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[discussions] a bas les renégats !

Posté par =?iso-8859-1?q?serge=20kornse?= le 12/8.

VI- LES REVOLUTIONNAIRES DOIVENT-ILS MILITER DANS LES
SYNDICATS REACTIONNAIRES ?
Les "gauches" allemands croient pouvoir répondre sans
hésiter à cette question par la négative. Selon eux,
les déclamations et les apostrophes courroucées à
l'adresse des syndicats "réactionnaires" et
"contre-révolutionnaires ", suffisent (K. Horner
l'affirme avec une "gravité" très part et très sotte)
à "démontrer" l'inutilité et même l'inadmissibilité
pour les révolutionnaires, les communistes, de militer
dans les syndicats jaunes, contre-révolutionnaires,
1es syndicats des social-chauvins, des conciliateurs,
des Legiens.
Mais, si convaincus que soient les "gauches" allemands
du caractère révolutionnaire de cette tactique, elle
réalité foncièrement erronée et ne renferme rien d'au
des phrases creuses.
Pour bien le montrer, je partirai de notre expérience
conformément au plan général du présent article qui a
pour but d'appliquer à l'Europe occidentale ce qu'il y
a de généralement applicable, de généralement
significatif, de généralement obligatoire dans
l'histoire et dans la tactique actuelle du
bolchévisme.
Le rapport entre les chefs, le parti, la classe, les
masses et, d'autre part, l'attitude de la dictature du
prolétariat et de son parti envers les syndicats, se
présentent aujourd'hui chez nous, concrètement, de la
manière suivante. La dictature est exercée par le
prolétariat organisé dans les soviets et dirigé par le
Parti communiste bolchévik qui, selon les données de
son dernier congrès (avril 1920), groupe 611000
membres. Ses effectifs ont subi de sensibles variation
avant et après la Révolution d'Octobre; ils étaient
beaucoup moins importants autrefois, même en 1918 et
en 1919. Nous craignons une extension démesurée du
parti, car les arrivistes et les gredins - qui ne
méritent que le poteau d'exécution cherchent forcément
à se glisser dans les rangs du parti gouvernemental.
La dernière fois que nous ouvrîmes grandes les portes
du parti - rien qu'aux ouvriers et aux paysans -
c'était aux jours (hiver 1919) où Ioudénitch se
trouvait à quelques verstes de Pétrograd et Dénikine à
Orel (350 kilomètres environ de Moscou); c'est-à-dire
dans un moment où un danger terrible, un danger de
mort menaçait la République des Soviets, et où les
aventuriers, les arrivistes, les gredins et, d'une
façon générale, les éléments instables ne pouvaient
pas le moins du monde compter sur une carrière
avantageuse (mais plutôt s'attendre à la potence et
aux tortures) en se joignant aux communistes. Un
Comité central de 19 membres, élu au congrès, dirige
le parti qui réunit des congrès annuels (au dernier
congrès, la représentation était de 1 délégué par 1
000 membres); le travail courant est confié, à Moscou,
à des collèges encore plus restreints appelés
"Orgbureau" (Bureau d'organisation) et "Politbureau"
(Bureau politique), qui sont élus en assemblée
plénière du Comité central, à raison de 5 membres pris
dans son sein pour chaque bureau. Il en résulte donc
la plus authentique "oligarchie". Et dans notre
République il n'est pas une question politique ou
d'organisation de quelque importance qui soit tranchée
par une institution de l'Etat sans que le Comité
central du Parti ait donné ses directives.
Dans son travail, le parti s'appuie directement sur
les syndicats qui comptent aujourd'hui, d'après les
données du dernier congrès (avril 1920), plus de
quatre millions de membres et, formellement, sont
sans-parti. En fait, toutes les institutions
dirigeantes de l'immense majorité des syndicats et, au
premier chef, naturellement, le Centre ou le Bureau
des syndicats de Russie (Conseil central des syndicats
de Russie) sont composés de communistes et appliquent
toutes les directives du parti. On obtient en somme un
appareil prolétarien qui, formellement, n'est pas
communiste, qui est souple et relativement vaste, très
puissant, un appareil au moyen duquel le parti est
étroitement lié à la classe et à la masse, et au moyen
duquel la dictature de la classe se réalise sous la
direction du parti. Sans la plus étroite liaison avec
les syndicats, sans leur appui énergique, sans leur
travail tout d'abnégation non seulement dans la
construction économique, mais aussi dans
l'organisation militaire, il est évident que nous
n'aurions pas pu gouverner le pays et réaliser la
dictature, je ne dis pas pendant deux ans et demi,
mais même pendant deux mois et demi. On conçoit que,
pratiquement, cette liaison très étroite implique un
travail de propagande et d'agitation très complexe et
très varié, d'opportunes et fréquentes conférences non
seulement avec les dirigeants, mais, d'une façon
générale, avec les militants influents des syndicats;
une lutte résolue contre les menchéviks qui, jusqu'à
ce jour, comptent un certain nombre - bien petit, il
est vrai - de partisans qu'ils initient à toutes les
roueries de la contre-révolution, depuis la défense
idéologique de la démocratie (bourgeoise), depuis le
prône de " l'indépendance" des syndicats (indépendance
vis-à-vis du pouvoir d'Etat prolétarien!) jusqu'au
sabotage de la discipline prolétarienne, etc., etc.
Nous reconnaissons que la liaison avec les "masses"
par les syndicats, est insuffisante. La pratique a
créé chez nous, au cours de la révolution, une
institution que nous nous efforçons par tous les
moyens de maintenir, de développer, d'élargir: ce sont
les conférences d'ouvriers et de paysans sans-parti,
qui nous permettent d'observer l'état d'esprit des
masses, de nous rapprocher d'elles, de pourvoir à
leurs besoins, d'appeler les meilleurs de leurs
éléments aux postes d'Etat, etc. Un récent décret sur
la réorganisation du Commissariat du peuple pour le
contrôle d'Etat en "Inspection ouvrière et. paysanne",
donne à ces conférences de sans-parti le droit d'élire
des membres des services du contrôle d'Etat, qui
procéderont à diverses révisions, etc.
Ensuite, il va de soi que tout le travail du parti se
fait par les Soviets qui groupent les masses
laborieuses sans distinction de profession. Les
congrès des Soviets de district représentent une
institution démocratique comme n'en ont encore jamais
vu les meilleures parmi les républiques démocratiques
du monde bourgeois; c'est par l'intermédiaire de ces
congrès (dont le parti s'efforce de suivre les travaux
avec une attention soutenue), de même qu'en déléguant
constamment des ouvriers conscients à la campagne, aux
fonctions les plus diverses, - que le prolétariat
remplit son rôle dirigeant à l'égard de la
paysannerie; que se réalise la dictature du
prolétariat des villes, la lutte systématique contre
les paysans riches, bourgeois, exploiteurs,
spéculateurs, etc.
Tel est le mécanisme général du pouvoir d'Etat
prolétarien considéré "d'en haut", du point de vue de
l'application pratique de la dictature. Le lecteur
comprendra, on peut l'espérer, pourquoi au bolchévik
russe qui connaît ce mécanisme, qui l'a vu naître des
petits cercles illégaux, clandestins, et se développer
pendant vingt-cinq ans, toutes ces discussions sur la
dictature "d'en haut" ou " d'en bas", des chefs ou de
la masse, etc, ne peuvent manquer de paraître
enfantines et ridicules, comme le serait une
discussion sur la question de savoir ce qui est le
plus utile à l'homme, sa jambe gauche ou son bras
droit.
Non moins enfantines et ridicules doivent nous
paraître les graves dissertations tout à fait savantes
et terriblement révolutionnaires des "gauches"
allemands qui prétendent que les communistes ne
peuvent ni ne doivent militer dans les syndicats
réactionnaires, qu'il est permis de refuser ce
travail, qu'il faut sortir des syndicats et organiser,
sans faute, une "union ouvrière" toute neuve, toute
proprette, inventée par des communistes bien gentils
(et, pour la plupart, sans doute, bien jeunes), etc.,
etc.
Le capitalisme laisse nécessairement en héritage au
socialisme, d'une part, les vieilles distinctions
professionnelles et corporatives, qui se sont établies
durant des siècles entre les ouvriers, et, d'autre
part, des syndicats qui ne peuvent se développer et ne
se développeront que très lentement, pendant des
années et des années, en des syndicats d'industrie
plus larges, moins corporatifs (s'étendant à des
industries entières, et non pas simplement à des
corporations, des corps de métiers et des
professions). Par l'intermédiaire de ces syndicats
d'industrie, on supprimera plus tard la division du
travail entre les hommes; on passera à l'éducation, à
l'instruction et à la formation d'hommes
universellement développés, universellement préparés,
et sachant tout faire. C'est là que va, doit aller et
arrivera le communisme, mais seulement au bout de
longues années. Tenter aujourd'hui d'anticiper
pratiquement sur ce résultat futur du communisme
pleinement développé, solidement constitué, à l'apogée
de sa maturité, c'est vouloir enseigner les hautes
mathématiques à un enfant de quatre ans.
Nous pouvons (et devons) commencer à construire le
socialisme, non pas avec du matériel humain imaginaire
ou que nous aurions spécialement formé à cet effet,
mais avec ce que nous a légué le capitalisme. Cela est
très "difficile", certes, mais toute autre façon
d'aborder le problème est si peu sérieuse qu'elle ne
vaut même pas qu'on en parle.
Les syndicats ont marqué un progrès gigantesque de la
classe ouvrière au début du développement du
capitalisme; ils ont marqué le passage de l'état de
dispersion et d'impuissance où se trouvaient les
ouvriers, aux premières ébauches du groupement de
classe. Lorsque commença à se développer la forme
suprême de l'union de classe des prolétaires, le parti
révolutionnaire du prolétariat (qui ne méritera pas ce
nom aussi longtemps qu'il ne saura pas lier les chefs,
la classe et les masses en un tout homogène,
indissoluble), les syndicats révélèrent inévitablement
certains traits réactionnaires, une certaine
étroitesse corporative, une certaine tendance à
l'apolitisme, un certain esprit de routine, etc. Mais
nulle part au monde le développement du prolétariat ne
s'est fait et ne pouvait se faire autrement que par
les syndicats, par l'action réciproque des syndicats
et du parti de la classe ouvrière. La conquête du
pouvoir politique par le prolétariat est, pour le
prolétariat considéré comme classe, un immense pas en
avant. Aussi le parti doit-il, plus encore que dans le
passé, à la manière nouvelle et pas seulement à
l'ancienne, éduquer les syndicats, les diriger, sans
oublier toutefois qu'ils restent et resteront
longtemps l'indispensable "école du communisme" et
l'école préparatoire des prolétaires pour
l'application de leur dictature, le groupement
nécessaire des ouvriers afin que la gestion de toute
l'économie du pays passe graduellement d'abord aux
mains de la classe ouvrière (et non à telles ou telles
professions), et puis à l'ensemble des travailleurs.
Un certain "esprit réactionnaire" des syndicats, en ce
sens, est inévitable sous la dictature du prolétariat.
Ne pas le comprendre, c'est faire preuve d'une totale
incompréhension des conditions essentielles de la
transition du capitalisme au socialisme. Redouter cet
"esprit réactionnaire", essayer de l'éluder, de passer
outre, c'est commettre une grave erreur, car c'est
craindre d'assumer ce rôle de l'avant-garde du
prolétariat qui consiste à instruire, éclairer,
éduquer, appeler à une vie nouvelle les couches et les
masses les plus retardataires de la classe ouvrière et
de la paysannerie. D'autre part, remettre la mise en
oeuvre de la dictature du prolétariat jusqu'au moment
ou il ne resterait plus un seul ouvrier atteint
d'étroitesse professionnelle, plus un ouvrier imbu des
préjugés corporatifs et trade-unionistes, serait une
erreur encore plus grave. L'art du politique (et la
juste compréhension de ses devoirs par un communiste)
est d'apprécier correctement les conditions et le
moment où l'avant-garde du prolétariat sera à même de
s'emparer du pouvoir; de bénéficier, pendant et après,
d'un appui suffisant de couches suffisamment larges de
la classe ouvrière et des masses laborieuses non
prolétariennes; où elle saura dès lors soutenir,
renforcer, élargir sa domination, en éduquant, en
instruisant, en attirant à elle des masses toujours
plus grandes de travailleurs. Poursuivons. Dans les
pays plus avancés que la Russie, un certain esprit
réactionnaire des syndicats s'est manifesté et devait
se manifester incontestablement, avec beaucoup plus de
force que chez nous. En Russie les menchéviks avaient
(et ont encore en partie, dans un très petit nombre de
syndicats) un appui dans les syndicats, précisément
grâce à cette étroitesse corporative, à cet égoïsme
professionnel et à l'opportunisme. Les menchéviks
d'Occident se sont bien plus solidement "incrustés"
dans les syndicats, et une "aristocratie ouvrière "
corporative, étroite, égoïste, sans entrailles,
cupide, philistine, d'esprit impérialiste, soudoyée et
corrompue par l'impérialisme, y est apparue bien plus
puissante que chez nous. Cela est indiscutable. La
lutte contre les Gompers, contre MM. Jouhaux,
Henderson, Merrheim, Legien et Cie en Europe
occidentale, est beaucoup plus difficile que la lutte
contre nos menchéviks qui représentent un type
politique et social parfaitement analogue. Cette lutte
doit être impitoyable et il faut absolument la
pousser, comme nous l'avons fait, jusqu'à déshonorer
complètement et faire chasser des syndicats tous les
incorrigibles leaders de l'opportunisme et du
social-chauvinisme. Il est impossible de conquérir le
pouvoir politique (et il ne faut pas essayer de
prendre le pouvoir) aussi longtemps que cette lutte
n'a pas été poussée jusqu'à un certain degré; dans les
différents pays et dans des conditions diverses, ce
"certain degré" n'est pas le même, et seuls des
dirigeants politiques du prolétariat, réfléchis,
expérimentés et compétents, peuvent le déterminer
exactement dans chaque pays. (En Russie, la mesure du
succès dans cette lutte nous fut donnée notamment par
les élections à l'Assemblée constituante, en novembre
1917, quelques jours après la révolution prolétarienne
du 25 octobre 1917. Lors de ces élections, les
menchéviks furent battus à plate couture, n'ayant
recueilli que 700 000 suffrages —1 400 000 voix en
ajoutant celles de la Transcaucasie - contre 9 000 000
de voix aux bolchéviks. Voir à ce sujet mon article
"Les élections à l'Assemblée constituante et la
dictature du prolétariat"12 dans le n0 7-8 de
l'internationale Communiste.)
Mais nous luttons contre "l'aristocratie ouvrière" au
nom de la masse ouvrière et pour la gagner à nous;
nous combattons les leaders opportunistes et
social-chauvins pour gagner à nous la classe ouvrière.
Il serait absurde de méconnaître cette vérité
élémentaire et évidente entre toutes. Or, c'est
précisément la faute que commettent les communistes
allemands "de gauche" qui, de l'esprit réactionnaire
et contre-révolutionnaire des milieux dirigeants
syndicaux, concluent à . . . la sortie des communistes
des syndicats ! Au refus d'y travailler! et voudraient
créer de nouvelles formes d'organisation ouvrière
qu'ils inventent ! Bêtise impardonnable qui équivaut à
un immense service rendu par les communistes à la
bourgeoisie. Car nos menchéviks, de même que tous les
leaders opportunistes, social-chauvins et kautskistes
des syndicats, ne sont pas autre chose que des "agents
de la bourgeoisie au sein du mouvement ouvrier" (ce
que nous avons toujours dit des menchéviks) ou "les
commis ouvriers de la classe capitaliste" (labour
lieutenants of the capitalist class), selon la belle
expression, profondément juste, des disciples
américains de Daniel De Leon. Ne pas travailler dans
les syndicats réactionnaires, c'est abandonner les
masses ouvrières insuffisamment développées ou
arriérées à l'influence des leaders réactionnaires,
des agents de la bourgeoisie, des aristocrates
ouvriers ou des "ouvriers embourgeoisés" (cf. à ce
sujet la lettre d'Engels à Marx sur les ouvriers
anglais, 2858)13. La "théorie" saugrenue de la
non-participation des communistes dans les syndicats
réactionnaires montre, de toute évidence, avec quelle
légèreté ces communistes "de gauche" envisagent la
question de l'influence sur les "masses", et quel abus
ils font dans leurs clameurs du mot "masse". Pour
savoir aider la "masse" et gagner sa sympathie, son
adhésion et son appui, il ne faut pas craindre les
difficultés, les chicanes, les pièges, les outrages,
les persécutions de la part des "chefs" (qui,
opportunistes et social-chauvins, sont dans la plupart
des cas liés - directement ou indirectement - à la
bourgeoisie et à la police) et travailler absolument
là où est la masse. Il faut savoir consentir tous les
sacrifices, surmonter les plus grands obstacles, afin
de faire un travail de propagande et d'agitation
méthodique, persévérant, opiniâtre et patient
justement dans les institutions, sociétés,
organisations - même tout ce qu'il y a de plus
réactionnaires - partout où il y a des masses
prolétariennes ou semiprolétariennes. Or les syndicats
et les coopératives ouvrières (celles-ci dans certains
cas, tout au moins) sont justement des organisations
où se trouve la masse. En Angleterre, d'après les
informations d'un journal suédois, le Folkets Dagblad
Politiken (du 10 mars 1920), les effectifs des
trade-unions ont passé, de fin 1917 - fin 1918, de
5500 000 à 6 600 000 membres, accusant ainsi une
augmentation de 29%. A la fin de 2929, on en comptait
jusqu'à 7 500 000. Je n'ai pas sous la main les
chiffres correspondants pour la France et l'Allemagne,
mais il est des faits absolument indiscutables et
connus de tous, qui attestent un accroissement
sensible du nombre des syndiqués dans ces pays
également.
Ces faits attestent de toute évidence ce que des
milliers d'autres symptômes confirment: la conscience
accrue et la tendance toujours plus grande à
l'organisation qui se manifestent justement dans les
masses prolétariennes, dans les "couches inférieures",
retardataires. Des millions d'ouvriers en Angleterre,
en France, en Allemagne passent pour la première fois
de l'inorganisation totale à la forme d'organisation
élémentaire, inférieure, la plus simple et la plus
accessible (pour ceux qui sont encore profondément
imbus des préjugés démocratiques bourgeois), à savoir:
aux syndicats. Et les communistes de gauche,
révolutionnaires, mais peu raisonnables, sont là à
crier: "la masse", "la masse"! et refusent de militer
au sein des syndicats !! en prétextant leur "esprit
réactionnaire"! ! Et ils inventent une "Union
ouvrière" toute neuve, proprette, innocente des
préjugés démocratiques bourgeois, des péchés
corporatifs et étroitement professionnels, - cette
Union qui, à ce qu'ils prétendent, sera (qui sera!)
large, et pour l'adhésion à laquelle il faut
simplement (simplement!) "reconnaître le système des
Soviets et la dictature" (voir plus haut la
citation)!!
On ne saurait concevoir plus grande déraison, plus
grand tort fait à la révolution par des
révolutionnaires "de gauche"! Mais, si en Russie,
après deux années et demie de victoires sans précédent
sur la bourgeoisie de la Russie et de l'Entente, nous
posions, aujourd'hui, comme condition d'admission aux
syndicats, la "reconnaissance de la dictature", nous
commettrions une sottise, nous porterions préjudice à
notre influence sur les masses, nous ferions le jeu
des menchéviks. Car toute la tâche des communistes est
de savoir convaincre les retardataires, de savoir
travailler parmi eux et non de se séparer d'eux par
des mots d'ordre "de gauche" d'une puérile invention.
Il est hors de doute que MM. Gompers, Henderson,
Jouhaux et Legien sont très reconnaissants à ces
révolutionnaires "de gauche" qui, comme ceux de
l'opposition "de principe" allemande (Dieu nous
préserve de semblables "principes"!) ou comme certains
révolutionnaires américains des "Ouvriers industriels
du monde" prêchent l'abandon des syndicats
réactionnaires et se refusent à y travailler. N'en
doutons pas, messieurs les "leaders" de l'opportunisme
useront de toutes les roueries de la diplomatie
bourgeoise, ils en appelleront au concours des
gouvernements bourgeois, du clergé, de la police, des
tribunaux pour fermer aux communistes l'entrée des
syndicats, pour les en éliminer par tous les moyens,
leur rendre le travail dans les syndicats désagréable
au possible, pour les outrager, les traquer, les
persécuter. Il faut savoir résister à tout cela,
consentir tous les sacrifices, user même - en cas de
nécessité - de tous les stratagèmes, de toutes les
astuces, recourir aux expédients, taire, celer la
vérité, à seule fin de pénétrer dans les syndicats,
d'y rester et d'y mener coûte que coûte l'action
communiste. Sous le tsarisme, jusqu'en 1905, nous
n'eûmes aucune "possibilité légale"; mais quand le
policier Zoubatov organisait ses réunions
ultra-réactionnaires d'ouvriers et ses associations
ouvrières pour repérer et combattre les
révolutionnaires, nous envoyions à ces réunions et
dans ces associations des membres de notre parti (dans
leur nombre, je me souviens personnellement de
l'ouvrier pétersbourgeois Babouchkine, militant
remarquable, fusillé en 1906 par les généraux du
tsar), qui établissaient la liaison avec la masse,
s'ingéniaient à faire leur travail de propagande et
arrachaient les ouvriers à l'influence des hommes de
Zoubatov (Les Gompers, les Henderson, les Jouhaux, les
Legien ne sont que des Zoubatov dont ils se
distinguent par l'habit, le vernis européen, les
procédés civilisés, raffinés, démocratiquement
pommadés, dont ils usent pour pratiquer leur infâme
politique.)
Certes, il est plus difficile d'en faire autant dans
les pays d'Europe occidentale, particulièrement imbus
de préjugés légalistes, constitutionnels,
démocratiques bourgeois, particulièrement enracinés.
Cependant on peut et on doit le faire, et le faire
systématiquement.
Le Comité exécutif de la IIIe Internationale doit, à
mon avis personnel, condamner ouvertement et engager
le prochain congrès de l'Internationale Communiste à
condamner d'une façon générale la politique de
non-participation aux syndicats réactionnaires (en
expliquant minutieusement ce qu'une telle
non-participation a de déraisonnable et d'infiniment
préjudiciable à la cause de la révolution
prolétarienne), et, notamment, la ligne de conduite de
certains membres du Parti communiste hollandais, qui -
directement ou indirectement, ouvertement ou non,
totalement ou en partie, peu importe - ont soutenu
cette politique fausse. La IIIe Internationale doit
briser avec la tactique de la IIe, ne pas éluder les
questions angoissantes, ne pas les estomper, mais au
contraire les poser de front. Nous avons dit, bien en
face, toute la vérité aux "indépendants" (au Parti
social-démocrate indépendant d'Allemagne); il faut la
dire de même aux communistes "de gauche".

Lénine.


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