[discussions] Etrange, vous avez dit etrange ?
Posté par Emmanuel Lyasse le 18/3.
Le nombre, et souvent la violence, des réactions que suscite la publication
du manifeste sur notre forum me semble être le meilleur témoignage de sa
nécessité.
Il est vrai que son texte a de quoi choquer. Il correspond aux nécessités de
la période que nous vivons.
Ce texte ne fait que dire ce que nous constatons quotidiennement: la grande
misère due à un vaste et plus que trentenaire sabotage, de l'Education
publique en France.
Les conséquences qu'il en tire sont violentes. Pourrait-il en être
autrement ?
J'aimerais que ses lecteurs réagissent par rapport à la situation qu'il
décrit, et non par des réflexes qui, du fait de la situation, paraissent
pour le moins périmés.
Pourquoi, cher Julien, vouloir nier ce qui est évident ? Pourquoi, toi qui
as justement dénoncé avec nous tous la politique de casse, refuser d'en
regarder les conséquences ? Nous avons pu paraître catastrophistes lorsque,
devant chaque réforme dont nous demandions, en vain le plus souvent, et
toujours dans la dernière période, le retrait immédiat et sans conditions,
nous l'identifiions à la fin de l'école en France. Faut-il, lorsque les
faits la confirment, avoir soudain peur de notre propre analyse ?
Pourquoi donner dans les lieux communs chers à ceux que nous combattions, et
voulons combattre encore,et aller plus loin qu'eux dans cette voie, en
assimilant version latine et coups de règles sur les doigts ? Je me permets
de te faire observer qu'au temps reculés que tu sembles évoquer, ceux qui en
étaient aux versions latines n'en étaient plus à recevoir des coups de
règles, s'ils l'avaient jamais été (un aspect de la sélection sociale
d'alors). Surtout, j'aimerais que tu conviennes que la version latine,
exercice formateur s'il en est, mérite d'être défendue, et rétablie, si on
peut discuter de l'utilité des coups de règles, que personnellement je
réserverais volontiers aux ministres et à leurs laquais.
A ce propos, il est vrai que ce qui est dit des syndicats, du SNES en tout
cas (pour les autres, c'est normal, et on peut déplorer qu'il en manque deux
ou trois à la liste), est brutal. Mais que dire d'autre ? Si nous nous
taisions sur le SNES, son action presque constante durant la trentaine
évoquée le condamnerait. Si nous nous taisions, nous ne gagnerions rien que
d'être condamnés avec lui, pour complicité. Julien Esquié donne des
exemples. On pourrait les multiplier. Qu'il me suffise d'évoquer le sigle
funeste IUFM pour être compris.
Alors, comme le SNES n'est pas défendable pour ce qu'il est, on le défend
pour ce qu'il n'est pas. Parler à son propos de syndicalisme de lutte est
proprement hilarant. S'il a gagné, hélas, l'image d'un opposant à Allègre,
c'est grâce à Allègre, et bien malgré lui. Il n'a donné le mot d'ordre de
retrait des réformes, qui venait de toutes les salles des profs, que dans la
dernière semaine, et celui de démission d'Allègre que dans les derniers
jours, et ce pour, sitôt la seconde obtenue, oublier le premier. Lang
applique les réformes d'Allègre, et le SNES est heureux parce que Lang ne
lui refuse ce qui a toujours été son seul but: cogérer, fût-ce la casse de
la branche sur laquelle ses mandants sont assis.
Comment peut-on parler de sa représentativité, et de taux de
syndicalisation, voire le qualifier de "corps enseignant en tant que force
organisée" ? C'est une vaste farce, entretenue par la complaisance du
système médiatique. La légende, soigneusement entretenue, de son omnipotence
en matière de mutations lui procure l'adhésion massive des jeunes collègues,
mais quand on regarde son potentiel militant, on constate sa déconfiture.
Les collègues qui veulent s'opposer à la politique de casse savent que ce
n'est pas là qu'il faut s'adresser. Ceux qui sont indifférents, résignés, ou
pire, ne songent certes pas à se syndiquer. Il est curieux que ceux qui nous
soupçonnent, jusque depuis Helsinki, de ne jamais mettre les pieds dans un
lycée ou un collège, soient à ce point ignorant de la réalité présente des
salles des profs.
Car, faute d'arguments, le recours est rapide aux accusations gratuites.
Vous contestez les évidences médiatiques sur l'enseignement secondaire ?
Vous êtes évidemment des universitaires. Qu'il y ait fort peu
d'universitaires sur la liste des signataires (et je le déplore: ce n'est
pas à leur honneur, mais c'est représentatif de leur comportement depuis dix
ans) importe peu à nos censeurs. Ils ne lisent pas. Ils savent.
Dernier argument de la défense syndicale, et somme de l'inconscience ou du
foutage de gueule, vient l'accusation, cher Hervé Ducros, de ne pas se
préoccuper du statut et des conditions de travail des profs. Mais d'où donc
sortez-vous que ce manifeste ne s'en préoccupe pas ? Dénoncer l'humiliation
systématique et planifiée d'une profession comme moyen d'une politique,
n'est-ce pas défendre son statut ? La défense de l'école et celle du statut
des enseignants sont inséparables, et ce manifeste l'illustre. Au contraire,
le SNES, en séparant l'un et l'autre, ce que vous semblez faire, s'est
toujours mis dans l'impossibilité de défendre le statut, avec une
obstination qui paraîtra à des esprits moins soupçonneux que le mien ne
pouvoir relever de la seule candeur.
Vous dénoncez la "surcharge de travail". Mais d'où vient-elle ? On n'a pas
(pas encore ?) touché à la durée du service hebdomadaire. En revanche, au
titre de rénovation, concertation et autres, on a multiplié les obligations
hors-service, au mieux inutiles, le plus souvent nuisibles du point de vue
de l'instruction. On peut citer, parmi beaucoup, l'exemple de l'heure dite
de "vie de classe", dont personne n'a jamais été capable de dire à quoi elle
pouvait servir, sinon à faire perdre une heure à une classe, et à un
professeur. Qu'en a dit le SNES ?
S'il est un seul patron qui rêve de la destruction du SNES, celui-là est
bien mal avisé, ou d'une remarquable abnégation.
Je n'ai pas vu que ce manifeste appelât, comme on l'en accuse, à la
destruction des syndicats. Il ne fait que dénoncer des organisations, qu'il
cite, comme n'étant pas ou plus des syndicats. Ce n'est pas la même chose.
C'est même exactement le contraire.
Le terme de forfaiture employé par le texte peut sembler excessivement
violent. Il me semble en tout cas qu'il ne peut s'appliquer à ceux qui,
comme François, luttent à l'intérieur de la FSU, quoi qu'on pense des
chances de cette lutte.
Il est urgent que tous ceux qui veulent défendre l'école contre la politique
de casse du pouvoir, très certainement majoritaires dans le corps
enseignant, s'organisent. Il est certain que ce ne peut être dans le cadre
du SNES et de la FSU. Là est l'essentiel. Voilà pourquoi je donne ma
signature à ce texte.
EL
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