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[discussions] Les Moyens et la fin

Posté par Emmanuel Lyasse le 11/3.

Assistons-nous à un renouveau du mouvement étudiant ? Après deux d'atonie,
les grèves se multiplient dont certaines, celle de Montpellier III surtout
semblent pouvoir durer. Il y a de quoi, a priori, rendre optimiste tous
ceux, dont je fus, que le rapide épuisement du mouvement de
novembre-décembre 1998 et l'échec de sa tentative de relance par
l'intersyndicale ECRA avait fait douter.
On m'en voudra sans doute d'émettre des réserves. Mais, malgré les louables
efforts de quelques-uns pour introduire autre chose dans les plates-formes
des AG, ce mouvement me semble hélas borné à la sempiternelle revendications
de "moyens". Notre lutte dans l'UNEF depuis des années reposait sur le refus
de cette revendication, et l'argument qu'on ne peut réclamer des moyens sans
préciser pour quoi faire, sans risquer de voir sa lutte détournée par le
pouvoir. "Des moyens", il prétend être prêt à en donner, mais pour casser
l'Université publique, comme il le fait depuis trente ans, des moyens pour
financer la prise en min croissante de l'enseignement supérieur par le
patronat. Nous avons toujours donc avancé que nous ne voulions pas des
moyens pour appliquer les réformes, mais la suppression des réformes et un
réinvestissement massif de l'Etat pour développer l'objectif d'une
Université publique de qualité ouverte à tous, dont on n'a cessé de
s'éloigner depuis plus de trente ans.
Les mêmes me répondront sans doute que c'est un début, que la prise de
conscience viendra au fur et à mesure du développement du mouvement. Ce
n'est pas ce qu'indique l'expérience de mobilisations passées. L'archétype
en est bien sûr le mouvement de novembre 1995. Une camarade de l'U-ID,
Sophie Vienne-Mattoug, a récemment sur ce forum vendu la mèche en disant que
pour elle la réforme Bayrou était un des acquis de ce mouvement. Si le terme
"acquis" est bien sûr à rejeter avec indignation, il n'est pas faux qu'elle
en est une conséquence directe.
Le manque de moyens dont souffre l'Université publique est le symptôme
principal de sa crise, résultant de la contradiction entre ce qu'elle est,
du fait à la fois de son héritage historique et des aspirations ddes
étudiants et des enseignants,  et le rôle que le pouvoir lui assigne. A
dénoncer le symptôme sans analyser la crise, on ouvre la voie à ce dernier
pour qu'il impose sa solution à la crise: la privatisation de l'Université,
qui résout le problème des moyens.
C'est ce qu'on appelait jadis se battre pour le roi de Prusse.
Un syndicat digne de ce nom doit donc prendre appui sur la crise pour lutter
contre la politique à l'¦uvre, et non céder au mouvementisme primaire qui
conduit à suivre tout ce qui bouge, même quand c'est sur ordre de
l'administration.
Je n'affirme certes pas que les mouvements actuels ne sont que cela. Je
m'interroge sur la possibilité qu'ils soient autre chose. La question
cruciale est celle de notre capacité à faire vivre des syndicats capables de
le permettre, et à les unir nationalement.

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