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Re: [discussions] MANIFESTE POUR L'INSTRUCTION PUBLIQUE

Posté par Vincent CHARBONNIER le 18/3.

piece jointe : TEXT/HTML
Tout à fait en désaccord. Je ne signe pas, et j'appelle les lecteurs de ce
mail à ne pas la
signer.
Pourquoi ?
1. Parce que éduquer n'est pas instruire. L'école n'est pas l'armée. Les
enseignants ne sont pas des instructeurs. Les hussards noirs de la
république ne survivent que chez quelques esprits, fussent-ils brillants,
mais là n'est pas la question. Ils pèsent comme un cauchemar sur la tête des
vivants (cf. "Le 18 Brumaire de KM") ;
2. Entre Condorcet et Rousseau (le suisse), je préfère le second : "la
liberté n'est pas celle des marchands" ;
3. Les camarades syndicalistes-(et)-enseignants qui composent la FSU et ses
syndicats sont une (bonne) pluralité en acte. Comme tout le monde, La FSU
n'est pas un bloc homogène, et ses membres ne sont les soutiers unanimes des
réformes du ministère ;
4. L'orthodoxie est un premier pas décisif vers le sectarisme.

Vincent Charbonnier, étudiant en thèse à Nice-Sophia Antipolis,
Précaire-Chômeur de l'EN à l'université de Nantes.

De : "Julien Esquie" 
Répondre à : "Julien Esquie" 
Date : Mon, 11 Mar 2002 20:31:25 +0100
À : 
Objet : [discussions] MANIFESTE POUR L'INSTRUCTION PUBLIQUE


 

MANIFESTE POUR L'INSTRUCTION PUBLIQUE
Appel à la résistance



Le système d'instruction publique français est en train de sombrer. Cette
évidence ne peut échapper à quiconque fréquente les établissements
scolaires. Il reste qu'à l'extérieur, elle est mal connue : la presse
n'informe plus et le mutisme complice des organisations syndicales
majoritaires paraît s'accorder avec l'étrange silence de l'immense majorité
des enseignants. Pour notre plus grande honte.

Nous avons à dénoncer ici une forfaiture : de très nombreux enseignants,
dont la vocation était d'instruire, n'ont aujourd'hui d'autre choix que de
participer, bon gré mal gré, à une entreprise d'abrutissement dont leurs
élèves sont les premières victimes. Savoir lire et écrire correctement est
redevenu, pour ainsi dire, le privilège d'une élite. Ces enseignants, qui
cèdent souvent sans lui opposer la moindre résistance à la tyrannie imbécile
des prétendues « sciences de l'éducation » et de leurs zélateurs
(inspecteurs, formateurs et autres tuteurs), abdiquent leur véritable
mission. Par désinvolture ou par sottise, ils se font les agents aveugles et
irresponsables d'une immense machine à détruire l'intelligence. Ils
acceptent sans broncher que l'école soit mise au service d'intérêts
radicalement opposés à une certaine idée de l'homme, que les siècles passés
nous avaient laissée en héritage.

Des réformes successives ont peu à peu affaibli l'institution, réduit sa
capacité à instruire. Longtemps, il a été possible de croire que l'évolution
négative de l'état des choses résultait d'erreurs, de compromis hasardeux.
Mais aujourd'hui, plus de dix ans après la promulgation de la loi
d'orientation du 10 juillet 1989, qui entérine la transformation de
l'institution scolaire en « service public », aucun doute n'est plus permis
: l'école a perdu sa mission d'instruire et devient peu à peu l'instrument
privilégié du contrôle social et de la propagande.

L'objectif des gouvernements, quels qu'ils soient, soumis aux pressions des
instances économiques internationales, est clairement de détruire de fond en
comble le système d'instruction publique, en France comme ailleurs.
Disqualification des professeurs, abandon du principe de laïcité sur lequel
se fonde pourtant l'école de la République ; savoirs fondamentaux que l'on a
rabaissés au rang de simples prétextes éducatifs et relégués à la périphérie
d'un « système » dont l'élève, par pure démagogie, est devenu le centre ;
déconcentration et autorité accrue des chefs d'établissement ; T.P.E.,
N.T.I.C., E.C.J.S., et aujourd'hui I.D.D. Voilà énumérés les principaux
moyens d'une politique désastreuse arrivée à son terme.

On voit maintenant des professeurs s'épuiser dans les collèges à enseigner
ce que les instituteurs ont été empêchés de transmettre ; un peu partout,
des individus isolés tentent l'impossible - souvent en vain - pour sauver ce
qui pourrait encore l'être. La possession du baccalauréat n'empêche plus
désormais, dans bien des cas, qu'on puisse être, stricto sensu, parfaitement
illettré. Dans quelques rares établissements ­ très privilégiés ­ si on
enseigne encore quelque chose, c'est qu'il faut bien permettre la
reconstitution des élites. Partout ailleurs, le chaos et la violence
s'installent. 

C'est que, dans de trop nombreux collèges et lycées, le simple droit
d'étudier se trouve refusé à ceux qui veulent être instruits, par
l'obligation qu'on leur a faite de côtoyer et subir ceux qu'on a rendus
incapables d'apprendre et que la perversion des règles de discipline
encourage à la violence aveugle de la délinquance. Ces derniers finissent
toujours par imposer leur loi particulière, en toute impunité. On a voulu
définir ­ atroce ironie ! ­ les établissements scolaires comme des « lieux
de vie » ! Mais dans certains cas, ce n'est pas seulement l'intelligence de
la jeunesse qu'on laisse mourir, c'est la jeunesse elle-même qu'on tue.

Nous accusons les gouvernements qui se sont succédé de s'être faits, sous
couvert d'une phraséologie démagogique et fallacieuse dont seuls des
imbéciles pourraient désormais être dupes, les exécutants de la politique la
plus cynique et la plus basse qu'on ait vue en France depuis des décennies.
Politique d'abrutissement et d'asservissement des masses, politique fondée
sur le mépris de l'homme et de toutes les valeurs qui font une civilisation.

Nous accusons les syndicats majoritaires d'avoir prêté main-forte à ces
gouvernements. Ils ont fait marcher les professeurs, au sens propre comme au
sens figuré, dans d'innombrables manifestations contre une politique qu'ils
entendaient délibérément soutenir et favoriser tout en prétendant
hypocritement le contraire. Ils ont pris le contrôle des inévitables
mouvements de contestation qu'elle suscitait. Ils ont sciemment égaré des
milliers d'adhérents, leurs dupes, dans des voies qui ne devaient les mener
nulle part sinon à l'acceptation de ce qu'on avait prétendu d'abord les
inciter à contester.

Le pitoyable S.G.E.N., le S.E.-F.E.N., les syndicats de la F.S.U. (S.N.E.S.,
S.N.E.S.U.P., S.N.U.i.p.p., etc.) ne sont pas des syndicats ; ce ne sont que
les rouages d'un mécanisme bien huilé dont la véritable fonction est
aujourd'hui, plus que jamais, d'enrégimenter ceux dont ils prétendent
défendre les intérêts moraux et matériels. Ils ont inspiré certaines des
dispositions les plus pernicieuses des prétendues réformes. Ils font
actuellement tout ce qui est nécessaire pour que les enseignants ne voient
rien d'autre à faire que d'appliquer ce qu'ils ont naguère voulu refuser.

Nous appelons tous nos collègues à sortir de leur torpeur et à opposer une
résistance déterminée à cette volonté totalitaire d'anéantir toute culture,
de compromettre l'avenir des jeunes générations et donc celui du pays.

Il n'est plus possible d'être au S.G.E.N.-C.F.D.T., à la F.E.N. ou à la
F.S.U. sans se rendre complice d'une forfaiture !

Nous exhortons les adhérents de ces organisations à renvoyer leur carte et à
s'organiser autrement. Nous appelons à la création d'un vaste mouvement de
résistance qui puisse mettre fin au processus criminel dont nous sommes
quotidiennement les témoins. Un mouvement qui rassemblera tous ceux qui ne
peuvent plus assister en silence à la destruction insidieuse de notre
système d'instruction.

Il y va de l'avenir de ce pays et des jeunes générations, comme de l'honneur
de celles et ceux qui ont pour mission de les instruire.

2 février 2002 



Site internet : http://www.csip.lautre.net

Signature du manifeste : julien.esquie@libertysurf.fr


PREMIERS SIGNATAIRES



Joëlle Alazard, professeur d¹Histoire-géographie

Mabrouk Bendjilali, professeur de Sciences de la vie et de la terre

Yvonne Besson, professeur de Lettres modernes, écrivain

Christophe Billon, professeur de Lettres modernes

Christophe Bitaud, instituteur

Loïc Bureau, professeur d¹Histoire-Géographie

Isabelle Bush, professeur d¹Anglais

Fanny Capel, professeur de Lettres modernes

Pedro Cordoba, maître de conférences en Espagnol, codirecteur du département
de Langues romanes de l¹Université de Reims

Jean-Yves Degos, professeur de Mathématiques

Luc Delmas, professeur d¹Histoire-Géographie

Christophe Escalé, professeur de Lettres modernes

Julien Esquié, professeur de Lettres modernes

Céline Esquié-Lassoureille, professeur de Lettres modernes

Bruno Ferrand, professeur de Mathématiques

Matthieu Fontbonne, ingénieur

Mireille Grange, professeur de Lettres

Viginie Hermant, professeur de Mathématiques

Reynold Humphries, maître de conférences d¹Etudes cinématographiques,
Université de Lille III

Marie Labat, professeur d¹Histoire-Géographie

Christian Labrune, professeur de Lettres modernes

Marie-Christine Lafargue, professeur d¹Allemand

Michel Lafargue, professeur de Mathématiques

Marc Le Bris, instituteur

Thomas Lienhard, moniteur d¹Histoire, Université de Lille III

Guillaume Maison, informaticien

Jean-Luc Marquer, instituteur

Cathy Montbeyre, mère de famille, représentante de parents d¹élèves

Yves Moreau, professeur de Mathématiques

Nicolas Patrois, professeur de Mathématiques

Isabelle Rembotte, professeur de Lettres modernes

Hervé Renard, instituteur

Emmanuel Renaud, professeur à Sup. de CO. La Rochelle

Jacky Renaud, professeur de Lettres modernes

Jean-Baptiste Renault, professeur de Lettres modernes

Claude Rochet, conseil de direction générale, professeur associé d¹économie
industrielle à Paris Nord, essayiste

Olivier Simon, père de quatre enfants (primaire et collège), collectif
Parents pour sauver l¹école

Alain Talé, professeur de Lettres classiques

Eliane Thépot, professeur de Lettres

Joseph Urbas, maître de conférences de Littérature américaine, Université de
Bordeaux III 

Stéphane Uteau, professeur de Mathématiques

Cécile Verhulst-Avril, communicatrice