[discussions] Sur l'allocation d'etudes
Posté par Emmanuel Lyasse le 26/10.
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Vu le débat actuel sur ce forum, il ne nous semble pas inutile de republier notre texte à ce sujet pour la campagne du CROUS de Paris, repris dans les Guides de l'Etudiant de Paris IV et Paris I et le guide de l'aide sociale du site unef.org
Allocations d’études: de l’utopie à l’arnaque
L’allocation d’études pour tous est une revendication vieille comme le syndicalisme étudiant. Elle repose sur l’idée que chacun d’entre nous devait être salarié par l’État en tant qu’étudiant. À l’époque, vers 1950, il n’y avait que quelques milliers d’étudiants, presque tous issus de milieux aisés, qui trouvaient injuste de dépendre financièrement de leurs riches parents.
Aujourd’hui, la situation a radicalement changé. Il y a plus de deux millions d’étudiants, dont 700 000 sont obligés de se salarier pendant l’année, beaucoup plus pendant les vacances, aux dépens de leurs études, de courir de petit boulot en petit boulot, voire sombrent dans la misère (100 000 selon le récent rapport Dauriac, rejeté par Allègre, sont au dessous du seuil de pauvreté officiel, qui ne tient pas compte de ce que les études ont un coût).
Face à cela, la politique des gouvernements successifs a été constante depuis vingt ans: recul généralisé de l’aide sociale, qui a contribué à aggraver la situation.
Dans ce contexte, on voit mal quel sens peut avoir la revendication d’une allocation dont le montant serait le même pour tous, et qui remplacerait à la fois les bourses, les RU, les cités et les aides au logement.
Bien évidemment, nous n’avons rien contre son principe, si elle permettait à tout le monde d’étudier. Seulement, pour cela, il faudrait compter au moins 4000 F par mois, multipliés par 2,2 millions d’étudiants, soit plus de 100 milliards de F par an ! Ceux qui prétendent que nous pourrions l’obtenir aujourd’hui d’un seul coup, d’un gouvernement dont le seul but est de réduire ses dépenses (c’est contre cela qu’il faut lutter !) ne sont pas sérieux.
En revanche, s’il s’agit, avec un budget total constant voire en régression de donner beaucoup moins à chacun pour donner à tous la même chose, même à ceux qui n’en ont pas besoin, nous ne sommes pas d’accord. C’est ici qu’on passe de l’utopie à l’arnaque.
Et c’est ici qu’on retrouve l’allocation instaurée par le plan social d’Allègre, que l’UNEF-ID considère comme sa grande victoire. En fait, il s’agit, pour toute la France, de 7000 aides de même montant qu’une bourse, mais attribuées sans autre critère que la preuve (pas évidente à faire, d’ailleurs) qu’on ne touche pas d’argent de ses parents. Ce n’est pas une allocation d’études: son montant est très insuffisant pour vivre. Elle n’est pas pour tous: il en manque… 2 193 000, et les assistantes sociales du CROUS ne savent pas comment en désigner les heureux bénéficiaires. C’est une goutte d’eau, qui ne suffit même pas à compenser les restrictions sur les autres aides, et qui en plus ne va pas forcément à ceux qui en ont le plus besoin.
Nous ne sommes donc pas de ceux qui crient victoire et disent que c’est un premier pas vers sa généralisation. C’est plutôt un premier pas vers la casse du système des bourses.
L’aspiration des étudiants à être de plus en plus autonomes est légitime: il est juste d’exiger que la collectivité prenne en charge nos années de formation, qui sont pour elle un investissement. Mais la vraie question est celle des moyens d’avancer vers cette autonomie. Pour nous, il est clair que les aides financières, tant qu’il n’y en a pas pour tout le monde, doivent d’abord aller à ceux qui en ont le plus besoin. Le travail de représentants étudiants est de se battre contre leur diminution, pour l’augmentation progressive de leurs montants et du nombre de leurs bénéficiaires (La situation exigerait au moins le doublement de l’un et de l’autre), pas de brandir une revendication qui n’a aucun sens dans la situation actuelle, et peut facilement être détournée par le pouvoir pour liquider les aides existantes, comme le montre le PSE d’Allègre. En revanche, les aides dites indirectes, Resto-U et Cités-U, doivent être accessibles à tous, et être un moyen, égalitaire celui-là, d’autonomie pour tous ceux qui le désirent (voir page 7 nos propositions à ce sujet).
Nos élus agiront pour qu’à Paris les prétendues "allocations d’études" soient données sur critères sociaux, comme les bourses, et non à la tête du client.