| Répondre à ce message - retour au sommaire de la page |
------=_NextPart_001_016A_01C184C5.497654C0
Content-Type: text/plain;
charset="iso-8859-1"
Content-Transfer-Encoding: quoted-printable
A la lecture du Monde dat=E9 du 11 d=E9cembre dernier dont je vous =
joins les principaux articles j'ai comme d'autres =E9t=E9 =
indign=E9-choqu=E9 de ce que nous saviosn par oui-dires, le traitement =
inhumain r=E9serv=E9 aux demandeurs du droit d'asile, r=E9fugi=E9s =
politiques voire "=E9conomiques".
Qui sont pour moi la honte de notre R=E9publique.=20
J'attends d'une part des organisations progressistes dont nous =
sommes membres, syndicales, associatives, politiques, qu'elles =
d=E9noncent cet =E9tat de fait et demande au gouvernement d'agir =
d'urgence pour les modifier. Voire qu'elles envisagent ensemble quelles =
actions =E0 mener. Car le rajout par rapport aux articles du Monde c'est =
que la d=E9l=E9gation d'associations est sortie de Matignon m=E9contente =
et sans avoir obtenu gain de cause, et faisant appel =E0 la cr=E9ation =
d'une commission d'enquete parlementaire.
Dans le respect du droit international, des droits de l'homme, et de =
la dignit=E9 humaine.
J'attends aussi de nos =E9lus (les =E9lus "du peuple") qui eux ont =
acc=E8s =E0 ces zones de non droit-=E0 l'inverse de la presse-qu'ils s'y =
rendent afin de constater-d=E9noncer-agir =E0 leur niveau pour mettre =
fin =E0 cet =E9tat de fait.=20
La R=E9publique est un principe qui ne se divise pas. Le respect de =
la personne humaine =E9galement. A chacun d'assumer ses =
responsabilit=E9s. Le silence ou l'inaction ne pouvant etre =
consid=E9r=E9s "puisque nous savons" que comme une forme de =
complicit=E9.
salutations
aw
=20
-------------------------------------------------------------------------=
--- =20
=20
A Roissy, des dizaines d' =E9trangers, priv=E9s de droits, sont =
maintenus dans la pr=E9carit=E9=20
LE MONDE | 10.12.01 | 12h26=20
La zone d'attente de l'a=E9roport Charles-de-Gaulle accueille les =
demandeurs d'asile =E0 leur descente d'avion. Ils restent parfois =
plusieurs jours sans manger, n'ont pas toujours acc=E8s aux toilettes, =
et beaucoup ne parviennent pas =E0 obtenir les formulaires =
administratifs.=20
Les panneaux d'affichage annoncent sans discontinuer les "vols =
annul=E9s". L'a=E9rogare 2 B de Roissy-Charles-de-Gaulle est =
=E9trangement calme ce jeudi 6 d=E9cembre. Les aiguilleurs du ciel ont =
d=E9cr=E9t=E9 une gr=E8ve de vingt-quatre heures et de rares voyageurs =
errent entre les magasins duty free. Soudain, cinq Africains encadr=E9s =
par deux policiers sortent d'une salle d'embarquement et se dirigent =
vers les toilettes. Premier aper=E7u d'une longue s=E9rie de personnes =
parqu=E9es dans diff=E9rents recoins de l'a=E9roport. Etrangers non =
admis sur le territoire, ils sont retenus en zone d'attente.
8 h 50. Le s=E9nateur (PCF) Robert Bret se pr=E9sente au poste de la =
police aux fronti=E8res (PAF) pour la visite de contr=F4le que la loi =
l'autorise =E0 effectuer en tant que parlementaire. Au mur, une affiche =
reproduit la D=E9claration universelle des droits de l'homme. Un tableau =
indique les noms des quarante-sept =E9trangers maintenus =E0 quelques =
m=E8tres de l=E0. "Les deux ZAPI [zones d'attente pour personnes en =
instance] sont pleines =E0 craquer. On est un peu pris au d=E9pourvu", =
s'excuse l'officier de quart de la PAF en ouvrant le chemin vers =
l'"extension", une salle d'embarquement d'Air France r=E9quisitionn=E9e =
par le minist=E8re de l'int=E9rieur.
Derri=E8re les paravents blancs =E0 lis=E9r=E9 jaune qu'A=E9roports =
de Paris utilise pour masquer les chantiers, une petite foule =
d'=E9trangers, africains pour la plupart, attendent, assis ou =
prostr=E9s. Les femmes se sont regroup=E9es. Une odeur =E2cre de =
salet=E9 prend =E0 la gorge. La chaleur est lourde. Sur le c=F4t=E9, dix =
personnes patientent depuis une heure pour aller aux toilettes. Le long =
des baies vitr=E9es, quatre cabines t=E9l=E9phoniques. Deux sont hors =
service, les deux autres n'acceptent que la Carte bleue. Un policier =
distribue le petit d=E9jeuner : un caf=E9 sans sucre et un morceau de =
pain.
Plusieurs hommes approchent, ils montrent la notification de leur =
non-admission sur le territoire et de maintien en zone d'attente en =
attendant leur vol de retour. Siss=E9 M., S=E9n=E9galais =E2g=E9 de =
vingt-six ans, rel=E8ve le bas de son pantalon pour montrer sa peau =
grise : "Je ne me suis pas lav=E9 depuis onze jours", assure-t-il, las. =
"Il faut attendre trois heures pour aller aux toilettes. La nourriture =
est mauvaise", reprend Adama B., Burkinab=E9, qui a fui les ratonnades =
en C=F4te d'Ivoire. Certains disent avoir =E9t=E9 aid=E9s par le =
personnel d'Air Afrique pour obtenir une place sur un vol en direction =
de Paris. Ils ont tous pay=E9 entre 25 000 et 40 000 francs.
NI REFOUL=C9S NI ADMIS
Beaucoup racontent des pers=E9cutions, des brimades, des viols, les =
assassinats de membres de leur famille dans leur pays. Ces r=E9cits, ils =
n'ont pu les faire entendre en arrivant."D=E8s ma sortie d'avion, un =
policier m'a demand=E9 ce que je foutais l=E0 parce que je n'avais pas =
de passeport. J'ai demand=E9 l'asile mais il a fait semblant de ne pas =
entendre", explique Alpha C., Guin=E9en. Des dizaines d'autres =
t=E9moignent de ce refus d'enregistrer les demandes. Jo=EBl L., =
Sierra-L=E9onais, "le r=E9clame tous les jours". En vain.
"Quelqu'un veut encore du caf=E9 ?", s'enquiert le policier =E0 =
l'entr=E9e. Quelques minutes plus tard, des croissants arrivent. "C'est =
la premi=E8re fois. C'est parce que vous =EAtes venus", glisse Alpha C. =
Le chef de quart assurera quelques minutes plus tard que les =E9trangers =
peuvent d=E9poser leur demande d'asile "d=E8s qu'ils le souhaitent". =
"Nous prenons sur proc=E8s-verbal, leur donnons une copie et alors nous =
les transf=E9rons =E0 l'h=F4tel", insiste l'agent de la PAF.
Au moment o=F9 les visiteurs quittent l'"extension", une main tape =
=E0 une baie vitr=E9e. Dans un recoin qui sert de lieu de repos, en zone =
internationale, six hommes sont assis. Eux n'ont pas le droit =
d'acc=E9der =E0 la salle d'embarquement : ils n'ont pas =E9t=E9 =
enregistr=E9s comme d=E9sirant entrer sur le territoire. Ni refoul=E9s =
ni admis. Depuis trois, cinq ou sept jours, ces Afghans, Irakiens ou =
Congolais attendent que les agents de la PAF les "voient". Avec toujours =
les m=EAmes accusations. "D=E8s que je suis arriv=E9, je me suis =
pr=E9sent=E9 au poste pour demander l'asile. Ils m'ont renvoy=E9. J'ai =
d=E9j=E0 essay=E9 quatre fois", relate Olivier P. en montrant son dos =
lac=E9r=E9. Ce jeune Congolais affirme =EAtre un militant du Mouvement =
populaire de la r=E9volution, pourchass=E9 =E0 Kinshasa. Un Irakien au =
teint gris explique dans un mauvais anglais qu'il n'a pas mang=E9 depuis =
six jours. Aucun repas n'est pr=E9vu de ce c=F4t=E9-l=E0 de la paroi. =
"On ne peut pas nourrir tout le monde !, explique le chef de la PAF. =
C'est vrai qu'il y en a qui errent en zone internationale car il y a =
trop de demandes."
FAUX PASSEPORT
Terminal 2 A, 11 heures. Au sous-sol, sous un escalier, la"salle de =
correspondance des non-admis" : un poste de police dans deux pi=E8ces =
aveugles. La premi=E8re abrite une montagne de sacs de voyage, un couple =
chinois et une Angolaise avec ses deux enfants. Dans la seconde, d'une =
surface d'environ 25 m2, trente-neuf personnes s'entassent sur des bancs =
m=E9talliques ou attendent allong=E9es sur un tapis pos=E9 au sol. =
Quatre bouteilles d'Evian remplies d'urine s'alignent le long du mur de =
b=E9ton. Pas de douche, pas de sanitaires, aucun paravent. Pendant leur =
maintien en zone d'attente =96 vingt jours maximum =96, tous re=E7oivent =
un repas par jour. Certains en sont =E0 leur dix-neuvi=E8me repas...
De tr=E8s jeunes visages se tendent. Boubakar M., Guin=E9en, =
s'approche : "Depuis neuf jours, on m'a demand=E9 quatre fois de partir. =
Comme je refusais, les policiers m'ont gifl=E9." Amadou, Guin=E9en lui =
aussi, au visage encore imberbe, attend depuis treize jours avec une =
blessure =E0 la jambe : "Le m=E9decin ne m'a donn=E9 que de l'aspirine", =
assure-t-il. Le juge a maintenu l'enfant malgr=E9 ses quinze ans, tout =
en pr=E9cisant que sa demande d'asile "est prise en compte". Dialo K., =
lui, essaie de faire reconna=EEtre son =E2ge. Guin=E9en, comme ses deux =
voisins, il affirme avoir quatorze ans. La police a retenu l'=E2ge =
not=E9 sur son faux passeport, vingt et un ans, en d=E9pit de sa =
silhouette et de ses traits adolescents. "Au tribunal, l'avocate a dit : =
"Regardez, c'est un enfant". Le juge l'a reconnu et demand=E9 un examen =
osseux pour d=E9terminer mon =E2ge. Mais cela fait cinq jours et on ne =
m'a pas emmen=E9 =E0 l'h=F4pital."
Terminal 2 F, au bout de la zone internationale, sous les boutiques =
de luxe orn=E9es pour No=EBl, le poste de police a =E9t=E9 repeint =E0 =
neuf. Au centre, une porte vitr=E9e o=F9 apparaissent deux visages =
coll=E9s au carreau. Derri=E8re, quatorze =E9trangers s'y entassent, =
dans une pi=E8ce de 9 m2 sans fen=EAtres. "C'est impossible de savoir =
s'il fait jour ou nuit", raconte l'un d'eux. Ici encore, des plaintes =
montent sur l'attente pour aller aux toilettes, l'insuffisance de =
nourriture. "Hier, j'ai r=E2l=E9, un policier m'a dit de manger mes =
chaussures", dit Isidore T., Burkinab=E9. Un homme jusque-l=E0 =
silencieux tend un morceau de papier : "J'ai demand=E9 =E0 partir pour =
l'Equateur. J'ai de l'argent mais ils ne veulent pas me laisser =
repartir. S'il vous pla=EEt, vous ne pouvez pas m'acheter un billet ?"
Ce reportage a =E9t=E9 r=E9alis=E9 lors d'une visite inopin=E9e de =
Robert Bret, s=E9nateur (PCF) des Bouches du Rh=F4ne, en zone d'attente. =
Le Monde, alert=E9 sur l'aggravation des conditions de maintien des =
=E9trangers =E0 Roissy, avait par deux fois demand=E9 (le 22 et le 29 =
novembre) une autorisation de visiter cette zone au cabinet de Daniel =
Vaillant. Devant le refus du minist=E8re de l'int=E9rieur, la direction =
du journal a d=E9cid=E9 de le faire sans autorisation.
Sylvia Zappi
-------------------------------------------------------------------------=
--- =20
Des locaux surpeupl=E9s
Maintien en zone d'attente. Sont maintenus en zone d'attente les =
=E9trangers =E0 qui les autorit=E9s ont oppos=E9 un refus d'entr=E9e sur =
le territoire, qui sollicitent l'asile ou pour qui le transit a =E9t=E9 =
interrompu (refus d'autorisation d'entr=E9e du pays de destination ou =
faux visa). La loi sur l'immigration pr=E9cise que ce maintien doit se =
faire dans des locaux assurant "des prestations de type h=F4telier". =
Deux b=E2timents servent pour l'h=E9bergement : les ZAPI 2 et 3 (zones =
d'attente pour personnes en instance) situ=E9es =E0 proximit=E9 de =
l'a=E9rogare. Ces locaux, qui ont =E9t=E9 agrandis, peuvent accueillir =
296 personnes.
Droit. L'=E9tranger =E0 qui l'entr=E9e sur le territoire est =
refus=E9e ne peut =EAtre renvoy=E9 dans son pays contre son gr=E9 avant =
le d=E9lai d'un jour franc. Il peut, dans ce d=E9lai, formuler une =
demande d'asile. Apr=E8s avis d'un repr=E9sentant du minist=E8re des =
affaires =E9trang=E8res, la police aux fronti=E8res (PAF) se prononce =
sur la recevabilit=E9 de la demande. Si elle juge celle-ci =
"manifestement infond=E9e", la PAF tente de renvoyer l'=E9tranger dans =
son pays de provenance d=E8s que le premier vol se pr=E9sente. Le =
maintien en zone d'attente est contr=F4l=E9 par un juge judiciaire, qui, =
au terme des quatre premiers jours, statue sur le renouvellement du =
maintien. Il ne peut exc=E9der vingt jours ; au-del=E0, l'=E9tranger =
doit =EAtre rel=E2ch=E9.
Afflux. Les capacit=E9s d'accueil des zones d'attente n'ont pas =
suffi ces derni=E8res semaines : le 6 d=E9cembre, 408 =E9trangers =
=E9taient maintenus ; une semaine auparavant, ils =E9taient 510. La PAF =
a r=E9quisitionn=E9 une salle d'attente dans le terminal 2 et utilis=E9 =
ses locaux dans les diff=E9rentes a=E9rogares de l'a=E9roport de Roissy. =
Les autorit=E9s sont confront=E9es depuis dix ans =E0 une augmentation =
r=E9guli=E8re des personnes refoul=E9es =E0 la fronti=E8re. Le nombre =
total de personnes maintenues a atteint 19 000 personnes en 2000 contre =
9 300 en 1999, soit une augmentation de 103 %. A la fin du premier =
semestre 2001, il =E9taient d=E9j=E0 10 700. 89 % de ces =E9trangers =
arrivent =E0 l'a=E9roport de Roissy. Le reste se partage entre =
l'a=E9roport d'Orly et les diff=E9rents a=E9roports, gares et ports de =
France.
Acc=E8s. Sept associations sont habilit=E9es par le minist=E8re de =
l'int=E9rieur =E0 visiter les zones d'attente et =E0 apporter une =
assistance aux =E9trangers, notamment les demandeurs d'asile. Il s'agit =
de l'Association nationale d'assistance aux fronti=E8res pour les =
=E9trangers, France terre d'asile, la Croix-Rouge fran=E7aise, Amnesty =
International, la Cimade, M=E9decins sans fronti=E8res et le Mouvement =
contre le racisme et pour l'amiti=E9 entre les peuples. Elles ont =
effectu=E9 65 visites en 2000, dont 35 =E0 Roissy. Depuis la loi du 15 =
juin 2000 renfor=E7ant la pr=E9somption d'innocence et le droit des =
victimes, les d=E9put=E9s et les s=E9nateurs sont autoris=E9s =E0 =
visiter les zones d'attente. La presse y est interdite d'acc=E8s.=20
-------------------------------------------------------------------------=
--- =20
Dix-sept associations interpellent Lionel Jospin
Dix-sept associations ont adress=E9 une lettre ouverte =E0 Lionel =
Jospin, le 17 octobre, pour d=E9noncer la situation des =E9trangers dans =
les zones d'attente. Amnesty International, l'Association nationale =
d'assistance aux fronti=E8res pour les =E9trangers (Anafe), la Cimade, =
le Groupe de soutien aux travailleurs immigr=E9s (Gisti), la Ligue des =
droits de l'homme, le Syndicat des avocats de France et le Syndicat de =
la magistrature, notamment, exhortent le gouvernement =E0 prendre des =
mesures pour mettre fin "aux multiples dysfonctionnements ou =
ill=E9galit=E9s pr=E9judiciables aux =E9trangers maintenus". Elles =
estiment que "le dispositif qui pr=E9vaut actuellement ne peut =EAtre =
consid=E9r=E9 comme respectueux du droit des personnes et des r=E8gles =
fran=E7aises et europ=E9ennes relatives =E0 la protection du droit des =
individus". Les signataires devaient =EAtre re=E7us par les conseillers =
du premier ministre, lundi 10 d=E9cembre. Mardi, ils devraient rendre =
public leur diagnostic des zones d'attente et d=E9noncer "ces lieux de =
privation de libert=E9 pour les =E9trangers".
=20
-------------------------------------------------------------------------=
--- =20
=20
=20
------------------------------------------------------------------------ =
=20
=20
"Ils dorment l=E0 des jours durant, ne peuvent se laver"=20
LE MONDE | 10.12.01 | 13h19=20
DES DIZAINES d'employ=E9s c=F4toient chaque jour les =E9trangers =
maintenus dans les diff=E9rentes zones d'attente de l'a=E9roport de =
Roissy. H=F4tesses, employ=E9s des compagnies a=E9riennes, femmes de =
m=E9nage ou agents de s=E9curit=E9, ils fermaient jusqu'ici les yeux sur =
les mauvaises mani=E8res de la police aux fronti=E8res. Depuis quelques =
jours, certains ont d=E9cid=E9 de t=E9moigner.
Pierre, employ=E9, et Marie, h=F4tesse au sol au terminal 2B =
dans une compagnie a=E9rienne.
"On a vu la situation se d=E9t=E9riorer depuis quelques =
semaines. Il y a un mois, la police a r=E9quisitionn=E9 une salle =
d'embarquement. On s'est dit alors que c'=E9tait provisoire. Le premier =
jour, ils y ont maintenu huit "propos=E9s reconduite fronti=E8re" [les =
=E9trangers que la France veut renvoyer dans leur pays]. Le week-end =
suivant, ils =E9taient soixante-dix, hommes, femmes et enfants =
m=E9lang=E9s. Ils dorment l=E0 des jours durant, ne peuvent se laver. =
Comme il n'y a pas de sanitaires, les hommes urinent dans des =
bouteilles. Les odeurs sont terribles car il n'y a pas d'a=E9ration. Un =
jour, les policiers leur ont distribu=E9 des pommes comme repas : cela =
faisait zoo. On les traite de mani=E8re inadmissible. Quand on a compris =
qu'ils allaient rester, on s'est dit qu'il fallait faire quelque chose, =
alerter. Nous assistons de plus en plus =E0 des embarquements forc=E9s =
avec des policiers violents. Avant, ces =E9trangers, on les voyait =
passer lors de l'embarquement, menott=E9s. On les entendait parfois =
hurler, pleurer, parce qu'ils ne voulaient pas repartir."
Claude, agent d'une soci=E9t=E9 priv=E9e de s=E9curit=E9. Il =
assiste la police aux contr=F4les des fronti=E8res.
"Cela fait des ann=E9es que je travaille =E0 Roissy =E0 c=F4t=E9 =
des policiers. Par l=E2chet=E9, je n'ai jamais eu le courage de =
d=E9noncer. Jusqu'au jour o=F9 j'ai vu arriver ce couple libanais avec =
ses trois enfants. Ils attendaient d'=EAtre enregistr=E9s comme =
demandeurs d'asile, en zone internationale. Tous les jours, ils se =
signalaient au poste de police, mais les agents les renvoyaient =
s'asseoir. Ils sont rest=E9s l=E0 quatre semaines avant de repartir vers =
le terminal B. Ils ne pouvaient pas se laver, n'avaient aucune =
distribution de nourriture. Ils avaient de l'argent mais ne pouvaient =
rien acheter, car il n'y a ni caf=E9t=E9ria ni distributeur.
"Un jour, je suis all=E9 chercher des sandwichs pour eux mais =
j'ai d=FB me cacher car la police nous interdit de leur parler. J'ai =
appel=E9 une femme de m=E9nage qui a tout cach=E9 dans un sac-poubelle =
et l'a discr=E8tement pos=E9 =E0 c=F4t=E9 d'eux en passant le balai. La =
police les laisse s'=E9puiser en attendant qu'ils s'en aillent =
d'eux-m=EAmes. D'autres jours, on voit un =E9tranger tra=EEn=E9 endormi =
par deux policiers pour un embarquement forc=E9 : un m=E9decin lui a =
fait une piq=FBre."
Olivier Eyraud, salari=E9 d'Air France, et syndicaliste =E0 la =
CFDT.
"Je travaille =E0 Roissy depuis 1983. C'est en voyant ce qui se =
passait lors des embarquements des =E9trangers reconduits que je me suis =
d=E9cid=E9 =E0 devenir visiteur pour le Mouvement contre le racisme et =
pour l'amiti=E9 entre les peuples (MRAP). Gr=E2ce =E0 mon travail, j'ai =
voyag=E9 et vu la mis=E8re du monde. Mais je ne pensais pas voir =E7a =
l=E0 o=F9 je vis. Voir comment on les parque, comment on refuse de les =
entendre, les =E9couter parler de coups dans les a=E9rogares. Ce n'est =
que ma troisi=E8me visite. C'est tr=E8s dur. J'esp=E8re pouvoir, comme =
l'autre soir, attendre que tout le monde soit couch=E9 =E0 la maison =
avant de pleurer comme un enfant. Trois jours apr=E8s la visite, je suis =
encore boulevers=E9."
S. Z.
=20
------------------------------------------------------------------------ =
=20
Droits de reproduction et de diffusion r=E9serv=E9s; =A9 Le =
Monde 2001
Usage strictement personnel. L'utilisateur du site reconna=EEt =
avoir pris connaissance de la licence de droits d'usage, en accepter et =
en respecter les dispositions.
Politique de confidentialit=E9 du site.=20
=20
=20
------=_NextPart_001_016A_01C184C5.497654C0
Content-Type: text/html;
charset="iso-8859-1"
Content-Transfer-Encoding: quoted-printable
A la lecture du Monde daté du 11 =
décembre=20
dernier dont je vous joins les principaux articles j'ai comme =
d'autres=20
été indigné-choqué de ce que nous =
saviosn par=20
oui-dires, le traitement inhumain réservé aux =
demandeurs du=20
droit d'asile, réfugiés politiques voire=20
"économiques".
Qui sont pour moi la honte de notre République.=20
J'attends d'une part des =
organisations=20
progressistes dont nous sommes membres, syndicales, associatives,=20
politiques, qu'elles dénoncent cet état de fait et =
demande au=20
gouvernement d'agir d'urgence pour les modifier. Voire qu'elles =
envisagent=20
ensemble quelles actions à mener. Car le rajout par rapport =
aux=20
articles du Monde c'est que la délégation =
d'associations est=20
sortie de Matignon mécontente et sans avoir obtenu gain de =
cause, et=20
faisant appel à la création d'une commission d'enquete =
parlementaire.
Dans le respect du droit =
international, des=20
droits de l'homme, et de la dignité =
humaine.
J'attends aussi de nos élus (les élus =
"du=20
peuple") qui eux ont accès à ces zones de non=20
droit-à l'inverse de la presse-qu'ils s'y rendent afin de=20
constater-dénoncer-agir à leur niveau pour mettre fin =
à=20
cet état de fait.
La République est un principe =
qui ne=20
se divise pas. Le respect de la personne humaine également. A =
chacun=20
d'assumer ses responsabilités. Le silence ou l'inaction ne =
pouvant=20
etre considérés "puisque nous savons" que =
comme une=20
forme de complicité.
salutations
aw
=20
A Roissy, des dizaines d' étrangers,=20
privés de droits, sont maintenus dans la=20
précarité=20
LE =
MONDE | 10.12.01=20
| 12h26=20
La zone d'attente de l'aéroport Charles-de-Gaulle =
accueille les=20
demandeurs d'asile à leur descente d'avion. Ils restent =
parfois=20
plusieurs jours sans manger, n'ont pas toujours accès aux =
toilettes,=20
et beaucoup ne parviennent pas à obtenir les formulaires=20
administratifs.=20
Les panneaux d'affichage annoncent sans discontinuer les =
"vols=20
annulés". L'aérogare 2 B de =
Roissy-Charles-de-Gaulle=20
est étrangement calme ce jeudi 6 décembre. Les =
aiguilleurs du=20
ciel ont décrété une grève de =
vingt-quatre=20
heures et de rares voyageurs errent entre les magasins duty =
free.=20
Soudain, cinq Africains encadrés par deux policiers sortent =
d'une=20
salle d'embarquement et se dirigent vers les toilettes. Premier=20
aperçu d'une longue série de personnes parquées =
dans=20
différents recoins de l'aéroport. Etrangers non admis =
sur le=20
territoire, ils sont retenus en zone d'attente.
8 h 50. Le sénateur (PCF) Robert Bret se présente =
au poste=20
de la police aux frontières (PAF) pour la visite de =
contrôle=20
que la loi l'autorise à effectuer en tant que parlementaire. =
Au mur,=20
une affiche reproduit la Déclaration universelle des droits =
de=20
l'homme. Un tableau indique les noms des quarante-sept =
étrangers=20
maintenus à quelques mètres de là. "Les =
deux=20
ZAPI [zones d'attente pour personnes en instance] sont =
pleines=20
à craquer. On est un peu pris au dépourvu", =
s'excuse=20
l'officier de quart de la PAF en ouvrant le chemin vers=20
l'"extension", une salle d'embarquement d'Air France=20
réquisitionnée par le ministère de=20
l'intérieur.
Derrière les paravents blancs à =
liséré jaune=20
qu'Aéroports de Paris utilise pour masquer les chantiers, une =
petite=20
foule d'étrangers, africains pour la plupart, attendent, =
assis ou=20
prostrés. Les femmes se sont regroupées. Une odeur =
âcre=20
de saleté prend à la gorge. La chaleur est lourde. Sur =
le=20
côté, dix personnes patientent depuis une heure pour =
aller aux=20
toilettes. Le long des baies vitrées, quatre cabines=20
téléphoniques. Deux sont hors service, les deux autres =
n'acceptent que la Carte bleue. Un policier distribue le petit=20
déjeuner : un café sans sucre et un morceau de =
pain.
Plusieurs hommes approchent, ils montrent la notification de leur =
non-admission sur le territoire et de maintien en zone d'attente en=20
attendant leur vol de retour. Sissé M., =
Sénégalais=20
âgé de vingt-six ans, relève le bas de son =
pantalon pour=20
montrer sa peau grise : "Je ne me suis pas lavé =
depuis onze=20
jours", assure-t-il, las. "Il faut attendre trois =
heures=20
pour aller aux toilettes. La nourriture est mauvaise", =
reprend=20
Adama B., Burkinabé, qui a fui les ratonnades en Côte =
d'Ivoire.=20
Certains disent avoir été aidés par le =
personnel d'Air=20
Afrique pour obtenir une place sur un vol en direction de Paris. Ils =
ont=20
tous payé entre 25 000 et 40 000 francs.
NI REFOULÉS NI ADMIS
Beaucoup racontent des persécutions, des brimades, des =
viols, les=20
assassinats de membres de leur famille dans leur pays. Ces =
récits,=20
ils n'ont pu les faire entendre en arrivant."Dès ma =
sortie=20
d'avion, un policier m'a demandé ce que je foutais là =
parce=20
que je n'avais pas de passeport. J'ai demandé l'asile mais il =
a fait=20
semblant de ne pas entendre", explique Alpha C., =
Guinéen.=20
Des dizaines d'autres témoignent de ce refus d'enregistrer =
les=20
demandes. Joël L., Sierra-Léonais, "le =
réclame=20
tous les jours". En vain.
"Quelqu'un veut encore du café ?", =
s'enquiert le=20
policier à l'entrée. Quelques minutes plus tard, des=20
croissants arrivent. "C'est la première fois. C'est =
parce que=20
vous êtes venus", glisse Alpha C. Le chef de quart =
assurera=20
quelques minutes plus tard que les étrangers peuvent =
déposer=20
leur demande d'asile "dès qu'ils le =
souhaitent".=20
"Nous prenons sur procès-verbal, leur donnons une =
copie et=20
alors nous les transférons à l'hôtel", =
insiste=20
l'agent de la PAF.
Au moment où les visiteurs quittent =
l'"extension", une=20
main tape à une baie vitrée. Dans un recoin qui sert =
de lieu=20
de repos, en zone internationale, six hommes sont assis. Eux n'ont =
pas le=20
droit d'accéder à la salle d'embarquement : ils n'ont =
pas=20
été enregistrés comme désirant entrer =
sur le=20
territoire. Ni refoulés ni admis. Depuis trois, cinq ou sept =
jours,=20
ces Afghans, Irakiens ou Congolais attendent que les agents de la =
PAF les=20
"voient". Avec toujours les mêmes accusations.=20
"Dès que je suis arrivé, je me suis=20
présenté au poste pour demander l'asile. Ils m'ont=20
renvoyé. J'ai déjà essayé quatre =
fois",=20
relate Olivier P. en montrant son dos lacéré. Ce jeune =
Congolais affirme être un militant du Mouvement populaire de =
la=20
révolution, pourchassé à Kinshasa. Un Irakien =
au teint=20
gris explique dans un mauvais anglais qu'il n'a pas mangé =
depuis six=20
jours. Aucun repas n'est prévu de ce =
côté-là de=20
la paroi. "On ne peut pas nourrir tout le monde !, =
explique le=20
chef de la PAF. C'est vrai qu'il y en a qui errent en zone =
internationale=20
car il y a trop de demandes."
FAUX PASSEPORT
Terminal 2 A, 11 heures. Au sous-sol, sous un escalier, =
la"salle=20
de correspondance des non-admis" : un poste de police dans =
deux=20
pièces aveugles. La première abrite une montagne de =
sacs de=20
voyage, un couple chinois et une Angolaise avec ses deux enfants. =
Dans la=20
seconde, d'une surface d'environ 25 m2, trente-neuf =
personnes=20
s'entassent sur des bancs métalliques ou attendent =
allongées=20
sur un tapis posé au sol. Quatre bouteilles d'Evian remplies =
d'urine=20
s'alignent le long du mur de béton. Pas de douche, pas de =
sanitaires,=20
aucun paravent. Pendant leur maintien en zone d'attente – =
vingt jours=20
maximum –, tous reçoivent un repas par jour. Certains =
en sont=20
à leur dix-neuvième repas...
De très jeunes visages se tendent. Boubakar M., =
Guinéen,=20
s'approche : "Depuis neuf jours, on m'a demandé =
quatre fois=20
de partir. Comme je refusais, les policiers m'ont =
giflé."=20
Amadou, Guinéen lui aussi, au visage encore imberbe, attend =
depuis=20
treize jours avec une blessure à la jambe : "Le=20
médecin ne m'a donné que de l'aspirine", =
assure-t-il.=20
Le juge a maintenu l'enfant malgré ses quinze ans, tout en=20
précisant que sa demande d'asile "est prise en=20
compte". Dialo K., lui, essaie de faire reconnaître =
son=20
âge. Guinéen, comme ses deux voisins, il affirme avoir =
quatorze=20
ans. La police a retenu l'âge noté sur son faux =
passeport,=20
vingt et un ans, en dépit de sa silhouette et de ses traits=20
adolescents. "Au tribunal, l'avocate a dit : "Regardez, =
c'est=20
un enfant". Le juge l'a reconnu et demandé un examen =
osseux pour=20
déterminer mon âge. Mais cela fait cinq jours et on ne =
m'a pas=20
emmené à l'hôpital."
Terminal 2 F, au bout de la zone internationale, sous les =
boutiques de=20
luxe ornées pour Noël, le poste de police a =
été=20
repeint à neuf. Au centre, une porte vitrée où=20
apparaissent deux visages collés au carreau. Derrière, =
quatorze étrangers s'y entassent, dans une pièce de 9=20
m2 sans fenêtres. "C'est impossible de =
savoir s'il=20
fait jour ou nuit", raconte l'un d'eux. Ici encore, des =
plaintes=20
montent sur l'attente pour aller aux toilettes, l'insuffisance de=20
nourriture. "Hier, j'ai râlé, un policier m'a =
dit de=20
manger mes chaussures", dit Isidore T., Burkinabé. =
Un homme=20
jusque-là silencieux tend un morceau de papier : =
"J'ai=20
demandé à partir pour l'Equateur. J'ai de l'argent =
mais ils ne=20
veulent pas me laisser repartir. S'il vous plaît, vous ne =
pouvez pas=20
m'acheter un billet ?"
Ce reportage a été réalisé lors =
d'une=20
visite inopinée de Robert Bret, sénateur (PCF) des =
Bouches du=20
Rhône, en zone d'attente. Le Monde, alerté sur =
l'aggravation des conditions de maintien des étrangers =
à=20
Roissy, avait par deux fois demandé (le 22 et le 29 novembre) =
une=20
autorisation de visiter cette zone au cabinet de Daniel Vaillant. =
Devant le=20
refus du ministère de l'intérieur, la direction du =
journal a=20
décidé de le faire sans autorisation.
Sylvia Zappi
Des locaux surpeuplés
Maintien en zone d'attente. Sont maintenus en zone =
d'attente les=20
étrangers à qui les autorités ont opposé =
un=20
refus d'entrée sur le territoire, qui sollicitent l'asile ou =
pour qui=20
le transit a été interrompu (refus d'autorisation=20
d'entrée du pays de destination ou faux visa). La loi sur=20
l'immigration précise que ce maintien doit se faire dans des =
locaux=20
assurant "des prestations de type hôtelier". Deux=20
bâtiments servent pour l'hébergement : les ZAPI 2 et 3 =
(zones=20
d'attente pour personnes en instance) situées à=20
proximité de l'aérogare. Ces locaux, qui ont =
été=20
agrandis, peuvent accueillir 296 personnes.
Droit. L'étranger à qui l'entrée sur =
le=20
territoire est refusée ne peut être renvoyé dans =
son=20
pays contre son gré avant le délai d'un jour franc. Il =
peut,=20
dans ce délai, formuler une demande d'asile. Après =
avis d'un=20
représentant du ministère des affaires=20
étrangères, la police aux frontières (PAF) se =
prononce=20
sur la recevabilité de la demande. Si elle juge celle-ci=20
"manifestement infondée", la PAF tente de =
renvoyer=20
l'étranger dans son pays de provenance dès que le =
premier vol=20
se présente. Le maintien en zone d'attente est =
contrôlé=20
par un juge judiciaire, qui, au terme des quatre premiers jours, =
statue sur=20
le renouvellement du maintien. Il ne peut excéder vingt jours =
;=20
au-delà, l'étranger doit être =
relâché.
Afflux. Les capacités d'accueil des zones d'attente =
n'ont=20
pas suffi ces dernières semaines : le 6 décembre, 408=20
étrangers étaient maintenus ; une semaine auparavant, =
ils=20
étaient 510. La PAF a réquisitionné une salle =
d'attente=20
dans le terminal 2 et utilisé ses locaux dans les =
différentes=20
aérogares de l'aéroport de Roissy. Les =
autorités sont=20
confrontées depuis dix ans à une augmentation=20
régulière des personnes refoulées à la=20
frontière. Le nombre total de personnes maintenues a atteint =
19 000=20
personnes en 2000 contre 9 300 en 1999, soit une augmentation de 103 =
%. A la=20
fin du premier semestre 2001, il étaient déjà =
10 700.=20
89 % de ces étrangers arrivent à l'aéroport de =
Roissy.=20
Le reste se partage entre l'aéroport d'Orly et les =
différents=20
aéroports, gares et ports de France.
Accès. Sept associations sont habilitées par =
le=20
ministère de l'intérieur à visiter les zones =
d'attente=20
et à apporter une assistance aux étrangers, notamment =
les=20
demandeurs d'asile. Il s'agit de l'Association nationale =
d'assistance aux=20
frontières pour les étrangers, France terre d'asile, =
la=20
Croix-Rouge française, Amnesty International, la Cimade,=20
Médecins sans frontières et le Mouvement contre le =
racisme et=20
pour l'amitié entre les peuples. Elles ont effectué 65 =
visites=20
en 2000, dont 35 à Roissy. Depuis la loi du 15 juin 2000=20
renforçant la présomption d'innocence et le droit des=20
victimes, les députés et les sénateurs sont=20
autorisés à visiter les zones d'attente. La presse y =
est=20
interdite d'accès.
Dix-sept associations interpellent Lionel Jospin
Dix-sept associations ont adressé une lettre ouverte =
à=20
Lionel Jospin, le 17 octobre, pour dénoncer la situation des=20
étrangers dans les zones d'attente. Amnesty International,=20
l'Association nationale d'assistance aux frontières pour les=20
étrangers (Anafe), la Cimade, le Groupe de soutien aux =
travailleurs=20
immigrés (Gisti), la Ligue des droits de l'homme, le Syndicat =
des=20
avocats de France et le Syndicat de la magistrature, notamment, =
exhortent le=20
gouvernement à prendre des mesures pour mettre fin =
"aux=20
multiples dysfonctionnements ou illégalités=20
préjudiciables aux étrangers maintenus". =
Elles=20
estiment que "le dispositif qui prévaut actuellement =
ne peut=20
être considéré comme respectueux du droit des =
personnes=20
et des règles françaises et européennes =
relatives=20
à la protection du droit des individus". Les =
signataires=20
devaient être reçus par les conseillers du premier =
ministre,=20
lundi 10 décembre. Mardi, ils devraient rendre public leur =
diagnostic=20
des zones d'attente et dénoncer "ces lieux de =
privation de=20
liberté pour les étrangers".
=20
"Ils dorment là des jours =
durant, ne=20
peuvent se laver"=20
LE =
MONDE |=20
10.12.01 | 13h19=20
DES DIZAINES d'employés côtoient chaque jour les =
étrangers maintenus dans les différentes zones =
d'attente=20
de l'aéroport de Roissy. Hôtesses, employés =
des=20
compagnies aériennes, femmes de ménage ou agents =
de=20
sécurité, ils fermaient jusqu'ici les yeux sur les =
mauvaises manières de la police aux frontières. =
Depuis=20
quelques jours, certains ont décidé de=20
témoigner.
Pierre, employé, et Marie, hôtesse au =
sol au=20
terminal 2B dans une compagnie aérienne.
"On a vu la situation se détériorer depuis =
quelques semaines. Il y a un mois, la police a=20
réquisitionné une salle d'embarquement. On s'est =
dit alors=20
que c'était provisoire. Le premier jour, ils y ont =
maintenu huit=20
"proposés reconduite frontière" [les=20
étrangers que la France veut renvoyer dans leur pays]. Le =
week-end suivant, ils étaient soixante-dix, hommes, =
femmes et=20
enfants mélangés. Ils dorment là des jours =
durant,=20
ne peuvent se laver. Comme il n'y a pas de sanitaires, les =
hommes=20
urinent dans des bouteilles. Les odeurs sont terribles car il =
n'y a pas=20
d'aération. Un jour, les policiers leur ont =
distribué des=20
pommes comme repas : cela faisait zoo. On les traite de =
manière=20
inadmissible. Quand on a compris qu'ils allaient rester, on =
s'est dit=20
qu'il fallait faire quelque chose, alerter. Nous assistons de =
plus en=20
plus à des embarquements forcés avec des policiers =
violents. Avant, ces étrangers, on les voyait passer lors =
de=20
l'embarquement, menottés. On les entendait parfois =
hurler,=20
pleurer, parce qu'ils ne voulaient pas repartir."
Claude, agent d'une société =
privée de=20
sécurité. Il assiste la police aux contrôles =
des=20
frontières.
"Cela fait des années que je travaille à =
Roissy=20
à côté des policiers. Par =
lâcheté, je=20
n'ai jamais eu le courage de dénoncer. Jusqu'au jour =
où=20
j'ai vu arriver ce couple libanais avec ses trois enfants. Ils=20
attendaient d'être enregistrés comme demandeurs =
d'asile, en=20
zone internationale. Tous les jours, ils se signalaient au poste =
de=20
police, mais les agents les renvoyaient s'asseoir. Ils sont=20
restés là quatre semaines avant de repartir vers =
le=20
terminal B. Ils ne pouvaient pas se laver, n'avaient aucune =
distribution=20
de nourriture. Ils avaient de l'argent mais ne pouvaient rien =
acheter,=20
car il n'y a ni cafétéria ni distributeur.
"Un jour, je suis allé chercher des sandwichs =
pour eux=20
mais j'ai dû me cacher car la police nous interdit de leur =
parler.=20
J'ai appelé une femme de ménage qui a tout =
caché=20
dans un sac-poubelle et l'a discrètement posé =
à=20
côté d'eux en passant le balai. La police les =
laisse=20
s'épuiser en attendant qu'ils s'en aillent =
d'eux-mêmes.=20
D'autres jours, on voit un étranger traîné =
endormi=20
par deux policiers pour un embarquement forcé : un =
médecin=20
lui a fait une piqûre."
Olivier Eyraud, salarié d'Air France, et =
syndicaliste=20
à la CFDT.
"Je travaille à Roissy depuis 1983. C'est en =
voyant ce=20
qui se passait lors des embarquements des étrangers =
reconduits=20
que je me suis décidé à devenir visiteur =
pour le=20
Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les =
peuples=20
(MRAP). Grâce à mon travail, j'ai voyagé et =
vu la=20
misère du monde. Mais je ne pensais pas voir ça =
là=20
où je vis. Voir comment on les parque, comment on refuse =
de les=20
entendre, les écouter parler de coups dans les =
aérogares.=20
Ce n'est que ma troisième visite. C'est très dur.=20
J'espère pouvoir, comme l'autre soir, attendre que tout =
le monde=20
soit couché à la maison avant de pleurer comme un =
enfant.=20
Trois jours après la visite, je suis encore=20
bouleversé."
S. Z.
Droits de repro=
duction=20
et de diffu=
sion=20
réservés; © Le Monde=20
2001
Usage strictement personnel. =
L'utilisateur du=20
site reconnaît avoir pris connaissance de la licen=
ce=20
de droits d'usage, en accepter et en respecter les =
dispositions.
Polit=
ique=20
de confidentialité du site.=20
=

------=_NextPart_001_016A_01C184C5.497654C0--