[discussions] Question 4: le contenu des etudes
Posté par Emmanuel Lyasse le 11/8.
4. Pourquoi la réflexion sur les contenus et les formes d'enseignement
est-elle aussi inexistante, quoique cela commence à changer (cf. l'UNEF-ID)
?
Une excellente question, qui soulève un problème essentiel du syndicalisme
étudiant, mais porte en sa restriction finale une réponse qui, à mon sens,
est désastreuse.
Le fait est que les syndicats étudiants en général réfléchissent peu à la
question du contenu des études. L'illustre entre tous un des meilleurs
textes syndicaux jamais écrits, le texte Indépendance et action (déposé à un
CN de l'U-ID en janvier 1993, le lancement de la tentative putschiste
évoquée plus haut, qui finit quelque part entre Clermont et Solférino) dont
une partie contraste avec les autres par sa faiblesse, celle-là précisément
qui devrait être la principale.
Les causes en sont facilement analysables. Trop de cadres syndicaux ne font
pas d'études, ce qui leur ôte toute chance d'en analyser le contenu, faute
d'expérience. La triste équipe de Pailleron l'illustre fort bien, le BN de
l'U-ID également.
C'est un premier point. Il n'est pas suffisant. Il y a en effet, dieu merci,
des militants qui font des études, dans les deux syndicats (si, si, même à
l'U-ID à Paris IV, il y en a un. Un seul, il est vrai. Tous les autres sont
passés à l'UNEF). Mais, pour avoir des éléments d'analyse suffisants, cela
n'est pas suffisant: il faudrait avoir un certain recul par rapport aux
études qu'on fait, donc des éléments de comparaison et d'abord, tout
simplement, une vision d'ensemble des cursus, qu'on ne peut avoir en faisant
un DEUG, ou même une licence. Or la plupart des militants syndicaux actifs
sont en DEUG, et passé ce stade, se répartissent en trois catégories, ceux
qui quittent la fac avec ou sans diplôme, ceux qui deviennent des
professionnels du syndicalisme (voir plus haut) ceux qui se lassent du
syndicalisme et se consacrent à leurs études.
Je ne prétends pas qu'un étudiant de DEUG est incapable de comprendre les
enjeux du débat sur le contenu des études. J'affirme qu'il n'obtiendra pas
tous les éléments d'analyse de sa propre expérience, et ne les recevra pas
non plus de cadres non étudiants. Il ne peuvent provenir que de militants
plus expérimentés, qui ont poursuivi leur cursus et se sont intéressés à
ceux des autres: il y a peu de syndicats où on en trouve, moins encore où
ils sont suffisamment impliqués pour avoir voix au chapitre. Et encore...
Dans les quelques syndicats qui ont proposé sur ce point des analyses
sérieuses, il faut bien constater que ces analyses sont le fait de deux ou
trois spécialistes ès-réformes, moins parfois, qui imposent leurs analyses
plus qu'ils ne les font partager en donnant les éléments pour ce faire. Cela
n'est pas forcément dû à une volonté de leur part de monopole du savoir et
du pouvoir, plus souvent à une difficulté à vaincre certaines pesanteurs,
quand l'urgence commande.
Et de toute façon, cela ne dépasse pas le niveau local. Ainsi ne disposons
nous pas d'un bilan sérieux et global de la réforme majeure de ces dernières
années, la semestrialisation voulue par Bayrou et imposée par Allègre.
L'illustre le site unef.org: nous avons dû nous résigner à donner, faute de
pouvoir faire mieux, l'exemple de Paris IV, donc pour les Lettres seulement
(Il est évident qu'en sciences, en droit, les problèmes sont différents.
Pour le droit, un travail d'analyse a été commencé à Paris I. Pour les
sciences, nous n'avons que des impressions. Ceci peut-être interprété comme
un appel à l'aide).
Ainsi, les positonnements syndicaux sur cette questions peuvent-ils être
répartis en trois catégories:
1) Absence totale d'intérêt, faute de pouvoir comprendre. Ce fut la position
de la direction nationale de l'UNEF depuis le 78e congrès (pas avant: voir
la ferme condamnation de la réforme Bayrou en février 97, vite oubliée).
L'argument, employé en particulier pour refuser tout positionnement sur le
rapport Attali était qu'il "fallait demander l'opinion des étudiants". une
façon élégante de cacher son ignorance, comme disait Pierre Desproges à un
autre propos.
2) Puisqu'on est contestataire, contestation systématique sinon argumentée
de tout ce qui existe en matière de contenu des enseignements. Inconvénient
majeur: la pente naturelle conduit donc à applaudir toute réforme de ce qui
existe, et donc à devenir une organisation qui défend les ministres contre
les profs, plutôt qu'un syndicat qui défend les étudiants contre qui leur
veut du mal. je ne prétends certes pas que les intérêts des étudiants et des
enseignants soient systématiquement convergents (même si je suis
présentement l'un et l'autre, le subtil Stéphane Paturey me le reproche
assez). Je constate cependant qu'ils sont cependant plus proches les uns des
autres que chacun des intention des ministres. Ce n'est certes pas pour
améliorer le sort des étudiants que les ministres qui se sont succédés
depuis 30 ans ont agi pour casser l'Université publique.
La "révolution pédagogique" de l'Ennemi est, c'est là que je me sépare de
Vincent, un monument élevé à cette position. Je ne vois là nulle réflexion,
bien au contraire. je me permets de renvoyer à mon message "Il était une
fois la Révolution" (que le subtil Stéphane n'a apparemment pas lu. Mais
a-t-il lu le manifeste de l'U-ID ?)
3) Au contraire, refuser toute réforme en considérant qu'elle émane d'un
pouvoir anti-étudiant (pas seulement anti-étudiant, d'ailleurs).
Inconvénient: conduit à idéaliser l'existant, et ne porte pas plus de
réflexion que ce qui précède. Exemple amusant: l'acharnement mis par
beaucoup de ceux qui luttèrent contre le rapport Attali à défendre contre
lui l'existence du DEUG, dont leurs pères combattirent au nom des mêmes
principes la création.
On l'aura compris, je ne renvoie pas dos-à-dos ces trois positions.
La première, si elle a l'intérêt d'être presque sincère, est évidemment
stupide. Elle n'a pas peu contribué à détruier la crédibilité de ceux qui
l'ont tenue. Si les étudiants auraient intérêt à refuser un syndicat qui
pense à leur place, ils n'ont certes pas l'usage d'un syndicat qui ne leur
dit rien.
La deuxième conduit tout droit à ce qu'il faut bien appeler une trahison.
Pendant le mouvement de novembre-décembre 1998, l'UNEF-Pailleron n'a rien
fait, l'U-ID (sauf à Amiens, peut-être ailleurs) a tout fait pour le casser.
De même qu'entre Charybde et Scylla, le juste chemin ne se trouve donc pas à
distance égale des positions deux et trois. La dernière attitude, si elle
n'est pas justement fondée, a évité bien des bêtises à ceux qui l'ont tenue.
Il faudrait bien sûr la dépasser. Cela suppose qu'à tous les niveaux du
syndicat on prenne le temps d'une réflexion collective permanente sur ces
questions, associant tous les militants pour qu'ils soient tous formés.
Pour reprendre l'exemple simple ci-dessus, il est clair que la lutte contre
le 3/5/8, qui en fait supprimait l'année de licence en appelant "licence" un
DEUG étalé sur trois ans était en parfaite continuité avec celle contre la
création des DEUG, ce qui était déjà un recul. Tous les militants qui ont
lutté pour sauver le DEUG en étaient-ils conscients ? Certes non. C'est ce
qu'il faudra changer.
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