[discussions] Le ministre de l'UNEF-ID vous parle
Posté par Emmanuel Lyasse le 26/5.
Du compte-rendu de l'Assemblée nationale, reçu du collectif anti-Allègre
Session ordinaire de 1999-2000 - 88ème jour de séance, 207ème séance
1ère SÉANCE DU MARDI 23 MAI 2000
PRÉSIDENCE de Mme Christine LAZERGES
vice-présidente
Sommaire
QUESTIONS ORALES SANS DÉBAT 2
(...)
« MARCHANDISATION » DE L'ÉCOLE
M. Jacques Desallangre - Nous observons actuellement une pénétration des
entreprises dans les établissements de
l'enseignement public. Aujourd'hui, elles ont en effet acquis la certitude
que les écoles constituent un terrain à conquérir. Par des
actions de mécénat, de sponsoring ou de publicité à peine déguisée, des
grands groupes tels que Danone, Colgate, Hachette,
Leclerc, Microsoft partent donc à l'assaut en investissant massivement dans
des outils d'aide à la pédagogie qui sont autant de
vitrines pour eux. Partant du principe que les enfants participent de plus
en plus à l'acte d'achat des familles et que les habitudes
de consommation s'acquièrent dès le plus jeune âge, les services de
marketing ont développé toute une stratégie d'approche des
établissements scolaires. Sous des dehors altruistes, leurs actions risquent
en réalité de conduire à une « marchandisation » de
l'école.
J'ajoute qu'on voit fleurir dans les collèges et lycées des clubs de bourse
souvent via Internet qui laissent penser aux jeunes que la
Bourse est un casino où l'on gagne presque à tous les coups. Est-il de toute
façon raisonnable d'inculquer à des jeunes de douze
ans des principes financiers très éloignés de la réalité quotidienne ?
Comment le ministère de l'éducation nationale compte-t-il juguler ces
pratiques, contraires aux principes de laïcité et à nos valeurs
républicaines ?
M. Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'enseignement professionnel - M.
Jack Lang me prie de vous faire la réponse suivante.
En France, les crédits consacrés à l'école sont très importants. Ainsi en
1998, la dépense intérieure d'éducation atteignait 607
milliards, soit 7,2 % du produit intérieur brut. Dans la dépense intérieure
d'éducation, la part de l'Etat est prépondérante, à hauteur
de 64,7 % dont 56,7 % pour le seul ministère de l'éducation nationale.
Mais il est vrai que de nombreux outils pédagogiques sont mis à la
disposition des enseignants par des entreprises. Toutefois, la
publicité au sein des établissements scolaires reste rigoureusement
interdite, en vertu du principe fondamental de neutralité du
service public d'enseignement. Des circulaires de 1967 et 1976 ont rappelé
que les enseignants et les élèves ne sauraient servir
directement ou indirectement à quelque publicité commerciale que ce soit. Il
revient donc aux chefs d'établissements d'assurer la
protection du milieu scolaire contre les pratiques commerciales.
Toutefois, le respect de la neutralité ne doit pas conduire à refuser
systématiquement l'introduction dans les établissements
scolaires d'éléments susceptibles de contribuer à l'exercice de leur mission
éducative ou à leur ouverture sur leur environnement
social, culturel et économique. Pour ce qui est des produits pédagogiques
multimédia, un accord-cadre a été passé avec
12 grandes entreprises, dont IBM, Lotus, France Télécom. Un service du
ministère est chargé d'expertiser et de labelliser ces
produits et de s'assurer de leur qualité pédagogique ainsi que de l'absence
de références publicitaires avant d'autoriser leur
diffusion dans les établissements.
Par ailleurs, deux notes de service, l'une datant de 1995, relative aux
conditions de participation du ministère de l'éducation à des
concours scolaire et à des opérations diverses, l'autre de 1999, relative
aux opérations, concours et journées en milieu scolaire, ont
clairement rappelé le principe de neutralité et organisé la participation
des établissements à d'éventuelles actions de partenariat.
Elles constituent un cadre protecteur pour les élèves.
Nous envisageons de rappeler dans un texte unique, actuellement en cours
d'élaboration, les conditions d'intervention des
entreprises en milieu scolaire et les règles qui doivent présider à leur
participation, dans le strict respect des principes
fondamentaux de l'école publique.
Au-delà de ces textes, le respect des principes de laïcité et de nos valeurs
républicaines est garanti par les chefs d'établissement
et par les personnels enseignants et l'éducation. Leur mission consiste en
effet à aider les élèves à acquérir le sens des valeurs
républicaines et à exercer leur sens critique afin qu'ils deviennent des
citoyens libres, avertis et responsables de leurs choix.
M. Jacques Desallangre - Vous me dites que la part de l'Etat dans la dépense
intérieure d'éducation reste prépondérante.
Heureusement ! Le contraire serait inquiétant.
Vous me dites aussi que la publicité est interdite dans les établissements
et que des recommandations ont été faites mais, à
l'évidence, le système présente des failles, dans lesquelles certains se
glissent volontiers. Ne faudrait-il donc pas fixer un cadre
plus protecteur pour les enfants ?
M. le Ministre délégué - Les chiffres que j'ai cités étaient simplement
destinés à rappeler que notre pays consent en faveur de
l'éducation des efforts qui le mettent en tête du palmarès établi par l'OCDE
en ce domaine. Le fait d'ailleurs que la France soit,
proportionnellement au nombre d'habitants, le deuxième exportateur mondial,
témoigne bien de l'excellente qualification de nos
jeunes. Mais sans doute y a-t-il des failles. Et je n'approuve pas plus que
vous la diffusion d'une certaine culture, bien éloignée de
celle du travail. Il faut convaincre notre jeunesse de la vertu des valeurs
de travail et de mérite, plutôt que lui laisser croire qu'il
suffirait de pianoter sur un clavier pour gagner à la loterie sociale ! Ce
que notre pays attend d'elle, en effet, c'est qu'elle sache
innover en privilégiant sa formation plutôt que des valeurs de pacotille.
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