose aussi à tout le monde une semestrialisation du contrôle des connaissances qui ne convient à personne.
En effet, sans rien apporter, elle allonge tous les délais, supprime la possibilité de rattraper en juin les notes de janvier autrement qu'à la compensation globale, et remet en cause la possibilité même de la session de septembre. L'arrêté Bayrou permet explicitement sa suppression, quoi qu'en ait dit l'UNEF-ID. Certaines facs l'ont effectivement supprimée, parfois avec l'accord de l'U-ID (en Droit à Caen, ses élus ont voté pour). A Paris IV, nous avons obtenu son maintien, mais l'organisation de celle de cette année a été un désastre, parce qu'elle est incompatible avec la semestrialisation. Pour une raison simple: il n'y a que 52 semaines dans l'année.
 
Enfin, il est bien beau de vanter la possibilité de pouvoir réviser le programme en deux fois. Ca peut, dans les limites fixées plus haut, être intéressant pour ceux qui ont les moyens d'être étudiants à temps complet. Mais les autres ? Avant, les partiels de janvier relevaient du contrôle continu facultatif, et ceux qui travaillaient à temps complet avaient la possibilité de choisir le contrôle terminal. Aujourd'hui, même en contrôle terminal, il faut passer les examens de janvier. Là où la session de septembre a été totalement ou partiellement supprimée, ça n'arrange rien.
Merci qui ?
Il est inutile de nous répondre que ce problème n'existe plus puisuqe l'UNEF-ID a gagné l'allocation d'études pour tous et la coupe du monde de football. Ici, tout le monde sait que c'est faux.
 
Bref, tu auras compris pourquoi nous ne sommes pas dans la même organisation, et pourquoi il y aura fort peu de militants de notre UNEF à votre parodie de réunification en décembre.
 
Deux interrogations pour finir:
1) Si vraiment la réforme Bayrou est un acquis du mouvement de novembre 95, comment expliques-tu qu'elle ait été acclamée par l'UNEf-ID, qui avait fait disperser à coup de barres par son SO la coordination nationale de ce mouvement à Censier ?
2) D'ailleurs, comment se fait-il que cette réforme issue de 95 soit la copie presque conforme du projet JospinéAllègre de 92, que la mobilisation des étudiants, malgré les efforts de l'U-ID pour la casser en la tournant (déjà) contre les "mandarins", avait fait échouer ? 
 
EL



[discussions] RE: Petition: Semestrialisation, un an, ca suffit !
Posté par Sophie Vienne-Mattoug le 17/10.


Je pense, et je me demande si c'est un malentendu ou de la désinformation
délibérée, que certains n'ont pas compris ce qu'est l'organisation de
l'année en semestres et se retrouvent à jouer le jeu des pires mandarins
universitaires. Même si nous ne sommes pas dans la même organisation, je
vous laisse sur ce point le bénéfice du doute et j'espère que la lutte
contre le mandarinat fait partie de vos orientations syndicales (en tout
cas, des miennes oui).
Petit rappel, donc. Jusqu'au décret d'avril 97, la plupart des modules
duraient un an, avec un seul examen en fin d'année (et éventuellement des
partiels en janvier). Ce que la réforme de 97 a institué, c'est simplement
l'obligation pour les profs de faire une disctinction entre la première et
la deuxième moitié du programme et de faire composer leurs étudiants en
janvier ET en juin (avec toujours la possibilité de partiels
intermédiaires). En clair, les seules modifications qui auraient du
logiquement être faites dans les maquettes auraient simplement du être un
découpage programmé des programmes ainsi que deux examens par an.
Or certains profs ont vu que ce système allait les obliger à avoir le même
rythme d'enseignement tous les ans (puisqu'il faut délimiter à l'avance les
deux moitiés de l'année) ainsi qu'à écrire de nouveaux sujets d'examen, donc
à ne pas reprendre les fiches d'il y a 15 ans (et ne faites pas d'angélisme
sur les profs, la plupart de ceux que je connais réagissent comme ça). Ce
qui n'est pas forcément au goût de certains enseignants-chercheurs à qui
l'enseignement fait "perdre du temps" sur leurs recherches (et donc sur leur
carrière).
Par ailleurs, et je sais que ça peut faire hurler quelques-uns mais je pense
que c'est la réalité, cette réforme a été le résultat des mobilisations de
novembre-décembre 95 et ces mêmes mandarins ont du mal à avaler une réforme
ainsi imposée par un mouvement étudiant. Par exemple, les profs de droit
auraient bien aimé pouvoir conserver leur horrible système
d'admissibilité-admission.

C'est pour ces deux raisons principales que les universités ont fait des
maquettes scandaleuses, avec certaines matières qui auparavant se faisaient
en un an qui se sont retouvées concentrées sur un semestre, et tous les
divers problèmes que vous avez suffisamment pointés et sur ce constat
l'UNEF-ID partage ces analyses. Les universités ont appliqué la lettre de la
réforme, mais d'une manière qui n'en respecte pas l'esprit (et encore,
regardez par exemple les DEUG de l'université Toulouse 3 - Paul Sabatier, il
sont plutôt bien faits, comme quoi ça existe...).
C'est pourquoi je pense que la lutte contre la "semestrialisation" est une
lutte réactionnaire et que vous feriez mieux de réfléchir à comment on
pourrait appliquer correctement une réforme dont le but est quand même de
permettre aux étudiants des révisions moins énormes pour chaque examen.

Salutations syndicales,
--
Sophie
Militante à Paris VI
Ancienne présidente de l'UNEF-ID Toulouse