[discussions] Plus que jamais, militons en syndicalistes !
Posté par phillipe lieutaud le 27/11.
Franchement, Sylvain,
je comprends mal ton obstination sur l'Afghanistan,
cette guerre ne mobilise qu'une très faible partie de la gauche, et encore
moins de Français, car tous considèrent, à tort ou à raison, ce conflit
comme légitime. Que les méthodes employées ne soient pas bonnes, que cette
situation soit très dangereuse pour l'équilibre géopolitique régional, que
les alliés des Etats-Unis ne soient pas tous des plus présentables, tout le
monde est d'accord. Que les bombardements tuent des civils, c'est vrai. Mais
la guerre tue des innocents, c'est une règle. Et il faut avouer que cette
stratégie est efficace car le régime Taliban s'est effondré. Que le régime
en train de le remplacer ne soit pas apte à recevoir des brevets
d'honorabilité, tout le monde est d'accord. Mais pourquoi faudrait-il faire
de ce conflit le centre de toutes nos mobilisations ? C'est ce que je ne
comprends pas. Et je suis prêt à en prendre le pari avec toi : la présence
américaine sera courte. Sans chipoter sur la durée, nous n'assistons et
n'assisterons pas à un nouveau Viêt-Nâm ou à une deuxième occupation de
l'Afghanistan semblable à celle des soviétiques qui dura dix ans.
En tout cas, on peut raconter tout ce que l'on veut, soit on se donne bonne
conscience en signant deux pétitions et en allant à une manifestation et on
a du temps pour militer sur les autres sujets, soit on croit que la
mobilisation peut payer et on s'y consacre à fonds pendant des semaines dans
le but de changer les données de ce conflit. or pour y arriver, il faudrait
mobiliser pendant des jours des centaines de milliers de personnes... et ce
ne serait même pas garantie. Sauf si on milite au Mouvement pour la paix et
dans ce cas c'est normal de se consacrer à ce type de questions.
Un syndicaliste étudiant doit défendre les droits des étudiants et en
acquérir d'autres. Or, dans la période, les conserver est souvent une
victoire,avec notamment le dossier sur les ECTS, les réformes du FAVE, des
bourses de DESS, de l'entrée à l'IUFM... Ce ne sont pas des sujets assez
"nobles"?
Ce que je te reproche Sylvain, c'est de t'être trompé d'adresse. Si tu veux
faire de la politique, ce qui est noble, te battre contre les impérialismes
(des Etats-Unis, de la Russie sur les anciennes républiques de l'URSS, de la
France en Afrique, de la Grande-Bretagne au Proche-Orient, de l'Allemagne en
Europe centrale, de l'Australie dans le Pacifique, du Japon en
Extrême-Orient, de l'Italie et de la Grèce sur les Balkans, de l'Irak contre
l'Iran et le Koweït, etc. etc.), ce n'est pas au CEPS qu'il fallait adhérer.
Car que fais-tu, concrètement, contre les décisions récentes des conseils de
Paris I : créations de licences pro, d'un IUP ? Et celles à venir dont je
parle plus haut ? Ce sont les dossiers qui, pourtant, concernent directement
l'ensemble des étudiants de Paris I. As-tu lu les arrêtés qui réglementent
les questions ? Qu'en penses-tu ? Qu'as-tu fait sur ce sujet et que
prépares-tu, sur le terrain, sur ces questions ?
Pour finir sur l'Afghanistan, tu t'étonnes que la FSE ne prenne pas position
et tu rejoins Lyasse pour fanfaronner sur notre organisation. Je te
répondrais deux choses :
Primo, il est facile de prendre position quand on est un syndicat à soi tout
seul (ça, c'est pour Lyasse).
Secondo : Lyasse est soi-disant historien. Il me semble qu'il aurait du se
joindre à nous pour saluer la mémoire de ceux qui ont été assassiné par
l'Etat français, qui refuse toujours de reconnaître ses responsabilités.
Reconnaître un fait avéré par les historiens, qui concerne l'histoire
contemporaine, et qui pour nous est sans doute le symbole le plus fort de
l'oppression contemporaine, n'a rien à voir avec de vaines mobilisations,
aux contours indéfinies, et dont certains essayent de tirer avantage.
Tertio : si tu étais venu à notre AG du 9 novembre, tu aurais remarqué que
ce qui rapproche les militants de l'AGEPS, depuis lors affiliés à la FSE,
c'est une conscience, certes encore lacunaire, de militants syndicalistes,
qui se retrouvent d'accord pour défendre les acquis du mouvement étudiant.
C'est peut-être peu pour toi, mais pour ceux, dont je suis, qui ont
patiemment construit cette structure, c'est énorme. Et ces étudiants sont
très divisés, du fait de leurs cultures et de leurs histoires, sur cette
question. Risquer une fracture, pour un sujet qui ne concerne pas
l'université, c'est impossible. Ce combat est politique, non syndical (c'est
d'ailleurs très largement des signatures politiques que l'on retrouve dans
les appels publiés sur ce forum). C'est pour cela que je maintiens que tu te
trompes de crémerie. Et que j'affirme que pour l'instant, en tant que
syndicaliste, cette guerre m'est étrangère.
Et pas de réponse sur le thème : "la guerre est le produit du capitalisme,
les malheurs de l'université sont le fruit du capitalisme, donc il est
logique de se battre contre la guerre, contre le capitalisme, et donc de
défendre l'université". Cette logique est totalement étrangère à l'étudiant
car elle est fausse.
Tu as dit un jour que la FSE est anti-capitaliste : c'est vrai et faux. Elle
en combat les attaques (ECTS, licences pro, choix budgétaires défavorables à
l'éducation, etc), ce qui demande donc une réflexion sur celui-ci, mais la
FSE se cantonne essentiellement à la sphère syndicale en général et
universitaire en particulier ce qui est déjà suffisant. Nulle part tu ne
trouveras définie une alternative au capitalisme, ce qui n'est pas le
problème direct du syndicaliste. Donc elle n'a pas à se revendiquer
anticapitaliste car ses militants sont partagés sur la question. Elle est
plutôt anti-libérale au sens qu'elle s'oppose aux choix universitaires qui
vont dans le sens d'un abandon ou d'un dessaisissement du service public, à
une réduction budgétaire, etc. Plus largement, la FSE est anti-libérale car
elle s'oppose à l'abandon de l'éducation à la jungle du marché.
Je conclurai en affirmant que certains ont critiqué la FSE affirmant qu'elle
n'a pas au moins pris position par un communiqué. Etais-ce une erreur, ou
l'honnêteté de reconnaître que ces enjeux ne sont pas syndicaux ? Se donner
ainsi bonne conscience pour faire plaisir à deux/trois ploucs qui ne
s'intéressent en rien au syndicalisme étudiant, est infâme envers ceux qui
souffrent, très loin de nous, et qui se moquent de nos débats. Si tu veux te
rendre utile, organise des collectes de médicaments, de nourriture, etc. Au
moins tu pourras te dire que ce que tu as soulagé, ce n'est pas seulement ta
conscience.
Philippe Lieutaud
Militant de l'AGEPS-FSE
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