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[discussions] En Histoire-Geo dans le secondaire, la revolution pedagogique a eu lieu

Posté par Emmanuel Lyasse le 24/6.

piece jointe : TEXT/HTML
Documents issus du Collectif anti-Allègre
(http://www.geocities.com/Athens/Thebes/8739/)
1) La nouvelle épreuve du bac
2) Les sujets 2000
3) Commentaire

Histoire-géographie : définition des épreuves du bac

Anciennes épreuves (jusqu¹en 1998)
Les candidats devaient rédiger en 4 heures un devoir d¹histoire ET un devoir
de géographie, chaque devoir étant noté sur 10
En histoire et en géographie, les candidats avaient le choix entre trois
sujets : deux dissertations et un commentaire de document(s).
L¹épreuve avait donc trois caractéristiques essentielles :
  - Equivalence entre les deux devoirs, chacun devant être pris également au
sérieux.
  - Prédominance de la dissertation : 4 sujets proposés sur 6.
  - Importance de la rédaction : les devoirs devaient être entièrement
rédigés, qu¹il s¹agisse de dissertations ou de  commentaires de documents.

Nouvelles épreuves (depuis 1999)
Deux innovations majeures bouleversent la conception de l¹épreuve, et
bouleverseront à terme la nature même de l¹enseignement au lycée.
 1 - Distinction entre une épreuve majeure notée sur 12 (histoire ou
géographie) et une épreuve mineure notée sur 8 (l¹autre discipline), la
répartition étant faite par tirage au sort.
 La justification avancée est qu¹il était trop difficile pour les élèves de
rédiger deux devoirs en quatre heures. Affirmation totalement démentie par
l¹expérience : très rares étaient les candidats qui ne terminaient pas à
temps, ils avaient plutôt tendance à sortir en avance Š
 Le résultat concret est l¹apparition d¹une épreuve mineure très allégée :
 *Si l¹épreuve mineure porte sur l¹histoire (c¹est le cas en juin 2000), un
document accompagné de questions auxquelles il faut répondre " en une page
environ " : c¹est dire clairement que les réponses attendues se rapprochent
du niveau du brevet.
 *Si l¹épreuve mineure porte sur la géographie, on demande la réalisation
d¹une carte thématique tellement ambitieuse que les candidats ne peuvent pas
faire autre chose que reproduire une carte apprise par c¦ur pendant l¹année.
Comme lutte contre le bachotage, on pouvait trouver mieux Š
 2 - L¹apparition, en épreuve majeure, d¹une étude de documents (d¹histoire
ou de géographie) d¹une conception totalement nouvelle :
 -4 ou 5 documents portant sur un thème précis.
 -Le candidat doit :
 -" Présenter les documents "
 -" En fonction du sujet, sélectionner, classer et confronter les
informations tirées de l¹ensemble des documents et les regrouper par thèmes
"
 -" Rédiger, de façon synthétique (environ 300 mots), une réponse argumentée
à la problématique définie par le sujet, en faisant appel, y compris de
manière critique, à l¹ensemble des informations tirées des documents ".
 Qu¹y a-t-il là de scandaleux ?
 *En premier lieu, on a créé cette épreuve en sachant parfaitement ce que
donnait l¹étude de documents dans l¹ancienne épreuve : de la paraphrase,
soit par manque de connaissances, soit par maladresse.
 *Ensuite on a aggravé les choses :
  -En précisant que les candidats n¹avaient pas à apporter de connaissances
extérieures aux documents.
  -En réduisant la part rédigée du devoir : le classement par thèmes n¹a pas
à être rédigé, et peut être présenté sous forme de tableau.
 Bref, un devoir qui n¹exige plus de connaissances, et dans lequel la part
rédigée est réduite au strict minimum.
 Enfin, on a maintenu pour l¹épreuve majeure le choix entre trois sujets :
étude de documents et deux compositions (dissertation étant devenu un gros
mot à bannir) Š mais qu¹importe, puisque la quasi totalité des candidats
(l¹année dernière, et plus encore cette année) choisit les documents.
 Devinez pourquoi.

Baccalauréat 2000 - Histoire géographie - séries L - ES - S
Durée de l'épreuve 4 heures

 Le candidat doit traiter UN des trois sujets de géographie de la première
partie et UN des deux sujets d'histoire de la deuxième partie.


 Première partie Géographie
 I.Composition
 L'Allemagne: puissance européenne, puissance mondiale?

 II.Composition
 Population et développement : le candidat traitera au choix soit l'exemple
chinois, soit l'exemple indien. Le croquis, obligatoire, se limite au
 pays retenu pour la composition. Utiliser le fond de carte.

 III. Etude de documents
 Comment est organisé l'espace économique mondial ?
 Liste des documents :

               Document n° 1 : le commerce mondial : les grands pôles
commerciaux et les principaux flux.  Source : d'après Sciences Humaines,
hors-série n° 17 juin-juillet 1997.
               Document n° 2 : les grandes places boursières.
               Source : d'après Conjoncture 98, Bréal.
               Document n° 3 : le Produit National Brut par état, en 1998.
               Source : C.A.R.T./IFRI , Ramsès 1998.
               Document n° 4 : les firmes multinationales.
               Source : Jean-Louis Mucchielli, Multinationales et
mondialisation, Paris, Le Seuil, 1998.
               Document n° 5 : Les implantations de Mercedes, Ford et Toyota
dans le monde.
               Source : Diercke Weltatlas, Westerman, 1996 et Sciences
Humaines, hors-série n° 17 juin-juillet 1997.

 Questions:
         1.Présenter les documents.
          2.En fonction du sujet, séléctionner, classer et confronter les
informations tirées de l'ensemble des documents et les regrouper par thèmes.
          3.Rédiger de façon synthétique (environ 300 mots), une réponse
argumentée à la problématique définie par le sujet, en faisant appel, y
compris de manière critique, à l'ensemble des informations tirées des
documents.

 Deuxième partie Histoire
COMMENTAIRE D¹UN DOCUMENT D'HISTOIRE
Le candidat choisit l¹un des deux sujets proposés. Il répond aux questions
en une page environ.

 I. Extraits de l'intervention radiodiffusée et télévisée du général de
Gaulle, lors du putsch des généraux à Alger, le 23 avril 1961.

 Un pouvoir insurrectionnel s'est établi en Algérie par un pronunciamento
(1) militaire. Les coupables de l'usurpation ont exploité la passion des
cadres de certaines unités spécialisées, l'adhésion enflammée d'une partie
de la population de souche européenne qu'égarent les craintes et les mythes,
l'impuissance des responsables submergés par la conjuration militaire.
 Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux en retraite(2). Il a
une réalité : un groupe d'officiers, partisans, ambitieux et fanatiques.
 Ce groupe et ce quarteron possèdent un savoir-faire expéditif et limité.
Mais ils ne voient et ne comprennent la nation et le monde que déformés à
travers leur frénésie. Leur entreprise conduit tout droit à un désastre
national.
 Car l'immense effort de redressement de la France, entamé depuis le fond de
l'abîme, le 18 juin 1940, mené ensuite jusqu'à ce qu'en dépit de tout la
victoire fût remportée, l'indépendance assurée, la République restaurée ;
repris depuis trois ans, afin de refaire l'État, de maintenir l'unité
nationale, de reconstituer notre puissance, de rétablir notre rang au-
dehors, de poursuivre notre ¦uvre outre-mer à travers une nécessaire
décolonisation, tout cela risque d'être rendu vain, à la veille même de la
réussite, par l'aventure odieuse et stupide des insurgés en Algérie.
 Voici l'Etat bafoué, la nation défiée, notre puissance ébranlée, notre
prestige international abaissé, notre place et notre rôle en Afrique
compromis. Et par qui ? Hélas ! Hélas ! Par des hommes dont c'était le
devoir, l'honneur, la raison d'être, de servir et d'obéir. [...]

 Devant le malheur qui plane sur la patrie et la menace qui pèse sur la
République., ayant pris l'avis officiel du Conseil constitutionnel, du
Premier ministre, du président du Sénat, du président de l'Assemblée
nationale, j'ai décidé de mettre en ¦uvre l'article 16 de notre
Constitution.
 À partir d'aujourd'hui, je prendrai, au besoin directement, les mesures qui
me paraîtront exigées par les circonstances. Par là même, je m'affirme, pour
aujourd'hui et pour demain, en la légitimité française et républicaine que
la nation m'a conférée, que je maintiendrai, quoi qu'il
 arrive, jusqu'au terme de mon mandat ou jusqu'à ce que me manquent, soit
les forces, soit la vie, et dont je prendrai les moyens d'assurer qu'elle
demeure après moi.
 Françaises, Français ! Voyez où risque d'aller la France, par rapport à ce
qu'elle était en train de redevenir. Françaises, Français! Aidez-moi !

 Source : Message radiotélévisé du chef de l'État à la nation, 23 avril
1961, Discours et Messages, tome V.

 (1) Pronunciamento : coup d'État.
 (2) Quarteron : désigne les quatre généraux suivants : Challe, Salan,
Zeller et Jouhaud.



 Questions

1. Présenter le document.
2. Quel est le " pouvoir insurrectionnel " dont parle le général de Gaulle ?
Quels en sont les origines et les objectifs ?
3. Expliquer la formule : " j'ai décidé de mettre en couvre l'article 16 de
la Constitution ".
4. Qu'entend le général de Gaulle par 1'" immense effort de redressement de
la France ? "

 II l'Europe en octobre 1942
Questions
          1.Présenter la carte.
          2.De quels territoires est constitué le grand Reich ?
          3.Expliquer la situation de la France en octobre 1942.
          4.Quels sont les Etats européens en lutte contre l'Allemagne et
ses alliés en octobre 1942 ?
Depuis quand et pourquoi ?



Epreuve d¹histoire-géographie : un grand pas vers   le " n¹importe quoi ".

 Nous avions vertement critiqué l¹an dernier les nouvelles épreuves
d¹histoire-géographie, en soulignant qu¹elles conduisaient à une remise en
cause de la qualité et de la nature même de notre enseignement. Prétendre
centrer l¹évaluation de lycéens sur l¹étude de documents, le travail le plus
difficile qui soit, tout en réduisant au strict minimum les connaissances
demandées et les exigences de rédaction, ne peut conduire, dans la grande
majorité des cas, qu¹à des copies d¹une exécrable qualité.
 Que peuvent alors faire les correcteurs ? Sanctionner les candidats, c¹est
leur faire payer une faute dont ils ne sont pas responsables,
etéventuellement les dégoûter d¹un travail de préparation qui ne trouve pas
sa juste récompense. Mais à l¹inverse, considérer comme " acceptables " des
travaux d¹une insigne médiocrité, c¹est accepter la dénaturation de notre
enseignement, de ses méthodes et de ses objectifs.
Ce n¹est pas par maladresse que nos réformateurs ont introduit ce type
d¹épreuve, mais au nom de conceptions dont nous mesurons aujourd¹hui les
ravages. Ils ont voulu recentrer l¹enseignement autour de " l¹acquisition
des savoir-faire ", plutôt que de " l¹érudition " et " l¹empilement
 des connaissances ". L¹objectif peut paraître noble, mais en oubliant qu¹il
n¹y a pas de " savoir-faire " sans savoir tout court, on va tout droit à ce
que nous avons appelé l¹enseignement light. On y est, lorsque l¹on considère
le contrat éducatif comme rempli parce que l¹élève est capable d¹écrire "
les documents 1 et 2 sont écrits par deux auteurs différents dont on voit
bien qu¹ils n¹ont pas la même opinion", ou " le document 1 est une carte qui
montre bien que les riches sont riches et que les pauvres sont pauvres "Š
 Plaisantons-nous ? Venez donc ces jours-ci lire quelques unes de nos copies
de bac, et vous n¹aurez plus envie de rire.
 Au vu des sujets, et surtout des copies de juin 2000, nous n¹avons
absolument rien à retrancher aux critiques faites l¹an dernier, et nous
pouvons même en rajouter.

   L¹épreuve majeure de géographie

 Première observation, l¹immense majorité des candidats (de l¹ordre des
9/10) a choisi l¹étude de documents.
 Est-ce parce que les deux sujets de composition portaient sur l¹Allemagne
et l¹Inde ou la Chine, pays déjà proposés l¹an dernier ? Nous l¹ignorons. En
tout cas, on aurait voulu pousser les élèves vers l¹étude de documents qu¹on
ne s¹y serait pas pris autrement. On a beau jeu dans ces conditions de
souligner qu¹il y a toujours au bac des compositions (c¹est à dire des
devoirs entièrement rédigés) : qu¹importe, si plus personne, ou presque, ne
les choisitŠ
 Avec l¹étude de documents, ce qui est demandé aux élèves est si vague, si
difficile, si infaisable, qu¹on ne peut guère s¹attendre à autre chose
qu¹une paraphrase assortie de quelques considérations très générales.
 Car enfin, efforçons-nous de présenter le document 1. On peut toujours
écrire qu¹il s¹agit d¹un planisphère montrant les grands pôles et les
principaux flux du commerce mondial, et que les chiffres indiquent, en
pourcentage, la part de chaque flux et pôle dans le total mondial. On
 peut ajouter la fine observation qu¹il y a trois pôles principaux dans le
commerce mondial, l¹Amérique du nord, l¹Europe et l¹Asie, que c¹est entre
ces trois pôles que se font d¹abord les échanges, et que par rapport à eux
les autres pôles apparaissent comme très secondaires.

Ce qui ne prouve strictement rien, à part que le candidat sait lire et qu¹il
n¹est pas handicapé visuel. Et l¹on pourrait recommencer avec les quatre
autres documents.
 Tentons à présent, comme nous le demande le sujet de " sélectionner,
classer, confronter et regrouper par thèmes " les informations des
documents. La passionnante réunion d¹harmonisation des corrections tenue
samedi matin à Paris a envisagé comme
 classement :
    Thème 1 : Au centre, la Triade capitaliste
     Thème 2 : Les périphéries intégrées
      Thème 3 : Les périphéries délaissées.
 Puis, sans doute parce qu¹il paraissait difficile de demander à tout le
monde de se soumettre à ce jargon très " nouvelle géographie ", on a convenu
qu¹à peu près tous les classements étaient envisageables, sauf un, le
classement trop sectoriel de type Production/Commerce/Finances. Mais comme,
entre temps, l¹un des corrigés qui fleurissent ces jours-ci sur le Web a
proposé ce classement, et qu¹il n¹y a aucune raison de soupçonner
l¹honorable collègue d¹incompétence, on peut en conclure qu¹il faut tout
accepter.
 Et c¹est bien ce que l¹on retrouve dans les copies : tout et n¹importe
quoi. N¹allez pas tenter de vérifier la cohérence des classements grâce à
leur contenu : conformément aux instructions officielles, ce n¹est pas
rédigé, mais présenté sous forme de tableaux, pour la plupart illisibles,
 et pour cette raison très peu lus. Ce qui est fâcheux lorsqu¹on sait qu¹ils
ont mobilisé une bonne partie du temps de travail des candidats Š
 Enfin, la synthèse demandé en troisième question a bien du mal à éclairer
les correcteurs sur la valeur réelle des candidats. Car tout de même, à
moins d¹être vraiment très doué (mais est-ce ce que l¹on demande à un
candidat moyen ?) peut-on sérieusement répondre " en 300 mots
 environ " à une question aussi ambitieuse que " Comment est organisé
l¹espace économique mondial ? ". D¹autant plus qu¹il faudra pour cela
s¹appuyer sur les informations recueillies dans les documents, et que la
plupart du temps on ne saura pas faire autre chose que les
 paraphraser.

 Conclusion sur cette épreuve : ce que nous mettons en cause, ce ne sont ni
les capacités des candidats, ni le sérieux de leur préparation, ni la
qualité de l¹enseignement qu¹ils ont reçu, mais la façon dont ils se font
piéger par une épreuve infaisable. Et au delà, les conséquences de ce
 type d¹épreuve sur la nature de l¹enseignement en classe de terminale.

 " L¹étude de documents ", telle qu¹elle est conçue aujourd¹hui, a largement
fait les preuves de sa nuisance. Il faut en revenir à des épreuves
permettant réellement aux candidats de montrer leurs compétences : des
connaissances simples, mais solides ; une capacité à rédiger, c¹est à dire
présenter de façon claire et ordonnée ce que l¹on a compris.

    L¹épreuve mineure d¹histoire
 Les deux documents proposés (le discours de de Gaulle lors du putsch
d¹Alger, ou une carte de l¹Europe en 1942) sont tout à fait intéressants, et
abordables par des candidats correctement préparés. Il faut même saluer la
présence, rarissime, d¹une carte parmi les documents d¹histoire.
Mais l¹étude de ces documents est victime de la nouvelle organisation de
l¹épreuve. Ils sont proposés en " épreuve mineure ", et les candidats
doivent répondre à quatre questions " en une page environ " Š c¹est à dire
pas grand-chose, si l¹on n¹oublie pas cette évidence qu¹il s¹agit d¹une page
manuscrite (300 mots environ), et pas imprimée. Il faut en réalité une
grande expérience pour rédiger aussi brièvement une réponse convaincante.
 Petite question à nos amis journalistes : qui peut répondre sérieusement en
75 mots à la question suivante : Qu¹entend le général de Gaulle par "
l¹immense effort de redressement de la France " ?
 Chaque professeur sait que les élèves ont besoin, dans leur grande
majorité, de plus de temps et de place pour montrer ce qu¹il savent et ce
qu¹ils ont compris Š Et les professeurs ont besoin de plus de matériaux pour
évaluer sérieusement ce que les élève savent ou pas, ce qu¹ils ont compris
ou pas.
 La seule façon pour les élèves de s¹en sortir était d¹abandonner le cadre
des " 300 mots environ ", et d¹utiliser toutes leurs connaissances. Mais
alors il faut s¹interroger sur la pertinence de la division entre " épreuve
majeure " et " épreuve mineure ", cette dernière n¹étant en fait qu¹une "
 épreuve light ".
 Pouvons nous attendre passivement de nous retrouver, en juin 2001, dans la
même situation ?
 Que pouvons nous faire pour exiger la redéfinition des épreuves ?
 Quels conseils pouvons nous donner à nos élèves ?
 Le débat est ouvert, les contributions de tous sont les bienvenues.