[discussions] De la Revolution telle que certains l'affichent
Posté par Emmanuel Lyasse le 7/4.
piece jointe : TEXT/HTML
J'avais, au moment du CNESER, donné une analyse du manifeste révolutionnaire
qu'Anthony nous rappelle opportunément. La voici, pour ceux qui ne
l'auraient pas eu, coupées les remarques liées au contexte de cette élection
(pour ceux qu'elles intéressent, voir sur la page 2 des archives du forum)
N.B.: le texte de tendance "Tous ensemble" que des camarades naguère à
l'UNEF, et pour certains même sur notre liste au CNESER se prononce
exclusivement pour la dite révolution.
EL
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De : "Emmanuel Lyasse"
À : discussions@unef.org
Objet : [discussions] Il etait une fois la Revolution
Date : Sam 24 juin 2000 7:32
Une petite question à tous ceux qui s'apprêtent à voter pour la liste U-ID /
Marion Brun / Lise Pastor :
Avez-vous lu le "Manifeste pour une révolution pédagogique" dont son
insipide profession de foi ? Non ? Vous devriez.
[Š]
Commençons par sa conclusion:
"pour que l'autonomie intellectuelle permette à toute la jeunesse de croire
qu'il n'y a pas de rêve impossible'.
Fichtre ! A les lire, on se demande ce que prévoient de nous faire fumer à
tous l'U-ID, Marion Brun et Lise Pastor, pour nous donner une telle
conviction, et on entrevoit à quelles importations serviront les moyens
qu'elles réclament.
Mais au vu de ce qui précède, on constate qu'il ne s'agit (encore une
publicité mensongère) que de chiquer du Claude Allègre / Philippe Meirieu
mal réchauffé.
Evidemment, il n'est absolument pas question des réformes précédentes, et de
la façon dont elles ont été reçues par les étudiants. Il serait mesquin de
croire que c'est parce que l'U-ID ne tient pas à faire un bilan de
l'application de cette "grande victoire du mouvement étudiant" (Pouria
dixit) qu'a été la réforme Bayrou, et Marion Brun et Lise Pastor encore
moins, qui y trouveraient la meilleure raison de ne pas renier les analyses
du 78e congrès de l'UNEF (Toulouse, 1997) au moment où l'immense majorité
des étudiants ont tous les éléments pour en reconnaître la pertinence.
Non, si on ne parle pas de réforme, c'est sans doute que de toute façon,
seule compte la révolution. D'ailleurs, on vous a déjà dit qu'il n'était pas
question de partir de la situation concrète ici et maintenant des étudiants
et de l'Université, mais de rêver.
Malheureusement, les rêves de nos révolutionnaires ressemblent aux pires
cauchemars des étudiants qui s'intéressent plus à la défense de leurs études
qu'à la mythique "réunification du mouvement étudiant".
L'idée directrice en est Pour lutter contre l'échec, supprimons les études
!. dans le très vieux but de tous les savant pédagogues, bien connu:
empêcher les étudiants d'étudier et les enseignants d'enseigner. Pour
occuper les profs à autre chose qu'à nous transmettre un savoir, rien de tel
que le vieux bobard de "l'équipe pédagogique". Qu'est-ce que c'est ?
Mystère. A quoi ça sert ? Ne répondez tout de suite à rien. Ça ne sert
certes à rien aux étudiants et aux enseignants mais ça sert grandement à
tous ceux qui veulent leur nuire.
Cette idée est fortement argumentée, par la découverte d'un scandale majeur:
"Quel enseignant connaît le cours que ses étudiants suivront à la prochaine
heure ?"
Vous n'êtes pas scandalisés ? Vous pensez que ça ne vous servirait à rien
que votre prof soit capable de vous dire où vous irez quand il aura fini de
vous causer ? Vous osez considérer qu'il y a des scandales plus grands,
réduction du nombre d'heures d'enseignements; augmentation des effectifs des
groupes, hausse exponentielle des droits d'inscription, obligation de plus
en plus fréquente de se salarier et casse du statut des salariés par la
semestrialisation, discrimination contre les étudiants étrangers... ? Votre
attitude est typiquement contre-révolutionnaire.
On voit en tout cas sur quoi reposera l'"évaluation pédagogique" des
enseignants que le Manifeste réclame: un jury assermenté leur fera réciter
l'emploi du temps de première année de DEUG.
Et pendant que les enseignants s'appliqueront, sous la surveillance de
l'U-ID, de Marion Brun et de Lise Pastor, à "la coordinations des contenus,
à la construction d'une méthodologie et d'une pédagogie globale qui
s'applique à l'ensemble des champs disciplinaires étudiés", où seront les
étudiants ?
En stage, bien sûr, "une insertion professionnelle correspondant à ses
qualifications". Vous vous dîtes qu'il y a un truc, puisqu'avec la
"révolution pédagogique", ils risquent fort de ne plus être qualifiés du
tout. Ce n'est pas un truc. C'est le but de l'opération.
Peut-être après tout cela êtes-vous convaincus de l'excellence de ce
manifeste et vous apprêtez-vous à voter dans l'enthousiasme pour la liste
qui s'en revendique.
Il sera encore plus difficile, en tout cas, de convaincre de son aspect
novateur. Les âneries de ce genre, sur la pédagogie et la méthodologie
conçues sans rapport avec le contenu enseigné, sur la nécessité d'en finir
avec le cours magistral, dont on sait bien dénoncer les défauts, mais qu'on
ne sait toujours pas par quoi remplacer, fleurissent depuis un siècle et
règnent depuis trente ans.
Lisez le dernier livre, posthume, de feu Alain Peyrefitte, où il évoque son
passage au ministère de l'Education nationale en 1968: vous trouverez
présentées comme sorties directement de son esprit génial les mêmes idées
neuves que dans le manifeste de l'U-ID, de Marion Brun et de Lise Pastor.
Ces vieilles idées neuves ont fait bien du mal. La "révolution"
consisterait-elle simplement à ce qu'elles continuent à faire ? Les
révolutionnaires s'occupent surtout en tout cas à brandir ces vieux
mensonges et à essayer de tourner les étudiants contre les enseignants, pour
laisser le champ libre aux ministres qui cassent l'Université publique.
C'est parce qu'à Paris IV nous refusons aujourd'hui comme hier de cautionner
cela que nous ne pouvions envisager de voter pour la liste de l'U-ID. C'est
pour cela que nous participons à une liste qui reprend la vieille
revendication de l'UNEF, qui a rassemblé très largement autour d'elle: une
Université publique, de qualité, ouverte à tous.
Le débat semble clair.
[Š]
EL