[discussions] Des finalités du système universitaire
Posté par =?iso-8859-1?q?Pascal=20Jo=EBl?= le 27/3.
Article extrait de Factuel n°84 (10 mars 2001) sans
leur autorisation (hiark hiark !)
Une université en devenir ?
Par Fabien Gaulué
Membre du Conseil d’Administration d’Anima Fac
« Comme il est d’usage de considérer le système
scolaire selon sa propre expérience d’élève, nombre de
nos concitoyens placent encore au centre des
enseignements universitaires les fameux cours
magistraux, animés par des mandarins à distance
respectable d’un auditoire subjugué. La massification
des effectifs étudiants a bouleversé ce schéma.
« Avec l’arrivée de « nouveaux publics », moins
encadrés par leurs parents, moins prêts
méthodologiquement, le taux d’échec, notamment en DEUG
a atteint au début des années 90 des records. D’aucuns
ont d’ailleurs considéré que l’université opérait
ainsi la sélection que lui refusait le retrait du
projet de loi d’Alain Devaquet en 1986.
« La puissance publique a pu pendant un temps préféré
inscrire les jeunes à l’université, même avec des
chances faibles de réussite, plutôt qu’à l’ANPE, où
ils auraient gonflé les chiffres désastreux du
chômage. Mais ce gâchis ne pouvait durer.
Progressivement, à la fois globalement (modification
des arrêtés des DEUG, instauration du tutorat…) et
localement, un certain nombre de mesures ont été
prises pour réduire la proportion de jeunes sortant
sans diplôme de l’enseignement supérieur.
« Les deux principales réponses tiennent dans la
facilité de réorientation d’une part, dans
l’amélioration de l’encadrement d’autre part.
« En multipliant les travaux dirigés et pratiques, en
développant le contrôle continu, l’Université s’est
ouverte à des pratiques propres au secondaire. Cet
encadrement plus fort a porté la réussite des
étudiants, mais en négligeant de questionner
l’apprentissage de l’autonomie.
« Le risque est là : que les succès emportés ne soient
valables que dans une course aux diplômes peu
profitable à la formation fondamentale des individus.
« N’est-ce pas une singularité déterminante de
l’université française ? Plus elle va, plus elle note,
quantifie, classe, valide… Au contraire d’autres
modèles, dans les pays anglo-saxons, ou en
Scandinavie, où les étudiants, incités à multiplier
les expériences en terme de formation, d’engagement,
de découverte d’autres cultures nationales, se
contentent d’un examen de fin d’études, en France
chaque étape est sanctionnée par un diplôme monnayable
sans autre considération sur le marché du travail.
« La volonté d’harmonisation européenne favorisera
peut-être l’évolution des mentalités. Malgré les
remous provoqués par la parution du rapport Attali,
bientôt suivi de travaux coordonnés par le recteur
Monteil, le système 3-5-8 recueille aujourd’hui un
large assentiment : un premier niveau diplômant à
hauteur de la licence, un second avec le Diplôme
d’Etudes Supérieures Spécialisées (DESS), un dernier
avec la thèse. Mais cela donnera-t-il lieu à une
simplification ou au contraire nouvelle juxtaposition
?
« La France universitaire se retrouve aujourd’hui
devant une alternance délicate. La poursuite de
l’amélioration de l’encadrement a démontré son
efficacité contre les échecs scolaires. Elle est en
outre revendiquée par une majorité d’élus étudiants.
Elle peut aller de pair avec une professionnalisation
des études appelée par la plupart des étudiants. Mais
elle peut aisément se confondre avec une
secondarisation des études et entraîner
l’affaiblissement du lien entre la recherche et
l’enseignement.
« Un autre pari est envisageable, prenant à rebours
les tenants de la professionnalisation des études dès
l’après-bac. Pourquoi ne pas miser sur l’apprentissage
des « humanités » et chercher à dépasser les
contraintes scolaires du classement semestriel des
élèves ? Il semble en effet que, malgré nombre de
bonnes volontés, le système éducatif n’ait pas d’abord
vocation à apprendre un métier mais plutôt à permettre
de gagner en autonomie, de progresser par soi-même, de
s’approprier son histoire et définir son avenir,
d’évoluer en société et éprouver une majorité
citoyenne récemment acquise à travers une
participation active, éventuellement dans le cadre des
corps intermédiaires (syndicats, associations, etc.).
« Ce sont en tout cas les finalités du système
universitaire qu’il conviendrait de questionner pour
motiver ces choix politiques lorsque la plupart des
débats semblent trop souvent se cantonner dans une
approche de courte vue ».
___________________________________________________________
Do You Yahoo!? -- Pour dialoguer en direct avec vos amis,
Yahoo! Messenger : http://fr.messenger.yahoo.com
---------------------------------------------------------------------
Ce message vous a été envoyé via le forum de discussion du site des AGE de l'UNEF, http://unef.org
Pour intervenir sur le forum,envoyez vos messages à discussions@unef.org. Pour vous désabonner,envoyez un message à: discussions-unsubscribe@unef.org. Pour plus d'informations sur le fonctionnement du forum, écrivez à: discussions-help@unef.org