[discussions] Elections aux CROUS : quelques enseignements...
Posté par Jihadwachill@aol.com le 1/4.
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L'Unef (exID) est donc retombée à son niveau d'il y a quatre ans (38,5%
environ), entrainant avec elle l'ensemble du syndicalisme étudiant vers des
fonds abyssimaux.
Pas d'effet réunification donc, pire, une claque par rapport même au résultat
obtenu en 2000 par l'Unef ID seule : une perte d'au moins 16 élus sur 90
sortants élus sous cette étiquette, soit plus d'un élu sur six. Il y avait de
plus 11 sortants élus sous une étiquette UNEF, dont six appartenaient à des
AGE de l'UNEF ayant refusé la réunification (celles de Caen, de Dijon, de
Créteil et de Bordeaux, AGE qui ont rejoint la FSE et celles de Montpellier
et de Lyon). L'Unef (exID) pouvait donc, en comptant les ralliements de la
"réunification syndicale", en toute afficher au moins 95 sortants : elle en
perd un cinquième à un quart.
C'est sans l'ombre d'un doute un désavoeu pour sa revendication d'une
"allocation d'autonomie", qu'elle a placée au coeur de sa campagne. Au point
d'affirmer vouloir faire de ces élections un "référendum" pour cette
revendication. L'échec apparaît de ce point de vue d'autant plus cuisant.
Sans doute faut-il y voir la preuve que cette proposition démagogique ne fait
pas l'unanimité chez les étudiants et peut-être d'une prise de conscience des
"dégats collatéraux" que la casse du système d'aide existant pour mettre en
place une aide à montant unique, sans doute plus proche des 2500 francs que
des 4500 francs réclamés par l'Unef (exID), entraînerait chez les plus
défavorisés d'entre-eux.
Faute d'émergence d'une force syndicale structurée nationalement et défendant
la nécessité de promouvoir l'égalité des chances par une dicrimination
positive dans l'attribution de l'aide sociale étudiante, bref de rechercher
une plus grande justice sociale par une certaine compensation des inégalités
sociales, l'échec spectaculaire et cuisant de l'Unef (exID) apparaît comme
une déroute du syndicalisme étudiant dans son ensemble. Aucune alternative
syndicale crédible n'apparaît à se jour au milieu des querelles de chapelle
qui caractérisent les structures syndicales restées en marge de la prétendue
"réunification syndicale".
Sud-étudiants passe certes de 1 élu apparenté (AGET-ASL élu sur une liste
commune avec Sud à Toulouse) à 3. Mais cette percée toute relative reste
modeste et tient fortement à des considérations locales (comme au Havre),
quand elle ne se fait au détriment d'une autre structure syndicale "de lutte"
(comme à Limoges ou à Toulouse). Et surtout il convient de s'interroger sur
l'illégitimité de Sud à prétendre vouloir occuper le "crédo" de la justice
sociale au regard de sa revendication principale, celle d'un "revenu
étudiant", bien peu compatible avec toute idée de compensation des inégalités
sociales.
Les SE apparaissent en pleine déconfiture, passant de 3 sortants (2 à Limoges
et celui de l'AGET-ASL), à un élu à Limoges.
La FSE ne peut décemment afficher un bilan plus brillant. Au-delà de
l'argument "on n'existait pas il y a deux ans, donc on fait mieux, donc c'est
bien", la FSE reprend l'essentiel du "crédo" laissé libre par la
"disparition" sur ses universités d'implantation de l'UNEF, quand elle n'en
assume pas purement et simplement la continuité (à Caen, à Dijon, à Créteil,
à Bordeaux...). Ainsi, il apparaît logique de prendre comme référence les
élus sortants de l'UNEF sur ces CROUS là. La FSE perd donc en fait 2 élus sur
4, ceux de Dijon et de Bordeaux, sans en gagner.
La perte des élus de l'UNEF Lyon (pas de liste déposée...) et de l'UGEM-UNEF
à Montpellier (malgré l'alliance entre l'UGEM et le SEUL-FSE cette année)
démontre enfin les limites du localisme en matière de syndicalisme étudiant.
Les corpos tirent profit de l'effondrement du syndicalisme étudiant pour
contester à l'Unef (exID) sa prédominance électorale. La FAGE et PDE ont
ainsi désormais plus d'élus que l'Unef (exID) dans cinq CROUS où ils étaient
distancés en 2000 par l'UID : Amiens, Bordeaux, Dijon, Orléans-Tours,
Rennes-Brest. Certains de ces résultats sont même spectaculaires comme à
Amiens ou Dijon (5 élus corpos sur 7), deux AGE de l'UID traditionnellement
tenues par la tendance "tous ensemble", ou encore à Orléans ou Rennes (5
sortants UID pourtant). Ils confirment leur supériorité dans leurs "fiefs" de
Lille, Rouen et Strasbourg, mais semblent perdre leur prépondérance à Reims
(5 sortants FAGE pourtant), ce qui constituerait leur seul échec notable.
Néanmoins, à y regarder de plus près, la progression des listes FAGE et PDE
est très modeste (+4 élus, de 58 à 62) et l'apparente victoire corpo tient
essentiellement de l'illusion d'optique due à la déconfiture de l'Unef
(exID).
L'UNI connait une poussée (de 8 à 16 élus), explicable en partie seulement
par le contexte électoral des présidentielles. Peut-être faut-il y voir aussi
le fruit d'une campagne axée sur la défense des aides étudiantes existantes
(ALS, APL, bourses...), qui a sans doute attiré vers elle des étudiants ne
partageant pas l'essentiel de ses orientations mais inquiets d'une possible
disparition de ces aides et désireux de sanctionner les errements de l'Unef
(exID) sur cette question.
Le principal enseignement de ces élections aux CROUS pourrait être la percée
de listes communautaires, d'étudiants étrangers (5 élus sur des listes
autonomes contre 2 en 2000) et surtout de l'EMF (Etudiants Musulmans de
France) qui aurait 12 élus contre 3 précédemment.
Cette percée s'explique sans doute partiellement par le contexte du
Proche-Orient et par les errements de l'Unef (exID) concernant le conflit
israélo-palestinien avec le maintien de son alliance avec une UEJF qui
connait une franche dérive droitière et s'aligne sur une position de défense
inconditionnelle d'Israël. D'où une perte de confiance des étudiants
étrangers et français d'origine maghrébine vis-à-vis de l'Unef (exID) à cause
de ce choix fortement contesté par l'UEAF, l'UGET et l'UNEM.
Néanmoins, cette percée du communautarisme va bien au-delà de la
réaffirmation d'un certain particularisme des étudiants étrangers. Ce ne sont
d'ailleurs pas les listes d'étudiants étrangers, renforcées par un appoint de
voix d'étudiants français d'origine étrangère, qui en tirent l'essentiel des
bénéfices, mais une organisation communautaire regroupant surtout des
étudiants français de confession musulmane et mettant en avant cette identité
confessionnelle comme argument électoral. On peut épiloguer sur le caractère
peu représentatif de ces listes au vu de la faiblesse de la participation,
espérer qu'il ne s'agit que d'une tendance ponctuelle, mais les faits sont
là.
A qui la faute ? A l'Unef (exID) essentiellement en milieu étudiant. Pour les
raisons déjà expliquées précédemment à propos de la Palestine, mais aussi à
force de flatter les particularismes, y compris dans leurs aspects les plus
contestables, des uns et des autres de manière démagogique "à la SOS Racisme"
dans le seul but de plaire, par électoralisme voire clientélisme, l'UID a
joué avec le feu. Aujourd'hui elle se brûle, du fait d'une exacerbation de
ces particularismes telle qu'elle ne parvient plus à maîtriser.
Elle pensait pouvoir encore et toujours faire voter pour elle et la chèvre et
le chou, l'UEJF comme les étudiants maghrébins ou d'origine maghrébine, en
invoquant encore e toujours le danger de l'extrême-droite ("contre
l'extrême-droite, votez Unef ID"). Mais l'affaiblissement de l'extrême-droite
est venu enrayer la machine électorale pourtant bien huilée. Enfin,
l'autonomisation de ses relais électoraux que constituaient les associations
d'étudiants étrangers a fait le reste.
A bien des égards, l'Unef (exID) s'inquiétant de la montée du communautarisme
exprimé à l'occasion de ces élections aux CROUS m'évoque un
"pompier-pyromane".