[discussions] =?iso-8859-1?Q?RSF_-_Appel_-_11_d=E9cembre_2001_-_Tunisie_=28http://www.r?= =?iso-8859-1?Q?sf.org/petition/parrain/a?=
Posté par Anthony Whitney le 14/12.
piece jointe : TEXT/HTML
Cher-e-s camarades
je vous fais suivre l'appel de N. Nasraoui ci dessous et vous invite via le lien juste ci dessous en page web (pour pouvoir signer je présume qu'il faut vous faut aller sur le net ça prend 2 min) concernant H. Hammami, porte parole du POCT, parti communiste tunisien (parti non reconnu par l'Etat Tunisien)
je vous engage à le signer nombreux.
salutations
anthony whitney
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Activement recherchés par la police de Ben Ali puis condamnés à de lourdes peines de prison pour leur opinion, Hamma Hammami, ainsi que trois de ses camarades (Abdel Jabbar Madouri, Ammar Amroussia et Samir Taamallah) vivent en clandestinité depuis bientôt 4 ans.
Pour contribuer à mettre fin à cette injustice, soyez nombreux à signer l'appel que Radhia Nasraoui a lancé sur le site de Reporters Sans Frontières à l'adresse suivante :
http://www.rsf.org/petition/parrain/appel_hammami.html
texte de l'appel :
Radhia Nasraoui
Avocate au Barreau de Tunis
11 décembre 2001
Mes enfants veulent revoir leur père
Mon mari, Hamma Hammami, directeur du journal interdit Al Badil, vit depuis bientôt quatre ans dans la clandestinité. S’il est recherché par la police, c’est uniquement parce qu’il est un opposant. Au mois d’août 1999, il a été condamné à neuf ans et trois mois de prison ferme par la Cour d’appel de Tunis pour appartenance au Parti communiste des ouvriers de Tunisie.
Agé de 49 ans, mon mari est persécuté depuis 29 ans en raison de ses opinions et de ses activités politiques. Aussi bien du temps de Bourguiba, que sous Ben Ali, il a été arrêté, torturé, à chaque fois de la manière la plus sauvage, condamné à des peines lourdes. S’il ne connaît que quelques-unes des belles plages de Tunisie, il connaît pratiquement toutes les prisons : celles de Tunis, Sousse, Sfax, Mahdia, Gabès, Le Kef, Bizerte et surtout le bagne de Nadhour où il a passé les plus belles années de sa jeunesse.
Par décision du ministère de l’Intérieur, tous ses ouvrages ont été retirés de la circulation et broyés. Il n’a pas pu assister aux obsèques de sa mère, décédée il y a trois ans. Il n’a pas eu la chance de la voir avant sa mort. Hamma ne connaît pas notre fille Sarah âgée maintenant de deux ans et demi. Nos deux autres filles, Nadia, âgée de18 ans, et Oussaima, qui a 13 ans, sont privées de son affection. Toute notre famille, y compris les parents éloignés, tous nos amis sont surveillés, intimidés, harcelés.
Je lance un appel à tous ceux qui n’admettent pas qu’un homme soit persécuté pour ses opinions : mon mari doit pouvoir rentrer chez lui et serrer enfin ses enfants dans ses bras.
11 décembre 2001
Mon mari, Hamma Hammami, directeur du journal interdit Al Badil, vit depuis bientôt quatre ans dans la clandestinité. S’il est recherché par la police, c’est uniquement parce qu’il est un opposant. Au mois d’août 1999, il a été condamné à neuf ans et trois mois de prison ferme par la Cour d’appel de Tunis pour appartenance au Parti communiste des ouvriers de Tunisie.
Agé de 49 ans, mon mari est persécuté depuis 29 ans en raison de ses opinions et de ses activités politiques. Aussi bien du temps de Bourguiba, que sous Ben Ali, il a été arrêté, torturé, à chaque fois de la manière la plus sauvage, condamné à des peines lourdes. S’il ne connaît que quelques-unes des belles plages de Tunisie, il connaît pratiquement toutes les prisons : celles de Tunis, Sousse, Sfax, Mahdia, Gabès, Le Kef, Bizerte et surtout le bagne de Nadhour où il a passé les plus belles années de sa jeunesse.
Par décision du ministère de l’Intérieur, tous ses ouvrages ont été retirés de la circulation et broyés. Il n’a pas pu assister aux obsèques de sa mère, décédée il y a trois ans. Il n’a pas eu la chance de la voir avant sa mort. Hamma ne connaît pas notre fille Sarah âgée maintenant de deux ans et demi. Nos deux autres filles, Nadia, âgée de18 ans, et Oussaima, qui a 13 ans, sont privées de son affection. Toute notre famille, y compris les parents éloignés, tous nos amis sont surveillés, intimidés, harcelés.
Je lance un appel à tous ceux qui n’admettent pas qu’un homme soit persécuté pour ses opinions : mon mari doit pouvoir rentrer chez lui et serrer enfin ses enfants dans ses bras.
Radhia Nasraoui
Avocate au Barreau de Tunis
Signez en faveur de l'appel de Radhia Nasraoui :
Nom
Prénom
Adresse
E-mail
Hamma Hammami connaît une première fois la prison à l'âge de 20 ans pour avoir participé au mouvement étudiant en 1974. Il fait six ans de prison. En 1986, il crée le Parti communiste ouvrier tunisien (PCOT, interdit). Il est arrêté à plusieurs reprises entre 1989 et 1992.
En 1992, c'est en tant que directeur du journal El Badil (l'organe du PCOT), qu'il est accusé de "propagation de fausses nouvelles". Il est condamné à deux ans et huit mois de prison avec sursis et 7000 dinars d'amende. Le journal est suspendu.
Arrêté en février 1994, il est torturé jusqu'à en perdre connaissance. Harcelé sans cesse à cause de ses activités politiques, il est contraint à entrer en clandestinité en février 1998. En juillet 1999, il est, une nouvelle fois, condamné par contumace à 9 ans et 3 mois de prison. Hamma Hammami dirige aujourd'hui un journal clandestin, Saut Acha'b.
Durant l'été 2000, Hamma Hammami a écrit le récit de sa vie en clandestinité :
Chroniques d'un évadé de l'Alcatraz tunisien
Je ne pourrais jamais oublier le geste de plusieurs amis (hommes et femmes) qui, dès que je suis entré en clandestinité, ont exprimé leur prédisposition à m'accueillir chez eux, faisant fi des représailles qui les attendaient au cas où je serais arrêté (torture, emprisonnement, licenciement etc.). Ces amis ne sont pas tous des militants ou des opposants à la dictature policière de Ben Ali. Parfois, ce sont de simples gens, de milieux populaires, mais honnêtes et opposés à l'injustice et à la répression. Leur geste m'a fait découvrir, une fois de plus, à quel point cette dictature est haïe par le peuple, à quel point elle est faible et fragile.
Ma grande joie, c'est lorsque je débarque dans une maison et que j'y découvre des enfants. Très vite, nous devenons amis. Intuitivement, ils comprennent qu'un danger me guette. Du coup, ils deviennent mes protecteurs et complices. Ils sont contents de garder le secret, même à leurs grands-mères et grands-pères.
Je dois te dire que tous les amis chez qui j'ai séjourné ont tout fait pour moi et ont consenti beaucoup de sacrifices pour que je me sente à l'aise chez eux, pour que je ne manque de rien. Quant à moi, j'ai essayé, et j'essaie toujours d'être le moins encombrant possible. Je fais de mon mieux pour au moins aider les personnes qui m'accueillent à résoudre certains problèmes de leur vie quotidienne. Ce qui fait mon bonheur, c'est lorsque mes amis rentrent et trouvent le ménage fait, la maison bien rangée et bien propre et les enfants en pleine forme.
J'ai toujours aimé apprendre à préparer les plats spécifiques de chaque région de la Tunisie. Ainsi, chaque fois que je suis de passage dans une famille, je suis attentif à ce qu'elle prépare. Je suis fier maintenant de pouvoir préparer le couscous de douze ou quinze manières différentes, selon les régions, les traditions et les milieux sociaux. Tu sais, je ne vis pas vraiment isolé de la réalité tunisienne. La vie est devenue très chère. Il n'est plus donné à n'importe qui, même pour ce qu'on appelle la classe moyenne, d'assurer une ration de viande chaque jour ou de manger un fruit à chaque repas.
Le temps ne pèse pas beaucoup sur moi. Parfois, je souhaite que la journée s'allonge pour que je puisse terminer ce que j'avais à faire. Vivre dans la clandestinité, ce n'est pas se cacher pour ne pas être arrêté, mais c'est se donner les moyens pour continuer la lutte dans un pays gouverné par une dictature policière. Ainsi, mon temps est organisé de la façon suivante : je consacre entre neuf à dix heures par jour à mes occupations politiques et intellectuelles. Je dors six à sept heures et le reste, je le consacre à faire la cuisine, ranger et nettoyer la maison, m'occuper des enfants, quand je suis dans une famille, et lire. Je ne regarde pas souvent la télé parce qu'il n'y a plus rien à voir. Même pas des matchs de football, car le foot et le sport, en général, sont malheureusement atteints par la gangrène maffieuse. Certains dirigeants proches du palais ont tout pourri : racket d'argent auprès des privés et des sociétés d'Etat, main basse sur les meilleurs joueurs des petits clubs, manipulation du calendrier, corruption des arbitres, etc. Bref, cela ne donne plus envie de suivre les actualités sportives.
Outre mes lectures politiques (journaux, revues, livres…), je suis un grand amateur de littérature et d'histoire. Car il ne faut pas oublier que j'étais professeur de littérature et de civilisation arabo-musulmane. Mes amis me procurent tout. D'ailleurs, je viens de terminer la lecture d'Alkobz-al-Hafi, un roman autobiographique du Marocain Muhammad Choukri et du roman Dhakirat al-jasad (Mémoire du corps) de l'Algérienne Leila Mostaganmi. Mais je dois t'avouer qu'il y a un roman que je relis souvent. Il s'agit du Vieil homme et la mer d'Ernest Hemingway. Je suis fasciné par le héros (the old man) et de cette épopée américaine. Je me rappelle toujours de cette réflexion qu'il a faîte à un moment crucial de cette épopée : "Man is not made for defeat… A man can be destroyed, but not defeated" ("L'être n'est pas fait pour être vaincu… Il peut être détruit mais pas vaincu"). Abou Nawâs al-Mâari, al-Mûtanabbi, al-Sayyab, al-Bayati, Nazim Hikmet, Pablo Neruda, Paul Eluard, Federico Garcia-Lorca et beaucoup d'autres poètes sont mes compagnons de tous les instants. A n'importe quel moment du jour ou de la nuit, j'ouvre un recueil de poésie et je plonge, errant dans le monde particulier de tel ou tel poète. Franchement, à l'heure actuelle, il n'y a pas grand-chose à lire en Tunisie. La littérature et l'art tunisien n'ont jamais été aussi coupés des réalités tunisiennes, des réalités du pays et du peuple, qu'au cours des dix dernières années. Dans les années 60, 70, 80, les écrivains, les poètes, les gens de théâtre, les cinéastes, les troupes musicales et les peintres étaient plus ou moins impliqués dans les luttes populaires et exprimaient à leur façon et avec les moyens dont ils disposaient les aspirations des différentes classes et couches sociales. A l'heure actuelle, c'est la désertification culturelle totale. La dictature sévit comme dans tous les autres domaines de la vie, utilisant soit l'arme de la répression, soit celle de la corruption. Rares sont ceux qui ont pu préserver leur dignité et sauver l'honneur de leurs âmes. Le profil de l'intellectuel, de l'écrivain, de l'acteur, du cinéaste et du chanteur de "l'ère nouvelle" est semblable à celui du journaliste, c'est le propagandiste-indicateur. Il doit courtiser l'autocrate et surveiller ses pairs. C'est "la chute dans le royaume de la contre-façon et du factice" comme l'a bien exprimé le romancier algérien, Tahar Wattar, dans une intervention sur la littérature tunisienne d'aujourd'hui. Les quelques voix discordantes dans tous les domaines culturels sont totalement boycottées par les médias.
Sans aucun doute, mes filles souffrent beaucoup. Tout d'abord parce que nous n'avons pas pu vivre beaucoup de temps ensemble. Prends Ousseima, elle a maintenant douze ans. Nous n'avons vécu ensemble que pendant cinq ans
Quant à la petite Sarah qui éteindra, le 18 juin, sa première bougie, je ne l'ai jamais vue. Elles souffrent aussi parce que, filles d'opposant politique et de militante des droits de l'homme, elles sont surveillées et harcelées continuellement par la police politique. Ce qui me console, cependant, c'est que, d'une part, elles ont une mère exceptionnelle et que, d'autre part, leur souffrance les a rendues très tôt conscientes des problèmes de leur pays et de leur société (je parle ici de Nadia, 17 ans, et d'Ousseima). Lorsque Ben Ali ou l'un de ses courtisans parlent de "l'enfance heureuse de l'ère nouvelle", mes filles les couvrent d'injures. Evidemment, elles ne sont pas les seules à souffrir. Des milliers d'enfants de prisonniers politiques, d'exilés, d'opposants et de militants des droits de l'homme vivent dans la même situation. La dictature benaliste est un enfer pour tous, tant pour les adultes que pour les enfants.
Des années que j'ai passées en prison, un fait qui peut paraître anecdotique est resté gravé dans ma mémoire. C'était en janvier 1992. Je venais d'être arrêté et incarcéré à la prison civile de Tunis. Etant un habitué de la maison, j'ai demandé à d'anciens détenus ce qui avait changé depuis ma dernière libération. On m'a appris, en autres, qu'un gardien au grade de sergent-chef a été nommé officiellement comme le nouveau bourreau de toute la Tunisie. Il faut savoir qu'un bourreau reçoit entre 20 et 50 kilos de farine à chaque pendaison. On m'a appris également qu'il s'occupe quotidiennement de la fouille des détenus qui reçoivent la visite de leurs avocats. Le lendemain, j'ai reçu la visite de l'un de mes avocats et je me suis trouvé face à ce nouveau bourreau. On s'est tout de suite reconnu. Instantanément, ses yeux se sont fixés sur mon cou. Il l'a prospecté avec beaucoup d'intérêt. Il a certainement imaginé la corde autour. Un frisson a parcouru mon corps… et je n'ai pas pu me retenir d'éclater d'un rire nerveux. A sa question sur les raisons de ma réaction, je lui ai répondu qu'il m'avait chatouillé en passant ses mains sous mes aisselles.
Combien de temps je pense tenir dans cette situation ? Une éternité, s'il le faut. Tu dois savoir qu'il s'agit pour moi d'une conviction. La vie d'un être humain n'est-elle pas quelque chose de précieux ? Alors, à quoi bon la gâcher dans des futilités ? Ne vaut-il pas mieux la consacrer à quelque chose de noble, tel que la cause de la liberté, de la justice sociale et du progrès? Cela importe peu, pour moi, que ce but soit atteint de mon vivant. L'essentiel, c'est de participer autant que possible à lui frayer un chemin. Certes, tu dois te rappeler des vers du célèbre poète turc, Nazim Hikmet :
Si je ne brûle pas,
Si tu ne brûles pas,
Si nous ne brûlons pas,
Qui illuminera la voie?
Néanmoins, je suis convaincu que la victoire sur la dictature benaliste n'est pas difficile car elle n'est pas aussi forte qu'on le croit.
Hamma Hammami
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