[discussions] Reponse a Lionel sur le demi tarif transports
Posté par Emmanuel Lyasse le 26/6.
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Cher Lionel,
J'essayerais plus tard de répondre globalement à ton argumentation, ce qui
demande un certain temps. Il est rassurant de trouver enfin des arguments
rationnels exposés rationnellement pour justifier ce qu'une très large
majorité de l'UNEF combat. Cependant, il me semble à la fois désolant et
significatif que de tels arguments ne proviennent pas de la direction
nationale issue de Pantin, dont kes membres choisissent soit la dénégation
("Mais non, il n'est pas question de réunification, l'UNEF continue"), soit
l'insulte gratuite, soit le silence, mais d'anciens membres de la direction
qui reprennent du service pour voler au secours d'une équipe incapable, et
pour cause !, de se défendre par elle-même.
Tu conclus
"Bref, nos points d'accord semblent plus nombreux que ce qui nous sépare..."
Je le pense aussi, et suis heureux que tu partages mon point de vue. Je
souhaite te voir
" rallier la position qui me semble faire preuve d'ouverture et permettra au
syndicalisme étudiant de sortir du marasme dans lequel il se trouve"
mais ne pense pas que ce soit celle que tu tentes aujourd'hui de défendre.
Je m'en tiendrai, pour le moment, à un seul point. Tu évoques, pour me
convaincre de son caractère syndical, la lutte de l'U-ID pour le demi-tarif
sur les transports en commun.
Tu touches là à une des preuves les plus significatives, à mon sens, de la
nature réelle de cette organisation..
L'U-ID, quand on l'interroge, se déclare pour le demi-tarif sur les
transports en commun pour les étudiants. Belle preuve ! Quelqu'un se
déclare-t-il contre ?
As-tu déjà entendu un ministre déclarer qu'il était pour la casse du service
public ?
As-tu, lors des deux guerres menées par la France durant la dernière
décennie (soit dit en passant, ce fut une autre divergence, pas liée
directement aux intérêts des étudiants, mais qui ma paraît fondamentale,
entre UNEF et U-ID), entendu un ministre expliquer que le nombre d'enfants
tués n'avait pour lui aucune importance ?
Non. Mais tu les a jugés à leurs actes.
C'est ici la même chose.
Je laisse à d'autres le soin de te répondre. La lutte de l'U-ID pour le 50%
carte orange au printemps 98 a en effet été décrite dans un excellent teste
deŠ janvier 93, intitulé Indépendance et action, texte interne déposé à un
CN de l'U-ID, dont le premier signataire était, par la grâce de l'ordre
alphabétique, Pouria Amirshahi.
"La pratique actuelle de l'UNEF-ID, ou comment, aujourd'hui, se mènent les
campagnes de l'UNEF-ID.
1) Hypothèse n°1: on a négocié au préalable:
C'est le schéma général de fonctionnement du militantisme dans l'UNEF[-ID,
nde] aujourd'hui. (Š)
1:On élabore la campagne
2: On explique qu'il faut que les étudiants sachent qu'on mène une campagne,
parce qu'on a déjà gagné en négociant à l'avance avec le gouvernement ou
d'autres interlocuteurs.
3:On "gagne" tout ou partie
4:On fait un tract de victoire."
Plus loin "On "gagne" tout ou partie, le plus souvent partie que tout
Attention, ce n'est pas le fait de ne pas gagner sur tout que nous
critiquons ici, mais le fait que l'UNEf-ID ne cherche pas réellement à se
donner les moyens de gagner !".
Conclusion "l'organisation devient de moins en moins crédible, perd
elle-même la confiance en ses propres capacités à mettre en place un rapport
de forces basé sur la mobilisation des étudiants".
C'est exactement ce schéma qu'a reproduit l'U-ID, Pouria devenu président
largement grâce à ce texte (NB: tous les signataires n'ont psa suivi la même
voie. Pierre Bréau, deuxième signataire par la même grâce, en tant que
président f'AGE ) Versailles-Saint Quentin, a changé d'UNEF. Il est l'auteur
de la jolie image animée que tu peux contempler à la page http://unef.org).
L'UNEF, la nôtre, a mené campagne pendant des années, avec une louable
opiniâtreté, pour le 50% carte orange. En face, rien.
Avec le changement de gouvernement de 97, et Gayssot aux Transports, il
était presque évident qu'un geste serait fait pour répondre à cette
campagne. C'est alors que l'U-ID est brillamment entrée en lute, avec ses
affiches Chirac.
En juin 98 a été lancée la carte Imagine-R. Un tarif spécial étudiant, une
petite réduction, mais très loin du 50 %, et avec en plus de nombreux
problèmes pratiques pour ses bénéficiaires.
L'U-ID a crié "On a gagné !". Les chaînes de juillet en Ile-de-France ont
été tenues par elle sur ce thème unique (problèmes d'inscription: rien à
foutre). En Sorbonne, ses tracts et affiches disaient seulement "Pour des
infos sur le demi-tarif carte orange, passez nous voir à nos tables". Nous
savons de source sûre (une militante de l'U-ID, qui, éc¦urée par de telles
pratiques, est passée chez nous peu de temps après) que la consigne donnée à
ceux qui les tenaient était "surtout, ne faites rien pour détromper ceux qui
croiraient qu'il faut prendre leur carte à l'UNEF-ID pour avoir le
demi-tarif".
Dix-huit mois plus tard, cette "victoire" fut un de leurs principaux
arguments pour faire voter pour eux au CROUS de Paris, très loin devant leur
allocation d'études dont ils savaient qu'elle n'intéressait personne (mais
nettement derrière cependant le fameux "Vote pour nous, sinon les fascistes
vont gagner").
Egalement significative est la réaction de la direction de l'UNEF: des
tracts, forcément moins nombreux, moins beaux, sur papier moins glacé,
expliquant en gros "C'est pas vrai, c'est nous qu'on a gagé le 50% carte
orange grâce au rassemblement étudiant"., au lieu de dire que la
mobilisation de tous avait permis une première avancée et que la lutte
continuait pour obtenir un véritable demi-tarif (ce que nous avons fait à
Paris IV, et pour la campagne du CROUS de Paris, voir les archives de Trait
d'Union sur notre site http://paris4.unef.org ).
On peut penser que j'ai développé beaucoup trop longuement cet exemple, sur
une question somme toute mineure. Je l'ai fait parce qu'il est hautement
significatif.
D'un côté, une volonté sereine de mentir aux étudiants afin de leur faire
croire qu'on sert à quelque chose.
De l'autre, une incapacité à répondre en termes syndicaux, une riposte
fondée sur un bête réflexe sectaire boutiquier ("c'est pas grâce à eux,
c'est grâce à nous"), qui cautionne l'essentiel de la manipulation adverse:
accréditer l'idée que le 50% est gagné, alors qu'il ne l'est pas. Une
volonté d'imiter l'autre dans ce qu'il a de plus détestable, mais sans en
avoir les moyens.
C'est cette volonté qui a conduit l'UNEF très bas et qui a conduit sa
direction à n'envisager d'autre avenir que sa liquidation dans
l'organisation qui réussissait là où elle échouait.
C'est en sortant de cette ornière que des AGE ont réussi à faire vivre
l'UNEF sur leur fac comme un vrai syndicat véritablement étudiant, présent
au quotidien, à l'écoute des étudiants, et ainsi à faire reculer les
professionnels qui débarquent les jours d'élections avec la liste de leurs
victoires imaginaires, parfois même à gagner électoralement (derniers
exemples à Evry et Montpellier Lettres).
C'est aux étudiants de nos facs que nous coulons continuer à nous adresser,
pour les convaincre de l'utilité de construire un syndicat qui les défende.
Pas, comme tu sembles le proposer, à ces professionnels, pour leur expliquer
que ce qu'il font n'est pas bien du tout.
Quand nous faisons cela, les militants de l'U-ID qui y ont adhéré par erreur
savent en tier les conséquencesŠ en passant chez nous. Que nous suggères-tu
de dire à ceux-là, aujourd'hui ? "Retour à la case départ pas question de
toucher 20 000 F, la MNEF n'étant plus ce qu'elle était" ?
Nous préférons leur dire que l'UNEF continue, et le prouver, avec eux, et
avec tous les étudiants qui voudront la construire avec nous.