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Posté par Anthony Whitney le 7/4.
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Manifeste pour une Révolution Pédagogique adopté lors de la dernière Rencontre Nationale des Elus Etudiants organisée par l'UNEF ID.
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Manifeste pour une révolution pédagogique
Préambule
Dans un monde où les évolutions se font de plus en plus rapides, la finalité de l’Education est de donner à chacun les moyens de le comprendre, de s’y insérer, de s’y épanouir, de le construire…de le changer !
L’enseignement supérieur est le lieu de construction, d’élaboration et de diffusion des savoirs car il forme à et par la recherche. Il a pour but de donner à chaque étudiant les outils pour conduire des analyses, remettre en cause ce qui semble établi.
Ce que nous voulons, c’est que l’étudiant devienne pleinement acteur de son savoir car, comme le disaient nos aînés, l’étudiant " a le devoir de définir, propager, et défendre la vérité, ce qui implique le devoir de faire progresser la culture et de dégager le sens de l’histoire et de défendre la liberté contre toute oppression, ce qui pour lui constitue la mission la plus sacrée " (Charte de Grenoble, 1946).
Offrir à chaque étudiant les moyens de son autonomie intellectuelle constitue la condition sine qua non de la liberté.
Parce que l’enseignement supérieur a changé, avec plus de deux millions d’étudiants aux parcours et aux ambitions diverses, la façon d’enseigner à l’université doit à la fois intégrer la nécessaire qualité de la formation et faire en sorte qu'elle soit accessible à tous. La transmission du savoir doit donc se fonder sur une pédagogie individualisée, instaurée par une relation nouvelle avec les enseignants, permettant à l’étudiant de construire son savoir à sa façon, à son rythme. Celui qui sera exclu de l’accès au savoir risque d’être l'exclu de demain.
C'est pourquoi nous affichons notre ambition d'une Université de trois millions d'étudiants.
La question de la pédagogie suscite des passions dans le primaire comme dans le secondaire. Nous souhaitons que les mêmes passions s’éveillent dans l’enseignement supérieur. Nous ne voulons bien sûr pas opposer étudiants et enseignants. Un écueil consisterait à penser que nous voudrions une pédagogie qu’ils ne nous accorderaient pas. Conscients de ce malaise qui règne également dans un monde enseignant qui n’a pas forcément les moyens de faire évoluer la pédagogie universitaire, nous redoublons de volonté pour porter cette réflexion.
Parce que nous pensons qu’une société qui ne relève pas le pari de la jeunesse hypothèque son avenir, nous, étudiants réunis les 5, 6 et 7 mai 2000 à Grenoble lors des Deuxièmes Rencontres Nationales des Elus Etudiants, livrons donc à la communauté universitaire, aux pouvoirs publics et à la société toute entière nos propositions pour une révolution pédagogique à l’université.
1 L’échec universitaire n’existe pas, il n’y a que des étudiants mis en échec
L’origine sociale a longtemps été considérée comme la cause mécanique de l’échec, ce qui permettait de conforter des conceptions élitistes et sélectives de l’université.
Bien sûr, l’échec existe mais c’est d’abord l’échec d’un système. Certes, depuis quelques années, un mouvement de transformation s’est fait jour à l’université mais le système a tâtonné.
Tout d’abord, l’idée que les étudiants avancent à leur rythme, acquièrent progressivement les connaissances permet d’échapper à l’examen-échec. Le tutorat s’est développé, certes, mais il s’est avéré mal adapté et ciblé, il s'apparentait fréquemment à un TD bis. Des enseignements de méthodologie ont été mis en place mais sans réflexion sur leur contenu et leur articulation avec la discipline. L’évaluation des enseignements a été introduite mais sans équipe pédagogique pour lui donner toute sa pertinence.
Certaines universités ont exploré d’autres pistes mais on peut déplorer qu’elles n’aient pas été plus largement diffusées (des universités d’été, des cours en petits groupes...).
2 Construire des équipes pédagogiques
Si la liberté académique pour un enseignant est fondamentale, la façon dont le cours est reçu est tout aussi déterminante pour les étudiants.
Est-il encore admissible que les Travaux Dirigés aient souvent peu de rapport avec les Cours Magistraux ? Quel enseignant connaît le cours que ses étudiants suivront à la prochaine heure ?
La mise en place d’équipes pédagogiques par diplôme est indispensable. Elle devra intégrer des enseignants de statuts différents devant consacrer plusieurs heures de leur emploi du temps à la coordination des contenus, à la construction d’une méthodologie et d’une pédagogie globales qui s’applique à l’ensemble des champs disciplinaires étudiés. Elle devra permettre la coordination de l’action des tuteurs et un état des lieux régulier afin d’assurer le suivi de chaque étudiant. Enfin, l’idée centrale est de permettre un retour sur l’enseignement grâce aux différents outils: évaluation des enseignements, bilan effectué par les tuteurs, rencontres avec les étudiants lors des permanences des enseignants.
La présence des enseignants est donc nécessaire au delà des simples heures de cours. L'exemple des " turbo profs " est éloquent : absorbés par leurs travaux de recherche dans une université, ils concentrent leurs heures de cours sur un temps minimal et leur absence est parfois vécue comme du mépris.
3 Enseignant-chercheur, il n'y a pas de contradiction !
Aujourd'hui, lorsqu'un enseignant s'intéresse à ses étudiants, il risque la disgrâce de ses pairs. Le système universitaire n’invite pas à développer la pédagogie. Il la pénalise au contraire puisque le recrutement et la progression de carrière des enseignants se fait sur la seule base de leur travaux de recherche. Si ce système produit un malaise chez les enseignants, il se ressent immanquablement chez les étudiants. Il y a donc urgence à inverser la tendance.
Faisons du principe "un bon chercheur est un bon enseignant" une réalité. Pourquoi les étudiants de premiers cycles devraient-ils se passer des enseignants les plus investis dans la recherche ?
Dans le cadre du doctorat, des CIES (Centre d’Initiation à l’Enseignement Supérieur) ou tout au long de la carrière, il est incontournable d’offrir aux enseignants des séminaires de formation à l’Enseignement.
Pourquoi ne pas mettre en place un concours et/ou une évaluation par les pairs ou par une commission pédagogique d’évaluation comme cela existe dans la plupart des autres pays européens ? En tout état de cause, une évaluation de la pédagogie des enseignants ne peut plus être différée.
4 La finalité des études supérieures
Il y a une double finalité des études supérieures : amener une classe d'âge à une élévation de son niveau de formation générale, tout en lui garantissant une insertion professionnelle correspondant à ses qualifications.
L'appréhension des connaissances ne peut se concevoir par "le petit bout de la lorgnette", c'est-à-dire par la grille de lecture d'une seule discipline, des interconnexions doivent exister.
Elle pourrait se concrétiser par le renforcement des enseignements optionnels libres, l’intégration des enseignants de disciplines différentes dans une même équipe pédagogique. Plus précisément, plusieurs étudiants de disciplines différentes, en fin de DEUG, pourraient avoir à présenter ensemble un "Projet Pédagogique Pluridisciplinaire", intégrant par exemple la Philosophie et la Physique, la Géographie et l'Economie, l'Histoire et le Droit…
Enfin, l’étudiant doit acquérir de façon transversale un certain d’outils : les langues étrangères, l'informatique, l'expression orale. Ces outils existent mais doivent devenir des piliers de la formation car ils sont nécessaires à la construction du savoir, à l’entrée dans la vie professionnelle et tout au long de sa vie.
5 Construire une université, c’est construire sa pédagogie.
L’architecture universitaire doit également être au service de la pédagogie. Nous voulons casser les amphis au sens propre et au sens figuré. Qui n’a jamais voulu poser une simple question durant son cours magistral ? Peut-on continuer à étudier dans de bonnes conditions dans des amphis de 300 ou 1000 places ?
Une évolution de la forme architecturale de l’université permettrait la généralisation des cours en petits groupes, l’échange entre étudiants et enseignants, et donc une meilleure transmission des connaissances. Puisqu’il est admis que les cours de type TD paraissent plus adaptés à la pédagogie, pourquoi ne seraient-ils pas au centre des enseignements (en volume horaire) ? Cela permettrait de faire du contrôle continu le mode d'évaluation dominant pour sortir de l’évaluation ponctuelle d'un champ de connaissance restreint, pour mieux cerner les difficultés des étudiants et y remédier. Enfin, cela permettrait également aux étudiants de tirer un meilleur profit des cours dits conférenciers qui devront être moins nombreux.
Ce pari a un coût
C'est un pari ambitieux que de vouloir révolutionner la pédagogie à l'université. Mais ce pari, nous, étudiants, voulons le relever car il n'y a pas de fatalité à l'échec. Notre ambition est de permettre à tous les jeunes d'accéder et de réussir dans l'enseignement supérieur. Cette ambition, nous la voulons collective, avec les personnels et en particulier les enseignants. Elle concerne la nation toute entière qui devra lui accorder les moyens, car celle-ci a un coût ...
... Pour que l'autonomie intellectuelle permette à toute la jeunesse de croire qu'il n'y a pas de rêve impossible.