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[discussions] tribune se-fcpe-unl-unef id sc po : iep de paris-zep

Posté par Anthony Whitney le 5/4.

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Pour insertion sur le forum. Merci.

anthony

Tribune publi=E9e dans Le Monde du 4 avril 2001

D=E9mocratisation de Sciences-Po :=20

attention aux fausses solutions

Par Herv=E9 Baro, Antoine Colombani,=20

Perrine Corcuff, Georges Dupon-Lahitte

L=92annonce de la r=E9forme du recrutement de l=92IEP de Paris a fait =
grand bruit. La v=E9n=E9rable institution de la rue Saint-Guillaume, par =
des conventions pass=E9es avec sept lyc=E9es situ=E9s en ZEP ou en Zone =
Sensible, permettra d=E9sormais =E0 certains lyc=E9ens d=92int=E9grer =
Sciences-Po par une nouvelle proc=E9dure, sans passer par le sacro-saint =
concours d=92entr=E9e. L=92exc=E8s de certaines r=E9actions =
conservatrices est =E0 la mesure de l=92enthousiasme qui s=92empare de =
quelques commentateurs. A lire certaines r=E9actions, on aurait enfin, =
apr=E8s des d=E9cennies d=92=E9chec de l=92Education nationale sur ce =
terrain, trouv=E9 le moyen de d=E9mocratiser notre syst=E8me =E9ducatif =
! L=92initiative de Richard Descoings servirait alors de mod=E8le =
g=E9n=E9ralis=E9 pour briser la s=E9lection sociale =E0 l=92=9Cuvre dans =
l=92enseignement sup=E9rieur. L=92=E9cho m=E9diatique de cette annonce =
ne doit pas masquer les enjeux soulev=E9s par la proposition de =
Sciences-Po. Ceux-ci apparaissent, en effet, beaucoup plus complexes =
qu=92il n=92y para=EEt.


Il faut saluer la d=E9marche de la Direction actuelle de l=92IEP de =
Paris, qui se saisit d=92un probl=E8me dont elle a =E9t=E9 peu soucieuse =
jusqu=92=E0 pr=E9sent. La diversit=E9 sociale n=92est pas de mise dans =
l=92un des =E9tablissements universitaires les plus s=E9lectifs de =
France. Nul besoin de rappeler des chiffres d=E9j=E0 largement =
diffus=E9s dans la presse. Ceux-ci r=E9v=E8lent une situation alarmante, =
pour Sciences-Po, pour l=92enseignement sup=E9rieur, mais aussi pour le =
pays : les =E9lites semblent s=92=E9loigner toujours un peu plus des =
r=E9alit=E9s sociologiques. Le projet de Richard Descoings a au moins le =
m=E9rite d=92attirer l=92attention sur cet =E9tat de fait et, en tentant =
d=92y apporter une r=E9ponse, d=92ouvrir le d=E9bat sur les voies =
d=92une v=E9ritable d=E9mocratisation.


Rejetons d=92embl=E9e le discours conservateur de la " baisse de la =
valeur du dipl=F4me ", ou du " nivellement par le bas ". Derri=E8re ces =
arguments purement id=E9ologiques, se dissimule la d=E9fense de =
l=92ultra-=E9litisme et la r=E9sistance =E0 toute v=E9ritable =
d=E9mocratisation du syst=E8me =E9ducatif. Il n=92y a pas, non plus, de =
raison de penser que les lyc=E9ens entr=E9s rue Saint-Guillaume par =
cette nouvelle voie d=92acc=E8s r=E9ussiront moins bien que les autres. =
Encore faut-il que l=92IEP se montre =E0 la hauteur, en termes de suivi =
p=E9dagogique notamment, pour donner toutes les chances de r=E9ussite =
=E0 ces =E9tudiants. Finalement, on peut penser que l=92exp=E9rience =
initi=E9e par Sciences-Po n=92est pas une mauvaise chose. Elle permettra =
au moins de d=E9montrer que des lyc=E9ens moins favoris=E9s que =
d=92autres " peuvent r=E9ussir des =E9tudes exigeantes puis m=E9riter =
d=92acc=E9der =E0 des postes de haute responsabilit=E9 dans la =
soci=E9t=E9 ", comme le note justement Richard Descoings. Apr=E8s les =
derniers amendements au projet, il est clairement pr=E9cis=E9 que =
celui-ci est de nature exp=E9rimentale, inscrit dans une dur=E9e =
pr=E9cise, et que d=92autres mesures seront envisag=E9es pour mettre fin =
au processus de fermeture sociale consacr=E9 =E0 l=92entr=E9e =E0 =
l=92IEP.


Cette exp=E9rience est donc une avanc=E9e notable, qui m=E9rite =
d=92=EAtre poursuivie. Pourtant, il faut maintenant ouvrir un d=E9bat =
plus large, celui des moyens =E0 mettre en =9Cuvre pour une =
d=E9mocratisation de grande ampleur. Parviendra-t-on r=E9ellement =E0 =
cet objectif en =E9tendant le " projet ZEP " de Sciences-Po, c=92est =E0 =
dire en cr=E9ant une voie d=92acc=E8s diff=E9renci=E9e pour les =
lyc=E9ens de ZEP ? Il faut rappeler qu=92une telle d=E9marche pose un =
probl=E8me essentiel, celui de la distinction d=E9sormais =
institutionnalis=E9e entre ceux qu=92on appellerait d=E9sormais les " =
bacheliers classiques " et les " bacheliers ZEP ". A l=92origine, le =
dispositif des Zones d=92Education Prioritaire entendait donner plus de =
moyens aux lyc=E9es concentrant le plus de difficult=E9s afin que tous =
les lyc=E9ens puissent obtenir, suivant les m=EAmes modalit=E9s, le =
baccalaur=E9at. La cr=E9ation de deux dispositifs d=92entr=E9e =E0 =
Sciences-Po s=E9par=E9s mettrait fin au principe de la proc=E9dure =
d=92admission conditionn=E9e par le dipl=F4me national =96 le =
baccalaur=E9at =96 ou par un niveau d=92=E9tudes d=E9termin=E9 (Bac+1 ou =
Bac+3). A l=92IEP, ce serait d=E9sormais le lyc=E9e d=92origine =96 =
selon qu=92il soit class=E9 ZEP ou non, qu=92il ait sign=E9 une =
convention avec Sciences-Po ou non =96 qui d=E9terminerait =
l=92admission. Si une telle conception venait =E0 se g=E9n=E9raliser, =
les =E9tudiants les moins favoris=E9s seraient les premi=E8res victimes =
d=92un recrutement dont les modalit=E9s seraient d=E9termin=E9es =
prioritairement par l=92=E9tablissement d=92origine. La =
g=E9n=E9ralisation de tels m=E9canismes dans notre syst=E8me =E9ducatif =
constituerait un v=E9ritable danger, introduisant qu=92on le veuille ou =
non une logique de " quota ". Malgr=E9 toutes les d=E9ficiences de =
l=92enseignement secondaire, la place du baccalaur=E9at comme symbole =
d=92une =E9galit=E9 de droit =E0 l=92acc=E8s dans l=92enseignement =
sup=E9rieur reste un acquis social fondamental.


De m=EAme, le risque pour notre syst=E8me =E9ducatif serait tr=E8s grand =
de voir des dispositifs semblables se substituer =E0 une r=E9elle =
politique de d=E9mocratisation, s=92attachant =E0 briser les =
m=E9canismes de s=E9lection sociale =E0 l=92=9Cuvre d=E8s =
l=92enseignement primaire. A Sciences-Po m=EAme, la tentation sera forte =
de se pr=E9valoir des quelques lyc=E9ens de ZEP entr=E9s par cette =
nouvelle voie d=92admission pour nier la n=E9cessit=E9 de r=E9formes de =
plus grande ampleur. Pour preuve, une =E9tude sociologique r=E9alis=E9e =
cette ann=E9e par Madani Cheurfa et Vincent Tiberj sur le concours =
d=92entr=E9e en 1er cycle de 1998, affirme tr=E8s clairement que non =
seulement celui-ci reproduit la s=E9lection sociale issue de =
l=92enseignement secondaire, mais qu=92il constitue lui-m=EAme un biais =
social suppl=E9mentaire. Or, on peut encore lire dans des documents de =
la Direction de Sciences-Po que " les examens d=92entr=E9e =E0 =
Sciences-Po en 1er cycle sont remarquables et efficaces. Ils permettent =
de s=E9lectionner d=92excellents =E9tudiants aptes =E0 suivre une =
scolarit=E9 =E0 Sciences-Po avec les meilleures chances de succ=E8s. =
Pourquoi s=92en priver ? ". Aux r=E9formes de fond, on pr=E9f=E8rera =
toujours introduire des modalit=E9s d=E9rogatoires corrigeant les =
statistiques =E0 la marge. La Direction de l=92IEP a, certes, fini par =
accepter de lancer une r=E9flexion sur de nouvelles mesures permettant =
une d=E9mocratisation plus large. Il reste =E0 savoir si elle =
s=92engagera r=E9ellement dans une politique ambitieuse pour atteindre =
l=92objectif fix=E9.


Il faut aujourd=92hui mettre en garde contre des solutions de facilit=E9 =
qui pourraient figer l=92ensemble de l=92=E9difice. Finalement, la =
d=E9marche initi=E9e par Richard Descoings n=92est pas aussi novatrice =
qu=92on le pense. Elle ne se d=E9marque pas fondamentalement de la =
vieille id=E9ologie de l=92 " =E9litisme r=E9publicain " qui maintenait =
un syst=E8me =E9ducatif " de classe " en n=92offrant des chances de =
r=E9ussite qu=92aux plus m=E9ritants des classes populaires. =
Aujourd=92hui, concr=E8tement, l=92IEP maintient des modalit=E9s =
d=92admission permettant de recruter 80% d=92=E9tudiants issus des =
classes dites " sup=E9rieures " (enfants de cadres, de chefs =
d=92entreprise, d=92enseignants, de professions lib=E9rales), et cr=E9e =
une voie d=92acc=E8s parall=E8le s=E9lectionnant une dizaine =
d=92=E9tudiants =E0 " hauts potentiels " issus d=92=E9tablissements =
sensibles. Il ne s=92agit pas, ici, de nier les vertus de =
l=92exp=E9rimentation. Celle-ci peut effectivement permettre de =
bouleverser certaines id=E9es re=E7ues, et reste pr=E9f=E9rable au statu =
quo. Mais on observe une tendance g=E9n=E9rale, en ce qui concerne =
l=92Ecole, =E0 rejeter toutes les r=E9formes qui s=92imposent dans le =
champ " exp=E9rimental ", mani=E8re insidieuse de les marginaliser.


Pourquoi l=92IEP, avec le Minist=E8re de l=92Education nationale, ne =
s=92engagerait-il pas dans une politique volontariste pour r=E9tablir =
l=92=E9galit=E9 des chances =E0 l=92entr=E9e ? Il faudrait, certes, =
poser =E0 terme la question de la s=E9lection =E0 l=92entr=E9e, impulser =
des r=E9formes profondes dans l=92enseignement primaire comme dans le =
secondaire en mettant l=92=E9l=E8ve " au centre du syst=E8me ". Mais =
Sciences-Po n=92est pas aujourd=92hui dans l=92incapacit=E9 de =
diversifier de mani=E8re beaucoup plus large son recrutement social. =
Elle peut commencer par faire en sorte que les modalit=E9s d=92admission =
soient les moins injustes possibles. Il faut, par exemple, remettre en =
cause l=92existence d=92une =E9preuve de culture g=E9n=E9rale (sans =
programme !) =E0 l=92entr=E9e, et le r=F4le discriminant des =E9preuves =
de langues (dont l=92exigence =E0 l=92entr=E9e n=92a rien =E0 voir avec =
les r=E9alit=E9s p=E9dagogiques de l=92IEP). Pourquoi ne pas diversifier =
les options possibles lors des concours d=92entr=E9e ? Pourquoi ne pas =
valoriser les =E9l=E8ves des fili=E8res techniques et professionnelles, =
avec des =E9preuves adapt=E9es =E0 la formation qu=92ils ont re=E7ue ? =
Enfin, pourquoi l=92IEP de Paris ne se pr=E9occuperait-il pas de =
financer des pr=E9parations publiques au concours de Sciences-Po, dans =
les lyc=E9es de ZEP, dans les Universit=E9s et ailleurs ? Pourquoi ne =
pas faciliter l=92entr=E9e en 2=E8me cycle d=92=E9tudiants en fili=E8res =
courtes (BTS, DUT) ? D=92autre part, quand l=92IEP se d=E9cidera-t-il =
=E0 lancer des campagnes ambitieuses d=92information, en particulier =
dans les lyc=E9es qui en ont le plus besoin ? Avec une politique de =
d=E9mocratisation d=92une ampleur suffisante, la diversification du =
recrutement social de Sciences-Po serait sans commune mesure avec les =
r=E9sultats que produiront les " conventions ZEP ". L=92IEP de Paris =
doit aujourd=92hui se poser toutes ces questions, faire le choix d=92une =
v=E9ritable d=E9mocratisation. Surtout, elle doit envisager des =
solutions pouvant contribuer =E0 une transformation plus globale du =
syst=E8me =E9ducatif, sans laquelle aucun changement d=92ampleur ne =
pourra se produire.




Herv=E9 Baro, secr=E9taire g=E9n=E9ral du Syndicat des Enseignants =
(UNSA-Education)


Antoine Colombani, vice-pr=E9sident =E9tudiant du Conseil de Direction =
de Sciences-Po, pr=E9sident de l=92UNEF-ID Sciences-Po


Perrine Corcuff, pr=E9sidente de l=92Union Nationale Lyc=E9enne (UNL)


Georges Dupon-Lahitte, pr=E9sident de la F=E9d=E9ration des Conseils de =
Parents d=92El=E8ves (FCPE)









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Pour insertion sur = le forum.=20 Merci.

anthony

Tribune publiée dans Le Monde du 4 avril=20 2001

Démocratisation de Sciences-Po :

attention aux fausses solutions

Par Hervé Baro, Antoine Colombani,

Perrine Corcuff, Georges = Dupon-Lahitte

L’annonce de la=20 réforme du recrutement de l’IEP de Paris a fait grand = bruit. La=20 vénérable institution de la rue Saint-Guillaume, par des=20 conventions passées avec sept lycées situés en ZEP = ou en=20 Zone Sensible, permettra désormais à certains = lycéens=20 d’intégrer Sciences-Po par une nouvelle procédure, = sans=20 passer par le sacro-saint concours d’entrée. = L’excès=20 de certaines réactions conservatrices est à la mesure de=20 l’enthousiasme qui s’empare de quelques commentateurs. A = lire=20 certaines réactions, on aurait enfin, après des = décennies=20 d’échec de l’Education nationale sur ce terrain,=20 trouvé le moyen de démocratiser notre système=20 éducatif ! L’initiative de Richard Descoings servirait = alors de=20 modèle généralisé pour briser la = sélection=20 sociale à l’œuvre dans l’enseignement = supérieur.=20 L’écho médiatique de cette annonce ne doit pas = masquer les=20 enjeux soulevés par la proposition de Sciences-Po. Ceux-ci = apparaissent,=20 en effet, beaucoup plus complexes qu’il n’y=20 paraît.

Il faut saluer la démarche de la = Direction=20 actuelle de l’IEP de Paris, qui se saisit d’un = problème dont=20 elle a été peu soucieuse jusqu’à = présent. La=20 diversité sociale n’est pas de mise dans l’un des=20 établissements universitaires les plus sélectifs de = France. Nul=20 besoin de rappeler des chiffres déjà largement = diffusés=20 dans la presse. Ceux-ci révèlent une situation alarmante, = pour=20 Sciences-Po, pour l’enseignement supérieur, mais aussi pour = le pays=20 : les élites semblent s’éloigner toujours un peu = plus des=20 réalités sociologiques. Le projet de Richard Descoings a = au moins=20 le mérite d’attirer l’attention sur cet état = de fait=20 et, en tentant d’y apporter une réponse, d’ouvrir le=20 débat sur les voies d’une véritable=20 démocratisation.

Rejetons = d’emblée le=20 discours conservateur de la " baisse de la valeur du diplôme = ",=20 ou du " nivellement par le bas ". Derrière ces = arguments=20 purement idéologiques, se dissimule la défense de=20 l’ultra-élitisme et la résistance à toute=20 véritable démocratisation du système = éducatif. Il=20 n’y a pas, non plus, de raison de penser que les lycéens=20 entrés rue Saint-Guillaume par cette nouvelle voie = d’accès=20 réussiront moins bien que les autres. Encore faut-il que = l’IEP se=20 montre à la hauteur, en termes de suivi pédagogique = notamment,=20 pour donner toutes les chances de réussite à ces = étudiants.=20 Finalement, on peut penser que l’expérience initiée = par=20 Sciences-Po n’est pas une mauvaise chose. Elle permettra au moins = de=20 démontrer que des lycéens moins favorisés que=20 d’autres " peuvent réussir des études = exigeantes puis=20 mériter d’accéder à des postes de haute=20 responsabilité dans la société ", comme le = note=20 justement Richard Descoings. Après les derniers amendements au = projet, il=20 est clairement précisé que celui-ci est de nature=20 expérimentale, inscrit dans une durée précise, et = que=20 d’autres mesures seront envisagées pour mettre fin au = processus de=20 fermeture sociale consacré à l’entrée = à=20 l’IEP.

Cette = expérience est donc=20 une avancée notable, qui mérite d’être = poursuivie.=20 Pourtant, il faut maintenant ouvrir un débat plus large, celui = des moyens=20 à mettre en œuvre pour une démocratisation de grande = ampleur. Parviendra-t-on réellement à cet objectif en=20 étendant le " projet ZEP " de Sciences-Po, c’est = à=20 dire en créant une voie d’accès = différenciée=20 pour les lycéens de ZEP ? Il faut rappeler qu’une telle=20 démarche pose un problème essentiel, celui de la = distinction=20 désormais institutionnalisée entre ceux qu’on = appellerait=20 désormais les " bacheliers classiques " et les "=20 bacheliers ZEP ". A l’origine, le dispositif des Zones=20 d’Education Prioritaire entendait donner plus de moyens aux = lycées=20 concentrant le plus de difficultés afin que tous les = lycéens=20 puissent obtenir, suivant les mêmes modalités, le=20 baccalauréat. La création de deux dispositifs=20 d’entrée à Sciences-Po séparés = mettrait fin au=20 principe de la procédure d’admission conditionnée = par le=20 diplôme national – le baccalauréat – ou par un = niveau=20 d’études déterminé (Bac+1 ou Bac+3). A = l’IEP,=20 ce serait désormais le lycée d’origine – selon = qu’il soit classé ZEP ou non, qu’il ait signé = une=20 convention avec Sciences-Po ou non – qui déterminerait=20 l’admission. Si une telle conception venait à se=20 généraliser, les étudiants les moins = favorisés=20 seraient les premières victimes d’un recrutement dont les=20 modalités seraient déterminées prioritairement par=20 l’établissement d’origine. La = généralisation de=20 tels mécanismes dans notre système éducatif = constituerait=20 un véritable danger, introduisant qu’on le veuille ou non = une=20 logique de " quota ". Malgré toutes les = déficiences de=20 l’enseignement secondaire, la place du baccalauréat comme = symbole=20 d’une égalité de droit à l’accès = dans=20 l’enseignement supérieur reste un acquis social=20 fondamental.

De même, le = risque pour=20 notre système éducatif serait très grand de voir = des=20 dispositifs semblables se substituer à une réelle = politique de=20 démocratisation, s’attachant à briser les = mécanismes=20 de sélection sociale à l’œuvre dès=20 l’enseignement primaire. A Sciences-Po même, la tentation = sera forte=20 de se prévaloir des quelques lycéens de ZEP entrés = par=20 cette nouvelle voie d’admission pour nier la = nécessité de=20 réformes de plus grande ampleur. Pour preuve, une étude=20 sociologique réalisée cette année par Madani = Cheurfa et=20 Vincent Tiberj sur le concours d’entrée en 1er = cycle de=20 1998, affirme très clairement que non seulement celui-ci = reproduit la=20 sélection sociale issue de l’enseignement secondaire, mais=20 qu’il constitue lui-même un biais social = supplémentaire. Or,=20 on peut encore lire dans des documents de la Direction de Sciences-Po = que "=20 les examens d’entrée à Sciences-Po en 1er = cycle=20 sont remarquables et efficaces. Ils permettent de sélectionner=20 d’excellents étudiants aptes à suivre une = scolarité=20 à Sciences-Po avec les meilleures chances de succès. = Pourquoi=20 s’en priver ? ". Aux réformes de fond, on=20 préfèrera toujours introduire des modalités=20 dérogatoires corrigeant les statistiques à la marge. La = Direction=20 de l’IEP a, certes, fini par accepter de lancer une = réflexion sur=20 de nouvelles mesures permettant une démocratisation plus large. = Il reste=20 à savoir si elle s’engagera réellement dans une = politique=20 ambitieuse pour atteindre l’objectif fixé.

Il faut = aujourd’hui mettre=20 en garde contre des solutions de facilité qui pourraient figer=20 l’ensemble de l’édifice. Finalement, la = démarche=20 initiée par Richard Descoings n’est pas aussi novatrice = qu’on=20 le pense. Elle ne se démarque pas fondamentalement de la vieille=20 idéologie de l’ " élitisme républicain = "=20 qui maintenait un système éducatif " de classe " = en=20 n’offrant des chances de réussite qu’aux plus=20 méritants des classes populaires. Aujourd’hui, = concrètement,=20 l’IEP maintient des modalités d’admission permettant = de=20 recruter 80% d’étudiants issus des classes dites "=20 supérieures " (enfants de cadres, de chefs = d’entreprise,=20 d’enseignants, de professions libérales), et crée = une voie=20 d’accès parallèle sélectionnant une dizaine=20 d’étudiants à " hauts potentiels " issus=20 d’établissements sensibles. Il ne s’agit pas, ici, de = nier=20 les vertus de l’expérimentation. Celle-ci peut = effectivement=20 permettre de bouleverser certaines idées reçues, et reste=20 préférable au statu quo. Mais on observe une tendance=20 générale, en ce qui concerne l’Ecole, à = rejeter=20 toutes les réformes qui s’imposent dans le champ "=20 expérimental ", manière insidieuse de les=20 marginaliser.

Pourquoi l’IEP, = avec le=20 Ministère de l’Education nationale, ne = s’engagerait-il pas=20 dans une politique volontariste pour rétablir=20 l’égalité des chances à l’entrée = ? Il=20 faudrait, certes, poser à terme la question de la = sélection=20 à l’entrée, impulser des réformes profondes = dans=20 l’enseignement primaire comme dans le secondaire en mettant=20 l’élève " au centre du système ". = Mais=20 Sciences-Po n’est pas aujourd’hui dans = l’incapacité de=20 diversifier de manière beaucoup plus large son recrutement = social. Elle=20 peut commencer par faire en sorte que les modalités = d’admission=20 soient les moins injustes possibles. Il faut, par exemple, remettre en = cause=20 l’existence d’une épreuve de culture = générale=20 (sans programme !) à l’entrée, et le rôle = discriminant=20 des épreuves de langues (dont l’exigence à=20 l’entrée n’a rien à voir avec les=20 réalités pédagogiques de l’IEP). Pourquoi ne = pas=20 diversifier les options possibles lors des concours = d’entrée ?=20 Pourquoi ne pas valoriser les élèves des filières=20 techniques et professionnelles, avec des épreuves adaptées = à la formation qu’ils ont reçue ? Enfin, pourquoi=20 l’IEP de Paris ne se préoccuperait-il pas de financer des=20 préparations publiques au concours de Sciences-Po, dans les = lycées=20 de ZEP, dans les Universités et ailleurs ? Pourquoi ne pas = faciliter=20 l’entrée en 2ème cycle = d’étudiants=20 en filières courtes (BTS, DUT) ? D’autre part, quand = l’IEP se=20 décidera-t-il à lancer des campagnes ambitieuses=20 d’information, en particulier dans les lycées qui en ont le = plus=20 besoin ? Avec une politique de démocratisation d’une = ampleur=20 suffisante, la diversification du recrutement social de Sciences-Po = serait sans=20 commune mesure avec les résultats que produiront les " = conventions=20 ZEP ". L’IEP de Paris doit aujourd’hui se poser toutes = ces=20 questions, faire le choix d’une véritable = démocratisation.=20 Surtout, elle doit envisager des solutions pouvant contribuer à = une=20 transformation plus globale du système éducatif, sans = laquelle=20 aucun changement d’ampleur ne pourra se produire.

 

Hervé Baro, = secrétaire général du Syndicat des Enseignants=20 (UNSA-Education)

Antoine Colombani, = vice-président étudiant du Conseil de Direction de = Sciences-Po,=20 président de l’UNEF-ID Sciences-Po

Perrine Corcuff,=20 présidente de l’Union Nationale Lycéenne = (UNL)

Georges = Dupon-Lahitte,=20 président de la Fédération des Conseils de Parents=20 d’Elèves (FCPE)

 

 

 

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