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[discussions] Re: Douche froide, questions 1 et 2: le CROUS

Posté par Emmanuel Lyasse le 10/8.

piece jointe : TEXT/HTML
Vincent Charbonnier a récemment posé sur ce forum quatre bonnes questions.
Je tente d'y répondre pour ma part, en plusieurs messages car les problèmes
qu'elles soulèvent sont vastes.
Le débat est ouvert, camarades !

1. Les raisons et causes du déclin de l'UNEF, attesté publiquement par les
revers successifs aux deux dernières élections du CROUS (1998 et 2000, n'ont
toujours pas fait l'objet d'une interrogation critique, en d'autres termes,
une interrogation qui sorte du schéma guerre froide, l'UNEF-ID c'est des
crapules. 
Tout d'abord, je crois qu'il serait dangereux de prendre comme critère
absolu les résultats de ces élections, sans prendre en compte leur mode très
contestable d'organisation (proportionnelle à la plus forte moyenne depuis
1996, même nombre d'élus par académie sans tenir compte du nombre
d'étudiants, vote sans différenciation d'étudiants en situation très
différentes). Les résultats des centraux et des UFR me semblent un meilleur
indice de l'implantation réelle d'un syndicat, et leur analyse donnerait
sans doute un résultat plus nuancé.
Les résultats des élections du CROUS ont été un des symptômes d'une crise de
l'UNEF qu'ils ne contiennent pas toute. C'est en ce sens qu'ils méritent une
analyse.
Ils contribuent à mettre en lumière deux aspects de cette crise.
1) Crise de l'implantation de l'UNEF, par le départ de certaines AGE, par la
liquéfaction de beaucoup d'autres surtout. Dans de nombreuses académies,
l'UNEF n'a plus d'élu au CROUS parce qu'elle n'a plus d'AGE. Dans les
grosses académies, elle est rarement présente sur toutes les facs, d'où un
handicap certain au départ. Paris en offre un bon exemple: la campagne a été
faite par deux AGE, Paris IV et Paris I, alors que huit universtés votaient,
plus toutes les écoles et tous les lycées. L'UNEF n'a jamais existé à
Dauphine et à Assas. Elle n'existe plus à Paris III. Si elle existe à
Jussieu, elle s'est bien cachée durant ces élections.
Les grotesques opérations parachutistes pilotées depuis Pailleron dans les
semaines précédant les élections n'ont évidemment servi à rien sinon à
contribuer à faire perdre la première place à l'AGEL à Limoges, et à faire
perdre un élu à l'UNEF-ID Amiens (seule AGE U-ID à avoir participé à
l'intersyndicale Ensemble contre les réformes Allègre et avoir mené un
dialogue constructif avec des AGE de l'UNEF dans ce cadre), et à faire
perdre beaucoup de temps et d'agent à l'Union nationale.
2) et ce dernier point fait une heureuse transition, crise de la direction
nationale de l'UNEF. Elle s'est manifestée en 1998 par une organisatoin
nationale de la campagne limitée et contestable et un bug final (le tract
avec la photo de Jean-Claude Gayssot) incroyable, puis par une incapacité à
analyser l'échec: au CN de bilan, la ligne officielle était "C'est un
triomphe du vote syndical", Karine Delpas expliquant que nous avions su
forcer l'U-ID et la FAGE à être revendicatifs, sur le 50% transports (!).
Cette crise s'est développée par la suite, est apparue nettement lors du
mouvement de novembre-décembre 1998 (on déclare soutenir le mouvement là où
il existe, mais on refuse d'appeler à la grève nationale, car on refuse
d'analyse le rapport Attali), et a abouti à la plus que lamentable campagne
du CROUS 2000: aucune revendication directrice sinon le "rassemblement
étudiant" (idiot, surtout quand l'objectif est de se maintenir autour de 13
%), une affiche et un tract de dernier jour incompréhensibles (et de plus
inesthétiques), et une analyse pitoyable de la débâcle. D'abord, parce qu'on
n'a plus de réflexion, mais encore de bons réflexes, la direction appelle le
BN à se féliciter du "succès du vote revendicatif". Elle prend une volée de
bois vert, pas seulement des opposant répertoriés et tourne alors casaque
pour dramatiser la crise, annoncer des mesures novatrices, lancer le slogan
ridicule d'"abolition des structures pyramidales", comme si d'une part il en
restait, d'autre part il n'aurait pas été souhaitable qu'il en existât. Le
seul résultat concret, appréciable, fut alors l'appel au rassemblement
syndical pour le CNOUS, qui resta inabouti, d'une part parce que seule
l'AGET-ASL sut y répondre, l'AGEL refusant d'examiner la proposition, le
SEUL restant dans l'expectative faute d'une plate-forme claire, d'autre part
parce qu'il était pratiquement impossible, du fait de la débâcle, qu'il
permît d'avoir un élu. Cela aurait pu être cependant, comme le demandait un
texte commun Paris IV Paris I Evry l'amorce d'un sursaut, si on n'avait pas
choisi en 48 heures pour le CNESER une position diamétralement opposée.

2. Pourquoi l'UNEF-ID a-t-elle "gagné" (tout est relatif) les dernières
élections et plus généralement, pourquoi son message passe-t-il globalement
mieux auprès des étudiants, l'autorisant à se présenter légitimement comme
la première force syndicale étudiante ? Question subsidiaire : les étudiants
sont-ils bêtes ou aveugles ?

Tout est relatif, effectivement.
Je suis parfaitement d'accord pour refuser l'argument caractérisé par la
précédente question comme de guerre froide. Non que je ne considère pas
l'U-ID comme parfaitement crapuleuse (cf, encore une fois, le texte Le
triomphe de la machine à mentir aux étudiants), mais parce que ce n'est pas
une explication à nos défaites, bien au contraire: c'est pour nous une
circonstance agravante.
Ma conviction est que l'U-ID gagne par défaut. J'ai déjà eu l'occasion de
dire qu'elle n'avait plus rien d'un syndicat, non seulement dans ses
positions mais surtout dans son organisation. Son implantation locale est
ridicule, à quelques exceptions près, beaucoup plus encore que celle de
l'UNEF, mais elle a une équipe de professionnels des élections qui tourne
sur toute la France en fonction du calendrier avec du matériel passe-partout
(qui d'entre nous ne connaît pas le fameux tract "Aujourd'hui on vote !" où
seul change le nom de l'Université ?). S'ajoute à cela la couverture
médiatique dont elle a le monopole pour des raisons évidentes et, surtout,
l'idée solidement ancrée parmi les étudiants dont une très large majorité se
définit spontantément comme de gauche que l'U-ID est de gauche. Cela suffit
à faire voter pour elle ceux qui ne s'abstiennent pas, quand il n'y a aucune
alternative proposée.
Car les étudiants ne sont pas idiots, non. De nombreux résultats ont montré
que quand la machine à faire voter avait face à elle un syndicat, l'UNEF ou
un autre, s'appuyant sur un travail réel sur la fac et dans les conseils
toute l'année, des positions claires, et qui n'hésitait pas à l'attaquer de
front, elle s'enrayait assez souvent. Exemples à Paris IV l'an passé,
confirmé cette année pour les UFR, à Evry pour les UFR en avril, et tout
récemment à Montpellier III où l'union enfin réalisée entre le SEUL et
l'UNEF a permis une victoire historique. Si l'U-ID est nationalement
majoritaire, c'est parce qu'elle n'a pas besoin d'implantation locale pour
gagner, et qu'elle gagne donc partout où il n'y a personne.
Je ne crois donc pas qu'on puisse parler d'adhésion des étudiants à son
"message". D'ailleurs, il faudrait étudier de plus près quel est ce message.
J'affirme que les deux arguments le plus utilisés par elle pour le CROUS de
Paris ne parlaient pas d'allocation d'études ni de PSE mais étaient "Vote
pour nous pour faire perdre l'extrême-droite" (3% au final) et "Nous avons
obtenu le 50 % carte orange (doublement faux). Ceux qui l'ont cru ont voté
pour elle, d'autres ont voté pour elle par défaut malgré cela. Quant aux
autres, la plupart se sont doute abstenus.
Les triomphes électoraux de l'U-ID s'expliquent essentiellement de cette
manière. Mais le fait est que pour le CROUS, même dans les Universités où
nous sommes présents et bien présents, nous avons été battus. Il faut bien
sûr préciser que, par exemple, nos 27 % à Paris IV ne sont ridicules que par
rapport à nos scores précédents, non certes par rapport au score national de
l'UNEF. La déperdition n'en est pas moins spectaculaire. Elle tient aux
circonstances particulières de cette élection. A Paris IV, nous gagnons les
UFR, puis perdons le CROUS. A Evry, c'est l'inverse. A Orléans, c'est encore
plus spectaculaire: le même jour l'UNEF est battue pour le CROUS et gagne
largement les centraux.
Pourquoi ? La raison en est d'abord dans l'absence de crédibilité nationale,
alors que les CROUS sont perçus comme une élection nationale. Et c'est là
que le bât blesse: l'U-ID a réussi à faire croire qu'il s'agissait d'une
élection à enjeu national, sur des idées générales, à tout le monde compris
certains des meilleurs d'entre nous. Nous avons été incapables de nous
appuyer sur notre crédibilité locale pour montrer quelle était l'utilité
d'élus appartenant à une organisation réellement présents sur les facs pour
défendre au quotidien les étudiants au CA du CROUS. Faute de militants
certes, quand nous avons dû, à deux AGE, faire camapgne sur tout paris, ce
qui nous a forcément conduits à négliger nos deux universités. Faute aussi
d'une théorisation suffisante.
C'est sur la question de l'allocation d'études pour tous que cette lacune
fut manifeste et décisive, ce qui contribue aussi à expliquer l'écart entre
les élections du CROUS et celles des coseils des universités. Elle le fut
tant du côté de la direction, ce qui ne surprendra personne, que du côté des
AGE quels que soient leurs positionnement par rapport à la direction.
Il était naturel pour la plupart d'entre nous, et juste d'ailleurs,
d'analyser le discours de l'Ennemi sur l'autonomie par une allocation d'un
montant identique pour tous comme un discours de gosses de riches. Encore
fallait-il trouver un discours à lui opposer: l'UNEF n'a jamais su
construire pour ce faire qu'un discours de dame d'¦uvre, ce qui n'était
certes pas mieux, et qui la conduisait à insulter l'aspiration de presque
tous les étudiants à l'autonomie. Cette aspiration est naturelle et
légitime: si le discours de l'Ennemi doit être rejeté, c'est que son
allocation fantôme et son soutien effectif au PSE d'Allègre (après celui e
Jospin) ne contribueront pas à la faire avancer. Nous avons tenté à Paris de
développer cette ligne dans notre matériel de campagne (reprise dans notre
Guide de l'étudiant et, désormais, dans le Guide de l'aide sociale
accessible à partir de la page htp://unef.org). Je reste convaincu (tout en
étant prêt bien sûr à en discuter avec qui le voudra) que cette analyse
était la bonne. Mais nous nous y sommes pris trop tard, avec trop peu de
moyens, et d'ailleurs sans avoir trouver le temps de l'exposer à beaucoup de
nos militants.
Là est la cause supplémentaire qui explique le caractère massif de l'échec
de l'UNEF au CROUS: partout où elle a pu faire campagne, elle a contribué à
présenter cette élection comme une sorte de plébiscite tranchant entre deux
options, l'allocation d'études ou le doublement des bourses, dont aucune
n'est d'actualité, au lieu précisément de travailler à montrer son enjeu
réel.