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[discussions] A propos de la contre-réforme Lang

Posté par =?iso-8859-1?q?Yvon=20Breda?= le 1/2.

Les 12 et 26/11/2001 ont été approuvés par le CNESER
trois décrets portant application de la contre-réforme
Lang des universités: en particulier, la mise en place
du système ECTS et de la "validation des acquis de
l'expérience" (VAE).

Plusieurs militants, appartenant à diverses
organisations étudiantes, ont souhaité que je leur
communique ma position concernant ce dispositif. Le
temps me manque, malheureusement, pour développer de
manière suffisante mon analyse de la contre-réforme
Lang et de ses implications. Je vais donc procéder à
des caractérisations sommaires - quitte à être plus
précis dans le cadre de la discussion.

1) le principe général d'ECTS, qui est de substituer
aux modalités d'évaluations tradiionnelles (exams) un
système de "crédits" portant sur la "charge totale de
travail" endossée par l'étudiant, est en soi lourde
d'implications. Le décret portant application des ECTS
précise d'ailleurs que ce "travail" concerne
indifféremment celui consacré à des "stages, mémoires,
projets et autres activités" - tout et n'importe quoi,
en somme. Mais je préciserai plus loin.

2) les diplômes nationaux, dans l'optique de la
contre-réforme Lang, cessent d'être des éléments
structurants du système universitaires, notamment au
profit des "grades" de baccalauréat, licence, mastaire
et doctorat. 
Le distingo ne saute pas aux yeux, mais il doit être
marqué fortement: nous savons que le "grade de
mastaire" s'applique indifféremment à un DESS
régional, effectué en alternance et n'offrant pas de
droit à la poursuite d'études, ou à un diplôme
d'ingénieur, d'architecte, un DEA... De la même façon,
le "grade de licence" (qui n'est PAS un diplôme)
s'appliquerait aussi bien à une licence classique qu'à
une licence professionnelle... et c'est très
exactement ce dont il s'agit: généraliser le "modèle"
des LP, définies fac par fac, "professionnalisées"
(alternance), n'ouvrant pas le droit à la poursuite
d'études, mais accordant par contre au patronat le
droit de participer aux jurys d'examens et de
co-définir les programmes des diplômes.

3) de facto: le décret d'application des ECTS précise
que seul "un cadre permettant aux établissements
d'enseignement supérieur d'innover et d'initier de
nouvelles formations" est défini nationalement:
pratiquement, ce sont les CA de chaque université qui
vont redéfinir "leurs" programmes locaux. 

4) il est TRES important d'articuler à ce dispositif
celui de "Validation des Acquis de l'Expérience" (VAE)
défini par le décret du 12/11/2001 (et qui relève
directement du domaine de J.L. Mélanchon, ministre
délégué à la formation professionnelle). Primo, parce
qu'avec ce système, TOUT OU PARTIE d'un "diplôme" peut
être accordé sur la seule base de l'"expérience
professionnelle" d'un candidat, c'est-à-dire SANS
FORMATION THEORIQUE ni examens. 
Secundo, parce que le décret ECTS précise que les deux
systèmes sont en cohérence totale, puisqu'il s'agit de
"développer la professionnalisation des études
supérieures, répondre aux besoins de formation
continue diplômante et favoriser la validation des
acquis de l'expérience, en relation avec les milieux
économiques et sociaux". 
Tertio, tout le système de VAE est lui aussi défini
fac par fac. 
Et enfin... le jury de validation doit obligatoirement
comprendre "des membres extérieurs à l'établissement,
qualifiés pour évaluer l'expérience du candidat"
(sic). La fac est ouverte en grand au patronat: les
formations sont étroitement subordonnées à ses
exigences conjoncturelles et locales. Quant au savoir
proprement dit, en tout cas à ses composantes "non
rentables", il passe purement et simplement à la
trappe!

5) une mesure "anecdotique" qui résume un peu tout le
système: est prévue une "annexe descriptive" pour
chaque diplôme, définissant le "profil" particulier à
chaque candidat. A savoir qu'en théorie, la valeur
d'un diplôme est de sanctionner un certain niveau de
qualification, et que ce niveau est reconnu tant par
l'Etat que par les conventions collectives (avec
toutes les garanties afférentes pour le jeune diplômé
devenu salarié).
Si désormais chaque étudiant construit "son diplôme"
fourre-tout, à la carte, et que chaque patron peut
trier les étudiants à la carte également... alors le
diplôme ne vaut plus rien. Quant aux facs, elles
auront joué le rôle de prestataires de service à bon
marché.
C'est la logique du PARE appliquée aux universités.

Je n'irai pas plus loin dans l'analyse (quoiqu'il y
ait un tas de commentaires à faire), mais je crois
cependant que ces notes suffisent à montrer que le
plan ECTS est inacceptable: que le plan 3-5-8, la
"réforme" Bayrou n'étaient en regard de ce
dispositif-là que des esquisses ridicules...

Mais je porte très fortement l'accent sur trois
choses:

_ comme je crois l'avoir montré, les CA des
universités jouent un rôle essentiel dans la mise en
place de la contre-réforme Lang: si la "résistance"
des syndicats étudiants dans ce cadre ne sert
absolument à rien (car en définitive, les ECTS doivent
être généralisés dans deux ans), par contre la
"négociation" systématique, fac par fac, conduit au
désarmement complet des étudiants. Les ECTS, la VAE ne
sont ni négociables, ni amendables, ils doivent être
rejetés en bloc: la première tâche des syndicats
étudiants, la responsabilité des dirigeants de l'UNEf
est d'appeler au boycott de tous les organismes où
sont élaborés et appliqués les mesures Lang (à
commencer par les CA et le CNESER);
_ appliqué fac par fac, ECTS implique le renforcement
décisif de la régionalisation et de l'"autonomie" des
facs (par rapport à l'Etat... mais pas des patrons!)
_ pour ces raisons (et je rappelle à tous le souvenir
des grèves sporadiques de l'année dernière), peut se
présenter selon les facs une multiplicité de
situations, de problèmes particuliers provoquant des
manifestations étudiantes certes fortes, mais
disloquées.

Là encore, le rôle des organisations syndicales
étudiantes, la responsabilité des dirigeants de l'UNEF
en particulier, doit être de cadrer nationalement ces
combats parcellaires, en dénonçant la contre-réforme
de Lang, les décrets du 12 et du 26/11/2001, en
convoquant une conférence nationale des étudiants pour
la défense du droit aux études, composée de délégués
élus en assemblées générales sur toutes les facs. 

Cette perspective, certes de longue haleine, doit être
posée dès maintenant: le regroupement d'AGE sur ce
terrain peut dès aujourd'hui donner un coup d'arrêt à
la dégénérescence du syndicalisme étudiant.       

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