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[discussions] Reponse =?ISO-8859-1?B?4A==?= Anthony

Posté par Emmanuel Lyasse le 2/8.

piece jointe : TEXT/HTML
Cher Anthony,
Je te réponds, tardivement parce que ce n'est pas simple.
Tout d'abord, je tiens à préciser que je suis convaincu de ta sincérité et
de ton honnêteté dans ce que tu as fait et fais encore. J'ajoute
immédiatement deux choses. D'une part, je ne considère pas ces deux qualités
comme des vertus syndicales en soi. D'autre part, je ne crois pas qu'elles
soient largement partagées dans l'organisation que tu représentais au
CNESER. Il me semble me souvenir, par exemple, que Carine Seiler, quand elle
sortait de sa piscine, ne le faisait pas pour défendre le service public,
mais des intérêts beaucoup plus privés.
Mais je crois que tu fais une erreur fondamentale. Je ne pense pas que le
rôle d'un représentant étudiant soit d'aider le gentil ministère à lutter
contre les méchants universitaires, et à déplorer quand le gentil ministère
n'est pas assez combatif à son goût. Il me semble qu'il n'y a pas besoin
d'être très marxiste pour refuser de présupposer la bonté naturelle des
ministres et des ministères. Il suffit même d'une simple démarche
expérimentale pour constater que la politique de casse du service public
menée depuis plus de trente ans, planifiée depuis plus longtemps encore part
du ministère (c'est-à-dire bien sûr du pouvoir qu'il incarne). Je ne
prétendrai pas bien sûr que tous les universitaires (ou assimilés tels) sont
systématiquement du côté du service public: certains ont objectivement
intérêt à sa casse, d'autres beaucoup plus nombreux ont hélas une propension
désespérante à laisser scier la branche sur laquelle ils ont assis, voire à
donner de temps à autre un coup de main (voir la réforme du CAPES
d'Histoire-géo, par exemple).
Leurs réactions sont donc extrêmement diverse, et variables selon les
sujets. A Paris IV, nous avons constaté qu'ils étaient pour la plupart très
belliqueux pour défendre le contenu des enseignements, beaucoup moins, ce
qui peut sembler surprenant, s'agissant du sérieux des examens, totalement
indifférents aux bidules genre licences pro ou incubateur d'entreprises, qui
leur semblent, bien à tort, ne pas les menacer directement, et très
coopératifs quand il s'agissait d'envisager l'abolition de la session de
septembre, ou toute chose leur simplifiant la vie aux dépens des étudiants.
En revanche, l'attitude du ministère face à ces réactions est d'une parfaite
cohérence. Quand elles vont contre sa politique, il les ignore ou les
étouffe. Quand elles vont dans ce sens, il fait plus que les encourager, et
les met en avant. Quand elles lui semblent aller trop vite, et dévoiler ce
qu'il souhaite cacher, il les combat ostensiblement (c'est comme ça que
l'U-ID remporte des grandes victoires) mais jamais longtemps. L'exemple de
la session de septembre est remarquablement caractéristique. Tu notes
toi-même que les positions du ministère ont évolué. Il n'y a pas eu
changement de ligne, mais développement progressif. Dans un premier temps,
il était essentiel de faire passer la semestrialisation, et donc de laisser
ignorer qu'elle conduisait à l'abolition de septembre. Mais une fois la
réforme imposée en douce, il n'y a plus de raisons de ne pas l'appliquer. Le
faux débat entre "centralistes" et "libertaires" a permis d'occuper la
transition.

On ne peut pas juger un pouvoir à ses déclarations d'intentions. C'est ce
que tu sembles faire. On ne verra jamais un gouvernement en France se
prononcer contre le service public. Pourtant, ils ont tous, depuis des
années, contribué à le détruire, et pas seulement dans l'Education
nationale. Tout le monde est pour la valeur nationale des diplômes. On
invente même leur valeur européenne (j'ai démontré ailleurs que c'était une
escroquerie par nature). Mais on la détruit progressivement. Le système même
de l'habilitation des maquettes par le CNESER y contribue largement. On peut
se donner l'illusion d'y mener des combats de retardement, mais elle
consacre le caractère de plus en plus flou du cadre national depuis la loi
Faure.
On peut trouver d'autres exemples. Tu sembles ignorer, ou vouloir ignorer,
que c'est la loi Savary, dont tu chantes les louanges, est celle qui a
permis le système RAVEL, cette odieuse machine à ne pas inscrire les
bacheliers dans la filière de leur choix. Il est vrai que ton UNEF a semblé
s'en accommoder, au contraire de la nôtre qui a porté sur les chaînes la
revendication "RAVEL au placard !", que nous avons gardée quand la direction
Pailleron l'a oubliée (Remarque en passant: le guide de la corpo AGEPS a
fait sauter ce point dans la page qu'il a reprise de nous sur les
inscriptions).
Je te ferai, tout à fait amicalement, le reproche d'avoir été, pendant
toutes tes années CNESER, beaucoup plus au ministère que sur les facs, et
d'avoir eu ainsi un point de vue biaisé. On retrouve cela aussi dans ta
pensée réunificatrice finale. Nous savons tous qu'il n'y a eu aucun débat à
la base. La seule exception est Nantes, où il fut peu constructif d'après
nos informations, s'il fut rigolo. (Il est inutile de me parler de Cergy, où
il n'y a jamais eu d'UNEF, et de l'IEP, où il n'y en a plus depuis
longtemps. Dans les deux cas, on a trouvé un type gentil pour jouer le rôle
de l'UNEF dans la réunification). Quant au débat au sommet, il a consisté
pour l'UNEF-ID à attendre, avec une patience admirable, que le club
Pailleron cède sur toutes ses exigences.
Tu dis qu'il est indispensable de se parler et de débattre. J'y suis prêt,
et le prouve ici. Mais reconnais que la prétendue réunification n'en créée
pas les conditions, bien au contraire. Il est difficile de discuter sur le
terrain avec des gens qui prétendent décréter notre disparition, et
distribuent des tracts où il s'affirment comme la seule organisation
étudiante représentative. Les camarades d'Evry ont fait l'expérience de
cette conception du dialogue avec la charmante Carvalho, qui leur a parlé
d'huissiers, puis de coups de poings, parce qu'ils prétendaient tenir (et
ont tenu) les chaînes avec le logo sous lequel ils avaient obtenu des élus.
Reconnais que ça n'incite pas à approfondir le dialogue.
Cordialement,
EL


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De : "Anthony Whitney" 
À : "Forum UNEF" 
Objet : [discussions] Réformes pédagogiques et session de septembre + pensée
réunificatrice (suite)
Date : Mar 17 juil 2001 20:47


Sur la réforme de 97 revenons, je ne l'avais jamais fait sur le forum, sauf
une fois sur la question de la nécessaire "révolution pédagogique" parce que
je connaissais des désaccords importants sur lesquels je ne pensais pas être
en mesure de convaincre ...
je reviendrais au moins sur quelques points. Et engage EL et les autres
copains à lire les dossiers joints au précédent mail : le rapport Alluin, et
la contribution de l'UNEF ID à celui ci. La contribution apportant des
éléments y compris d'appréciation sur la manière dont la réforme a été
appliquée par les Universités et sur la question du cadre national.
1) nombre de tentatives d'avancement de la deuxième session de septembre de
septembre en juin ont été mises en échec en 97 et depuis (j'en citerai trois
: Cergy (j'y suis un peu pour quelque chose), P1, Orsay : Ufr de
droit-Sceaux) ;
2) la position nationale de l'UNEF-ID a toujours été la défense de la
deuxième session EN septembre : en CNESER, en Comité national de suivi de la
réforme, et dans la quasi totalité des Conseils d'Universités où elle était
représentée. Maintenant, les élus de chacune des deux Unefs n'étaient pas
toujours fidèles à la ligne nationale de leur syndicat, ce qui ne saurait
"engager" le syndicat ...
Comme élu au CNESER, et j'ai essuyé les critiques de "centraliste" (sic)
j'ai fait mettre en navette la maquette d'un DEUG d'un UFR de Droit d'une
Université qui prévoyait l'avancement de la deuxième session de septembre à
juin sans possibilité de faire jouer la compensation, en m'appuyant non pas
sur des arguties mais sur un avis du Comité de suivi, avec le soutien des
élus des délégations syndicales du CNESER. Et l'UFR de droit a dû manger le
chapeau.
Tout ce qui suit serait bel et beau, si le nombre d'Universités supprimant
septembre n'allait pas croissant. A lire Anthony, on a l'impression d'une
lutte victorieuse. Elle ne l'est certes pas.
Le plus souvent, localement, l'UencoreID ne fait rien. Dans certains cas,
elle a voté pour la suppression de septembre: ainsi, en Droit, à Caen.
3) Je n'ai pas écrit "victoire victorieuse" mais j'ai rappelé que lors de la
dernière tentative MASSIVE d'Universités entre mai et novembre 97 de remise
en cause de la deuxième session EN septembre il y avait eu victoire obtenue
par l'UNEF ID, c'est un constat, sanctionnée par la circulaire
Allègre-Forestier du 5 novembre 1997. Malheureusement depuis lors, il n'y a
plus eu la même volonté ministérielle d'aller à l'affrontement avec les
Universités sur la question des sessions d'examens.
Et je me dois de rappeler un autre fait, sur la question de la
réglementation nationale des examens (revendications telles que la double
correction, délai dans la communication des résultats, barême de correction,
convocation des étudiants salariés, libre choix du régime d'examens etc.) le
comité de suivi de la réforme avait à l'initiative de l'UNEF ID adopté un
projet de charte nationale des examens qui a provoqué, c'est peu dire, une
colère froide de la CPU qui a dit NIET. Et le ministère l'a enterré. Tout
simplement. Pour vous montrer la puissance du lobby CPU.
et j'ai insisté sur le fait qu'il fallait continuer de le conduire parce que
les vélléités des Universités (notamment juristes mais pas seulement) de
remise en cause de la deuxième session EN septembre sont constantes, et
encouragées par la CPU.

sachant qu'il faut considérer cette question en l'intégrer dans la réflexion
sur la restauration d'un véritable cadrage national des diplômes garanti par
la procédure d'habilitation des diplômes ... que la CPU veut remettre en
cause avec l'accord de Jack LANG cf. précédent mail en passant d'une
évaluation a priori à une évaluation a posteriori des diplômes nationaux
(comme le recommandait déjà le rapport ATTALI dans le cadre du 3-5 ou 8)

Tiens donc !
Le cadre national des diplômes a donc été mis en cause, puisqu'il s'agit de
le "restaurer".
Je ne peux pas dire, certes, qu'Anthony me l'apprenne. Mais je suis étonné
de voir l'avouer un membre de celle des deux UNEF qui a présenté la suie de
réformes que nous avons subies comme autant de victoires desquelles
auxquelles elle volait.
Autocritique ou foutage de gueule ?
4) Ni l'un ni l'autre.
je vous renvoie au mail sur la question des capacités d'accueil que j'avais
élargi à la question de l'exercice de leur autonomie par les universités. On
ne peut que considérer que le cadre national n'est pas suffisamment garanti,
et qu'il a fait l'objet de remises en cause insidieuses mais réelles. Il
existe toujours dans ses principes que nous défendons autant qu'il nous est
possible depuis des années.
Mais les orientations de la politique contractuelle du Ministère, et les
modalités de déroulement des campagnes d'habilitations des diplômes
nationaux que Lang et la CPU veulent en + allèger en dénoncant un "minotaure
insatiable" en moyens et en temps ..., mettent à mal le cadre national.
L'affaiblissent. Et je n'écris pas autre chose que ce que l'UNEF ID (souvent
sous ma plume) a écrit à ce sujet depuis 97 dans ses textes de congrès, dans
ses lettres des élus et comptes rendus de mandat au CNESER.
Donc oui il y a une bataille à poursuivre pour le rétablir, le restaurer, le
conforter ... je laisse le choix du verbe... pour m'attacher aux principes,
et au contenu : renforcement du cadrage national des formations, et du
pilotage national des politiques universitaires par un renforcement conjoint
des contrôles du respect de la règlementation (il suffit de piocher dans un
premier temps dans les rapports annuels de l'IGAEN), garantie d'une égalité
républicaine entre étudiants quel que soit leur Université d'inscription.
Ceux qui défendent le cadre national se font traiter par les libéraux de
droite et par une partie de la gauche, d'archéos, et on m'a souvent répondu
que la planification c'était fini lorsque je défendais cette ligne ... alors
si défendre les étudiants c'est être archéo, alors je trouve que c'est très
moderne d'être archéo.
Ceci dit, nous ne nous féliciterons d'avoir en Anthony un interlocuteur de
la maison d'en face avec qui, au moins, on peut causer. C'est rare (cf le
dernier mail de l'UNEF Evry)

EL
5) Je finirais sur une "pensée réunificatrice". Je suis sur la fin de mes
études préparant les concours, et même si plus que d'autres j'ai toujours
beaucoup et recherché et apprécié personnellement de débattre avec des
copains de l'autre UNEF, je me dois de souligner que parmi les générations
nouvelles il se trouve nombre de camarades et qui l'ont prouvé localement,
ouverts à la pluralité et au débat contradictoire.
Apprenons de nos différences, non pour les cultiver, mais pour trouver des
complémentarités, ce qui peut nous rassembler : la défense des droits des
étudiants, dont le premier le droit aux études, puis aussi la défense du
service public et de ses valeurs fondatrices : égalité, gratuité,
démocratie.
Il y aura toujours un bout de chemin à faire ensemble pour ceux et celles
qui se retrouvent sur ses objectifs, soit dans des campagnes unitaires, soit
dans un mouvement de rassemblement et d'unification.
Certains copains de l'UNEF ont fait le choix en mai au 77ème congrès de
l'UNEF ID de rassemblement, soit après lors d'un Cn de réunification, de
rejoindre l'UNEF ID en mai, ou en juin de participation à la fondation d'une
nouvelle organisation, une nouvelle UNEF.
Cette construction, cette refondation elle sera progressive, il appartiendra
à ses adhérents de la faire vivre dans son activité, dans ses orientations
nationalement et localement, pour gagner davantage d'étudiants à
l'engagement collectif, pour gagner de nouveaux droits pour les étudiants.
Parmi lesquels un véritable cadre national (des formations, mais pas
seulement, aussi du financement par une loi de programmation budgétaire
pluriannuelle, etc.)
bonnes vacances à ceux qui en prennent...
anthony whitney
syndicaliste étudiant

salutations
anthony whitney
ex élu UNEF ID CNESER (1996-2000)
-----Message d'origine-----
De : Emmanuel Lyasse  >
À : discussions@unef.org 
 >
Date : lundi 16 juillet 2001 12:45
Objet : [discussions] Fausse bonne nouvelle sur les ECTS

La triste histoire de la session de septembre, que soulève Marc, donne un
précédent instructif. L'UNEFencoreID avait prétendu avoir obtenu son
maintien lors de la réforme Bayrou (déjà une "grande victoire").
Mais l'arrêté ne faisait qu'exiger deux mois de délais entre les deux
sessions, ce qui permet de mettre le rattrapage de janvier en juin (merci,
la semestrialisation). Ça a par exemple été fait au Mans.
De plus, il ajoute "sauf dispositions pédagogiques particulières". Comme
personne ne sait ce qu'est une telle disposition, cela permet la suppression
pure et simple de septembre, sous n'importe quel prétexte. Ainsi, à Lyon II
et à Clermont en Lettres, la totalité du rattrapage a lieu en juin. On
repasse immédiatement l'examen qu'on vient de rater, sans aucnun délai pour
se remettre à niveau donc. Merci, l'UNEF (ID) !

EL

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