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[discussions] Le retour de Trissotin

Posté par Emmanuel Lyasse le 13/3.

piece jointe : TEXT/HTML
Ça faisait longtempsŠ
Retour de Charby dans son rôle préféré: le valet du Pouvoir caché sous les
oripeaux du grand-prêtre de la Révolution. L'impitoyable traqueur de
mandarins et d'agrégés pour le compte des malheureux ministres victimes de
ces odieux oppresseurs. Le philosophe-roi en guerre héroïque contre les
faits.
Ne cherchez pas dans sa prose imprécatrice et baveuse les mots "CAPES",
"IUFM", "Agrégation". C'est le sujet à traiter, mais notre phénix des
chargés de TD est au-dessus de ces contingences. Peu importe le bilan des
IUFM, que ses plus fervents défenseurs ont renoncé à contester. Peu importe
ce que contient le rapport Lang. Peu importe ce qu'est l'enseignement, ce
que peut être son rôle dans l'évolution du rapport de forces entre les
classes. Peu importent les analyses remarquablement précises et argumentées,
si certains points peuvent et doivent bien sûr en être discutés, du texte
qu'il pourfend. Peu importent mes plus modestes remarques sur ce sujet sur
ce forum, auxquelles je renvoie..
Le prêche charbyque est au dessus de ces sortes de contingences. Le prêtre a
entrevu ce qu'il déteste par dessus tout: un professeur. Alors il insulte,
il pontifie, il anathématise, il nous récite le couplet vieux de trente ans
sur les cours magistraux. Et, à titre d'argument, pour appuyer son autorité
il nous raconte sa vie. Il est un grand syndicaliste et un grand
révolutionnaire, depuis 1992 au moins, donc il a raison, forcément. A
genoux, misérables petits merdeux bordelais qui n'étiez même pas nés quand
le grand Charby inventait la loi Savary (pas de quoi être fier, d'ailleurs)
!
Un roquet qui se prend pour un chien de garde...
"La lutte des idées étant au c¦ur de la lutte sociale, ces aventures de
l'inintelligence n'ont de sens que par rapport à elle" (Didier Motchane)
EL

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De : Vincent Charbonnier 
À : Forum UNEF , "FAEB (UNEF-Bordeaux)"
, BN-UNEF 
Objet : [discussions] La Cordoba ou au cou ?
Date : Mar 13 mars 2001 22:34


Malgré le fait que l'actualité se porte plus sur Montpellier ou sur Metz en
ce moment, je voudrais réagir, avec un peu de retard et brièvement, sur le
document que les camarades de Bordeaux ont diffusé, émanant de Pierre
Cordoba, dont j'ai déjà eu l'occasion de lire la prose. Et je dois avouer
mon irritation, pour ne pas dire plus, à l'égard de ce discours et mon
désarroi devant le constat que son discours est relayé sans même être évalué
ou critiqué. Si, comme je le pense, les camarades de Bordeaux ont cru bien
faire en rediffusant le message de Cordoba, je les invite à re-lire les
commentaires d'icelui. Ce genre de discours clairement et basiquement anti
(-Lang, -professionnalisation, anti-médiocrité, etc.), attaque ad hominem en
fait, est définitivement irrecevable car frelaté et trompeur.

Quand ce monsieur parle, je le cite en gras : "Et ce qu’on nous demande,
c’est de mettre en place une formation professionnelle au métier
d’enseignant pour la masse des quasi analphabètes qui peuplent nos amphis.
Que nos étudiants ne voient dans cette phrase aucune marque de mépris.
L’analphabétisme est un malheur. Ce n’est pas un crime", ce qu'il dit est
une insulte a peine voilée et masquée sous les apparences de la pirouette
qui sied à ce genre de rhéteurs démagogues. Le reste est à l'avenant (le
long développement liminaire plein de grandiloquence sur la glorieuse
histoire de l'université française est affligeant de boursouflure). Car au
fond, derrière le pseudo-discours gauchiste, on retrouve les antiennes
classiques et archi-usées, d'un A. Finkelkraut ou d'un J. Gaubert (un
nantais que je connais bien), sur l'école républicaine, le "pédagogisme",
l'abandon de l'instruction publique et dans une moindre mesure de
l'éducation au profit d'une commune dégradation ou supposée telle, en
enseignement et formation, ou pis encore en pédagogie (quel horrible mot).
Bref, ce monsieur nous ressert les stériles oppositions métaphysiques de
bien peu de valeur mais qui donnent le change, masquant le profond
conservatisme, infiniment plus dangereux que le réformisme langien, estimant
au fond que la pédagogie est un gros mot, et que pour bien enseigner il
suffit d'être un cador (intellectuel entre autres) dans sa discipline.

Or, et pour m'en tenir à ma discipline d'origine, la philosophie, on sait
qu'elle crève, à l'université, comme au lycée, de son archaïsme congénital
depuis la 3e République, cette vaniteuse affirmation qu'elle serait à elle
même sa propre pédagogie, en d'autre termes, qu'on ne peut pas former à son
enseignement, qu'il faut avoir été touché, en quelque sorte, par la grâce
(laïque) de la déesse républicaine philosophie pour enseigner. On ne devient
pas philosophe parce qu'on en a les capacités ou le désir, mais par un
décret divin. Platon n'est plus très loin : re-lisez attentivement le "Mythe
de la Caverne" dans le Livre VII de la République et le commentaire décapant
mais très juste de Jacques Rancière dans Le philosophe et ses pauvres
(Fayard, 1983).

Bref, l'enseignement mourrait aujourd'hui d'un trop plein de pédagogie. Où
plutôt, celle-ci serait une inacceptable concession à la démocratisation de
l'école -massification pour l'université- qui a permis une sévère élévation
des qualifications depuis la fin de la 2e guerre mondiale. Il est d'ailleurs
remarquable que l'on ne parle pas, concernant l'université, de
démocratisation mais bien de massification. Car l'université -et le
mouvement de mai 1968 qui se révèle définitivement à nos yeux ébahis, 30 ans
après, comme une brillante révolution de palais, n'y a au fond rien changé,
n'a pas permis le plein déploiement de ce processus de démocratisation.
Faute de moyens bien sûr, mais aussi et surtout, faute de volonté politique
d'une grosse fraction de ses piliers, les universitaires. Ceux-ci se sont
maigrement battus en 1992, contre la réforme Jospin (en fait élaborée par F.
Demichel, toujours fidèle au poste du reste). Dans la rue et dans les AG, je
peux vous dire, moi qui y étais, les enseignants ne s'y bousculaient pas
trop, sauf quelques syndiqués du SNESup, bien seuls, trop seuls. Ceux-la
mêmes qui firent le gros dos quand Savary élabora sa loi sur l'enseignement
supérieur, avec Mitterrand qui lui mettait des bâtons dans les roues, on le
sait désormais, sortent du bois et hurlent avec les loups contre la
décadence "pédagogiste" de l'éducation et accessoirement de l'université.

Moi même chargé d'enseignement à l'université, je constate que cette
dernière ne meurt du soi disant trop plein de pédagogie, elle en manque
plutôt et au plus haut point. Arrivera t-on un jour à s'interroger
sérieusement sur la valeur, mieux la pertinence, pédagogique et/ou
didactique d'un cours d'amphi pour des étudiants de 1er cycle ? Pour ma
part, je doute de manière croissante de cette pertinence. Ne faudrait-il pas
renverser complètement la perspective et "rejeter" la forme CM en 2e cycle,
voire en 3e, au profit des TD en 1er cycle. Cette mesure est une mesure à
double coû(p)t. Financier, parce qu'il faudrait plus d'enseignants et
symbolique, parce que l'on prendrait en compte ce que nombre
d'universitaires ne veulent pas admettre, l'hétérogénéité des publics
entrant à l'université, hétérogénéité factuelle qu'il n'est pas possible de
dénier, sauf en se drapant dans la mandarinat post-moderne comme P. Cordoba,
et d'autres, puisqu'il n'est malheureusement pas seul, ou sauf, pour
paraphraser Brecht, à changer non de peuple mais d'étudiants. Il ne s'agit
pas non plus de faire, symétriquement, l'éloge de l'hétérogène comme la
garantie d'une bonne et saine pluralité brisant les moules reproducteurs
(veine libéralo-libertaire/anarcho-madeliniste).

Bref, avant de passer les plats, goûtons les. Quitte à s'empoisonner, soyons
le moins nombreux possible.
Et poursuivons le débat

Amitiés syndicales

Vincent Charbonnier, Nantes

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Vincent Charbonnier
Ingénieur d'études délégué à la diffusion (Région Centre-Ouest)>CID-Maison
des sciences de l'homme de Paris
Chargé d'enseignement en Informatique et technologies de
l'information>départements de Sciences de l'éducation & de
Sociologie-Université de Nantes
Doctorant en Philosophie>Université de Nice-Sophia Antipolis
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