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[discussions] Tr : R=?ISO-8859-1?B?6Q==?=flexion sur la transformation

Posté par Webmestre UNEF RS le 27/11.

Pour info.

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De : Informe 
À : atos@umb.u-strasbg.fr, enseig@umb.u-strasbg.fr
Objet : Réflexion sur la transformation
Date : Jeu 27 nov 2003 19:04


LA TRANSFORMATION NEO LIBERALE DE L’UNIVERSITE

Par le collectif Abélard (collectif d'une vingtaine d'universitaires ayant
rédigé le Livre noir sur l'université)



L’université française est à la veille d’une régression historique, dont
les étudiants et les enseignants prennent peu à peu conscience. Celle ci
s’élabore sur la base de trois réformes, soigneusement articulées entre
elles, et inspirées par la même idéologie. La réforme dite du LMD (Licence,
Master, Doctorat), qui est déjà entrée en application dans certaines
universités (Lyon II par exemple) ; la réforme dite de « modernisation des
universités » ; et enfin, celle qui vise à transformer le statut des
personnels des universités.


L’auto dérégulation de l’université française
Dans le discours des « modernisateurs », la réforme du LMD vise d’abord à
l’harmonisation européenne des cursus. En créant de nouveaux diplômes à bac
+ 3 (Licence), bac + 5 (Master) et bac + 8 (Doctorat), il s’agirait de
favoriser la circulation des étudiants entre les différents pays européens.
La traduction des formations en termes d’ECTS (European Credit Transfer
System) irait dans le même sens. L’idée de favoriser la mobilité
internationale des étudiants est attractive, mais son application bute sur
la question des moyens envisagés, très limités par rapport aux besoins. Or,
aller à l’étranger coûte cher et demande une certaine maîtrise des langues
étrangères : en réalité, seule une minorité d’étudiants aisés peuvent être
concernés en l’absence de financement conséquent.

Derrière cette façade internationaliste rutilante, il apparaît que le
passage au LMD est avant tout une réforme qui va dénationaliser les
diplômes. En effet, jusqu’à présent le ministère fixait le cadre national
de chaque diplôme ce qui, en théorie, permettait d’assurer une certaine
égalité entre étudiants, qui bénéficiaient alors d’une formation à peu près
comparable quelle que soit l’université fréquentée. Les diplômes étaient
donc à « habilitation nationale » et permettaient, par exemple de postuler
à tel ou tel niveau de concours de la fonction publique. Or avec le LMD, ce
sont chaque université, chaque discipline, qui, hors de tout cadrage
national, définiront elles mêmes le contenu de leur « offre de formation »
et se retrouveront en compétition entre elles. L’objectif du ministère est
d’aboutir à terme à la création de « pôles d’excellence », susceptibles de
rivaliser avec leurs équivalents à l’étranger. Dans ce contexte, la
résorption des inégalités dans l’enseignement supérieur devient un concept
désuet.

Cette réforme d’inspiration « libérale », étant donné qu’elle diminue le
rôle régulateur de l’Etat, est donc le prélude à la mise en concurrence
généralisée des filières, comme des établissements, marquée par une volonté
de réduction des coûts. La réforme du LMD remplit cet objectif en limitant
l’offre de formation : les plus petites universités et les moins
concurrentielles seront de facto transformées en « collèges universitaires
» bornés à la Licence, et ne pourront pas toutes proposer un master, et
encore moins un doctorat. Ceci se répercutera tant sur la qualité de
l’enseignement (déconnecté de la recherche), que sur les perspectives
académiques des étudiants, d’emblée plus limitées.

Avec le LMD, les universités « libérées » pourront enfin définir leur offre
de formation, - cette liberté trouvant vite ses limites dans la faiblesse
des moyens disponibles, bien évidemment (très) variables d’une université à
l’autre -. Les étudiants ne sont pas en reste, car le ministère encourage
aussi fortement la création de « parcours de formation »
pluridisciplinaires et individualisés, les étudiants « libres » devant
alors construire eux mêmes leur propre cursus. On retrouve donc, mais au
plan de la pédagogie cette fois, l’inspiration individualiste et libérale
de la réforme. De nouveau, un tel système favorisera d’abord les étudiants
d’origine sociale élevée. L’autonomisation et la mise en concurrence
accrues des universités vont amplifier les écarts entre établissements. En
raison du désengagement de l’Etat, les moyens dont disposeront les collèges
universitaires (ces universités de « seconde zone ») seront à la mesure de
leur implication et de leur dépendance envers leur environnement économique
et social. La majorité des premiers cycles des universités les moins riches
sera réduite à dispenser un service public minimum utilitariste à des
étudiants peu sélectionnés.

Enfin, le passage au LMD s’accompagne de très fortes incitations à la «
professionnalisation » des universités, toujours à budget constant... Or,
d’une part il n’est pas prouvé que les formations dites professionnelles
garantissent mieux l’accès à l’emploi que les formations dites généralistes
(les « Grandes écoles », par exemple, dispensent une formation très
générale). D’autre part, l’expansion d’une « professionnalisation du pauvre
» (sans moyens) à l’université s’accompagne aussi du développement d’une
conception purement instrumentale et mercantile de la connaissance ; ainsi
les universités sont de plus en plus incitées à développer la recherche
appliquée et à court terme. La régionalisation de l’offre de formation
influencera également le choix des thèmes de recherche, de manière à mieux
répondre aux demandes des acteurs locaux, au détriment de l’autonomie
scientifique des universités.

La transformation managériale des universités et la mise au pas des
personnels

Les « modernisateurs » veulent transformer l’université en une petite
entreprise susceptible de dégager des profits. Les activités commerciales
de l’université, déjà bien développées (la formation continue), devraient
l’être encore davantage, avec l’apparition de l’activité de « validation
des acquis » qui se substituera à la transmission des savoirs, et le
renforcement du contrôle par les entreprises et les bureaucraties locales
ou nationales.

Pas de petite entreprise sans manager, aussi les différents projets de loi
de « modernisation » accroissent-t-ils le pouvoir dévolu aux présidents
d’universités, limitant le rôle des divers conseils universitaires à la
portion congrue. Cette « présidentialisation » est confortée par le projet
de réforme des statuts des personnels, dans le sens d’une
contractualisation : le président se transformera en chef du personnel
(IATOSS, enseignants-chercheurs), assignant à chacun ses obligations de
service au cours de négociations individuelles, dans un contexte de pénurie
de postes. Pour les enseignants-chercheurs, une des conséquences majeures
de l’application du rapport Belloc sera l’augmentation de la charge
d’enseignement au détriment des activités de recherche.



A ces tentatives de prise de contrôle marchand, il faut opposer l’exigence
d’une démocratisation réelle de l’Université : l’accès du plus grand nombre
aux savoirs qu’elle délivre ; son ouverture sur le monde (mais qui ne soit
pas un ajustement purement marchand du fonctionnement pédagogique,
scientifique, institutionnel de l’université) ; la réaffirmation de ses
missions de recherche et de construction de savoirs universels. En
l’occurrence, la construction d’une Université garante de l’autonomie
intellectuelle.



En décembre, paraîtra l’ouvrage du collectif Abélard intitulé : Universitas
Calamitatum : Le livre noir de la réforme universitaire, Editions du
Croquant (collection Savoir / Agir). On y trouvera un exposé plus développé
de ces thèmes. [www. 
editionsducroquant.org  ]

Mailto:Roland.Pfefferkorn@umb.u-strasbg.fr
 

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