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[discussions] Fin ou creation d'un tabou ?

Posté par Emmanuel Lyasse le 7/3.

La question me semble mériter d'être posée.
EL

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>De : Wilfried PENNETIER 
>À :
gcazals@9online.fr;virginie.escudie@club-internet.fr;karray@univ-tlse1.fr;la
vigne@univ-tlse1.fr;roux@univ-tlse1.fr;truquin@univ-tlse1.fr;discussions@une
f.org;;;;;;
>Objet : [discussions] La fin d'un tabou à l'université
>Date : Jeu 7 mars 2002 12:36
>

> La fin d'un tabou à l'université, par le collectif CLASCHES
>
> • LE MONDE | 06.03.02 | 12h05 | analyse
>
> • MIS A JOUR LE 06.03.02 | 12h37
>
> Le harcèlement sexuel : une forme, parmi d'autres, d'abus
> de pouvoir. Il est nécessaire que tous les acteurs de
> l'enseignement supérieur s'approprient cette question pour
> que des mesures concrètes soient mises en œuvre.
>
> La pétition lancée par notre collectif d'étudiant - e - s,
> CLASCHES (Collectif de lutte anti-sexiste contre le
> harcèlement dans l'enseignement supérieur), a recueilli à
> ce jour plus de onze cents signatures d'étudiant-e-s,
> d'enseignant-e-s, de chercheur-e-s, de personnels
> administratifs issu-e-s de diverses disciplines et de
> multiples institutions de l'enseignement supérieur. Un tel
> écho révèle qu'un débat sur le harcèlement sexuel dans
> l'enseignement supérieur est aujourd'hui possible. Nous
> nous réjouissons que ce débat public soit, depuis quelques
> semaines, enfin ouvert. Toutefois, la chronologie
> médiatique, qui fait coïncider notre pétition et la seule
> plainte pour harcèlement sexuel déposée à ce jour par une
> étudiante (Le Monde du 2 février), instaure un climat de
> confusion entre notre mobilisation collective et cette
> plainte.
>
> Nous déplorons que, dans plusieurs articles récents, les
> revendications générales du CLASCHES soient déformées et
> réduites, plus ou moins explicitement, à une mobilisation
> autour d'un cas particulier. Le caractère nouveau et
> exceptionnel de cette plainte ne doit pas faire oublier la
> récurrence du phénomène, autant que les cas dont nous
> avions connaissance avant de lancer notre mouvement, et
> ceux qui nous ont été communiqués depuis. Il nous semble
> opportun de rappeler que les enjeux d'une action collective
> contre le harcèlement sexuel sont académiques, et non
> personnels. Cette confusion dans le traitement des
> informations traduit les résistances qui contribuent à
> occulter le caractère social du harcèlement sexuel et en
> dénient l'importance.
>
> Notre objectif est de mettre en évidence le tabou qui pèse
> sur le harcèlement sexuel, le manque d'information et
> l'absence de dispositifs institutionnels qui permettraient
> d'identifier, de prévenir et de sanctionner les cas de
> harcèlement sexuel dans les universités et les écoles
> supérieures françaises. En tant qu'étudiant-e-s, il est de
> notre responsabilité de mettre au jour l'existence de
> telles pratiques, trop souvent assourdies ou étouffées par
> l'institution elle-même. Aujourd'hui, il est nécessaire que
> tous les acteurs de l'enseignement supérieur s'approprient
> cette question pour que des mesures concrètes soient mises
> en œuvre. Nous réaffirmons ici notre volonté de permettre
> au débat de s'engager dans des voies constructives.
>
> L'université n'est ni plus ni moins propice qu'un autre
> lieu au harcèlement sexuel. Comme dans l'ensemble de la
> société, les lois de 1992 (art. 222-33 du code pénal) et de
> 2002 (loi 2002-73 du 17 janvier "de modernisation sociale")
> doivent pouvoir y être appliquées.
>
> Le harcèlement sexuel est une forme, parmi d'autres, d'abus
> de pouvoir. Lorsqu'un-e enseignant-e, afin d'obtenir des
> contreparties de nature sexuelle de la part de son-sa
> subordonné-e, lui promet une situation plus avantageuse,
> lui inflige une sanction en cas de refus, il-elle ne se
> situe pas nécessairement dans une logique de séduction,
> mais abuse de toute évidence de sa position d'autorité.
> Même si, le plus souvent, cette relation ne s'inscrit pas
> dans un rapport salarial, nul ne peut ignorer la relation
> de dépendance des étudiant-e-s vis-à-vis des enseignant-e-s
> (bourses ou allocations, lettres de recommandation,
> renouvellement d'un contrat d'enseignement, intégration
> dans des équipes de recherche, etc.). Or divers éléments
> favorisent l'utilisation abusive du pouvoir conféré par la
> position hiérarchique.
>
> La proximité intellectuelle dans la relation pédagogique
> est un élément qui brouille les cartes de la subordination.
> Les étudiant-e-s peuvent être tenté-e-s de l'oublier pour
> mieux s'intégrer au milieu universitaire. C'est
> particulièrement vrai des doctorant-e-s, qui sont,
> potentiellement, les futur-e-s collègues de leurs
> professeur-e-s.
>
> En outre, l'absence d'instances disciplinaires statuant sur
> les cas de harcèlement sexuel induit un véritable déni de
> justice. Tous les acteurs de l'université ne sont pas sur
> un pied d'égalité. Négliger l'importance de tels recours
> revient donc à priver les étudiant-e-s du droit de dire
> non. Il ne s'agit pas de réprimer des désirs ou
> d'orchestrer une quelconque chasse aux sorcières, mais de
> permettre à chacun-e un consentement ou un refus sans
> équivoque.
>
> Nous avons adressé une lettre ouverte au ministre de
> l'éducation nationale, consultable sur notre site. En
> réponse, M. Lang nous a adressé une lettre de soutien. Il y
> inscrit la lutte contre le harcèlement sexuel dans une
> volonté affirmée de rompre avec les abus de pouvoir et le
> sexisme dans l'enseignement supérieur. Nous avons également
> sollicité la Conférence des présidents d'université (CPU),
> la présidence du CNRS, le Conseil national de
> l'enseignement supérieur et de la recherche (Cneser) et les
> syndicats d'étudiants et d'enseignants. Une journée d'étude
> impliquant tous les acteurs de l'enseignement supérieur est
> prévue.
>
> Nos propositions suivent trois orientations principales :
>
> - Pour remédier à la loi du silence, nous insistons sur
> l'importance d'une politique de prévention du harcèlement
> sexuel par le biais de brochures et d'affichage.
>
> - Les instances de régulation des litiges déjà existantes à
> l'intérieur de l'enseignement supérieur (section
> disciplinaire des conseils d'administration et le CNESER)
> doivent prendre en compte sans ambages la question du
> harcèlement sexuel, en devenant des lieux d'écoute et de
> conseil qui accordent de la considération à la parole des
> victimes, en permettant un traitement préventif des cas
> avant l'exacerbation des conflits, et, le cas échéant, en
> appliquant les sanctions disciplinaires actuellement en
> vigueur (art. 29-1 et 29-2 ajoutés à la loi n° 84-52 du 26
> janvier 1984). Afin que ces instances de recours soient
> fiables, transparentes et efficaces, il faut en aménager le
> fonctionnement et la composition (intégrer une véritable
> représentation étudiante ainsi qu'une représentation
> paritaire hommes-femmes et nommer des mandataires
> compétents sur la question et indépendants des deux
> parties).
>
> - Puisque le harcèlement sexuel est une forme d'abus de
> pouvoir dans la relation entre étudiant-e-s et enseignant-e-
> s, il est aujourd'hui plus que nécessaire de soumettre au
> débat le statut des étudiant-e-s. Afin de préserver la
> qualité de la relation pédagogique, il importe de clarifier
> les attentes, les droits et les devoirs de chacun-e au sein
> du système universitaire. En effet, le harcèlement sexuel
> risque d'autant plus de sévir que la situation des étudiant-
> e-s sera plus floue et plus précaire. La réflexion que nous
> appelons de nos vœux ne saurait donc isoler la question
> spécifique du harcèlement sexuel du cadre plus général de
> dépendance dans lequel elle s'inscrit. Notre action vise à
> en finir avec le déni de justice que la loi du silence
> impose depuis trop longtemps aux victimes de harcèlement
> sexuel, et à favoriser l'émergence de leur parole. Notre
> fonction n'est toutefois pas de parler en leur nom. Le
> harcèlement sexuel est un problème social auquel nous
> souhaitons apporter des réponses collectives : trop souvent
> les victimes de harcèlement sexuel se voient renvoyées à
> leur propre psychologie, par une inversion de l'ordre des
> causes et des conséquences.
>
> CLASCHES ne propose ni une plaidoirie ni une thérapie, mais
> une réflexion politique sur le monde universitaire auquel
> nous appartenons. Pour préserver des relations pédagogiques
> de confiance, il est impératif de résoudre collectivement
> le problème du harcèlement sexuel en tant qu'abus de
> pouvoir.
>
> Nous espérons, par ce texte, mettre un terme à la confusion
> entre les revendications de CLASCHES et un cas particulier
> qui focalise l'attention des médias. Cette confusion nous
> expose au soupçon d'être manipulé-e-s, instrumentalisé-e-s
> par les un-e-s ou les autres, niant ainsi notre autonomie
> de pensée, voire notre existence même. Or dénier aux
> étudiant-e-s le droit de penser et d'agir publiquement
> procède de la même logique que celle qui ignore la parole
> des étudiant-e-s victimes de harcèlement. Refuser notre
> indépendance de pensée et éluder notre autonomie d'action,
> c'est vouloir nous garder dans un état de sujétion, ce même
> état qui favorise le silence autour du harcèlement sexuel.
> Les réactions qui se font entendre aujourd'hui montrent
> assez la nécessité de rompre le silence.
>
>
> Laure Bereni, Coline Cardi, Marylène Lieber,Céline Peyraud,
> Léo Thiers-Vidal sont doctorant-e-s ; ils s'expriment au
> nom du collectif CLASCHES (http://clasches.multimania.com).
>
>
>
> • ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 07.03.02
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