[discussions] Question 3: la "grande UNEF"
Posté par Emmanuel Lyasse le 10/8.
piece jointe : TEXT/HTML
3. Pourquoi la ré-unification du mouvement étudiant se construit,de manière
insistante, pour ne pas dire pathologique, sur l'idéal implicite de la
grande UNEF des années 60, comme si, le futur consistait à replier la passé
sur le présent ?
Ça, c'est la question la plus facile. Parce que cette prétendue
réunification se caractérise par l'absence de tout projet syndical, d'où le
besoin de ses promoteurs de se raccrocher à un mythe sans contenu.
C'est bien de cela qu'il s'agit. Il est un peu trop bon de mentionner les
années soixante: la grande UNEF à laquelle on se réfère en face correspond à
une étendue indifférenciée de 1946 (ah, la charte de Grenoble, ce texte
creux et en plus colonialiste dans l'un de ses attendus qu'aucun de ceux qui
s'en réclament n'a lu) à 1968 où il n'y avait déjà plus d'UNEF, ou presque
plus, en survolant au passage la période où Jean-Marie Le Pen était
président d'AGE pour idéaliser celle de la guerre d'Algérie où tout était
pourtant loin d'être clair dans l'UNEF. Il y a eu de tout dans cette UNEF:
un caractère institutionnel prononcé, une lutte anticolonialiste, des
échaffaudages théoriques impressionnants, la recherche d'une pureté
révolutionnaire et gauchiste, du christianisme, et parfois même du
syndicalisme étudiant. De tout, mais successivement et non simultanément, ce
qu'oublient ou veulent faire oublier ceux qui écrasent les perspectives.
Il est plus reposant, et moins dangereux pour ceux qui nous gouvernent par
ailleurs, d'agiter cet étendard transparent à force d'être usé que de
réfléchir aux conditions de la construction d'un véritable syndicalisme pour
et par les étudiants d'aujourd'hui.
Pour le groupuscule politique (est-il vraiment politique d'ailleurs) qui
tient l'U-ID non parce qu'il l'a construite ou conquise, mais parce qu'il
l'a reçue un beau jour du hasard et de l'échec d'une tentative putschiste
qui ne manquait pas d'allure mais a manqué de souffle (pour plus de
précisions, adressez vous à mon vieux complice Pierre Bréau, qui en était),
ça sert à masquer son absence structurelle de projet syndical (Elle ne date
pas d'hier: le MAS avait déjà ce problème là).
Pour le club apolitique de la rue Pailleron, dernier reste en milieu
étudiant de l'organisation politique qui naguère structurait l'UNEF
Renouveau pour le meilleur et pour le pire, c'est une porte de sortie, et de
sortie définitive: il a préféré se suicider et tenter de liquider l'UNEF en
chantant l'hymne à l'unité plutôt que s'engager avec nous sur les voies
d'une rénovation remettant fatalement en cause le rôle directeur qu'il n'est
manifestement plus capable d'assumer.
Pour l'"organisation révolutionnaire" (des méchants, qui ont pour cela
quelques arguments, préfèrent dire cléricale) qui joue depuis l'origine
l'opposition de sa majesté (j'insiste !) dans l'une et depuis une dizaine
d'années dans l'autre, la réunification entre les directions de l'une et de
l'autre est une occasion magnifique de résoudre quelques conrtadictions et
d'en construire de nouvelles.
Pour tous ceux, y compris d'ailleurs des militants liés aux trois
organisations sus-citées qui veulent faire du syndicalisme, cette invocation
pseudo-passéiste est une des meilleures preuves de l'imposture
réunificatrice, et une des meilleures raisons qu'ils ont de lui tourner le
dos pour construire à partir de la réalité des facs et du combat quotidien
pour la défense des intérêts des étudiants, l'unité d'un vrai syndicalisme
véritablement étudiant.