[discussions] Yougoslavie deux ans apres
Posté par Emmanuel Lyasse le 10/3.
piece jointe : TEXT/HTML
Ci-dessous, un article de Michel Collon qui me semble apporter un éclairage
intéressant sur la guerre contre laquelle l'UNEF luttait il y a deux ans
Après le Kosovo, la Macédoine
Que reste-t-il des explications de l'Otan ?
-- Michel Collon
michel.collon@skynet.be 04 246 28 81
Sinistre répétition? Après que les séparatistes albanais de l'UCK aient
attaqué les villages de Presevo en Serbie, après qu'ils aient tué sept
civils serbes du Kosovo en jetant une bombe dans un autobus, voici qu'ils
portent la guerre dans la Macédoine voisine. Et, à nouveau, des réfugiés
sont précipités sur les routes. Va-t-on vers une nouvelle escalade dans les
Balkans?
En fait, ces événements permettent de mieux comprendre ce qui s'est passé en
1999. Dans cette situation complexe (parce que tout est fait pour
désorienter l'opinion publique), Michel Collon répond avec clarté aux
principales interrogations:
MICHEL COLLON
1. La Macédoine est-elle une région stratégique?
Oui, expliquions-nous dans notre livre Monopoly en citant le général
Jackson, commandant des troupes de l'Otan: "Nous resterons certainement ici
longtemps afin de garantir la sécurité des corridors énergétiques qui
traversent la Macédoine." .
"Corridors énergétiques"? Nous avions présenté les cartes géographiques
démontrant les projets de l'Europe (un réseau complet de pipe-lines et
gazoducs la reliant, via les Balkans, aux énormes ressources pétrolières et
gazières du Caucase ex-soviétique) et ceux des Etats-Unis (un pipe-line
Bulgarie - Macédoine - Albanie - Adriatique qui assurerait aux
multinationales pétrolières US le contrôle de cette même route du pétrole et
du gaz). Projets rivaux en fait. Voilà pourquoi toutes les grandes
puissances cherchent depuis dix ans à contrôler la Yougoslavie. La route du
pétrole et du gaz passe par là. Nous soulignions aussi que, dès 1992, c'est
en Macédoine - pourtant très éloignée des zones de conflits - et nulle part
ailleurs que Washington avait envoyé un bataillon.
Soyons francs: même à gauche, certains trouvaient exagéré de suspecter
Washington de desseins aussi noirs… que le pétrole. Mais tout récemment, le
très respectable quotidien britannique Guardian a confirmé: "Un projet
appelé ‘Trans-Balkan Pipeline’ n'a guère été signalé dans la presse
européenne ou américaine. Cette ligne partira du port de Burgas (Mer Noire)
pour joindre l'Adriatique à Vlore, en passant par la Bulgarie, la Macédoine
et l'Albanie. Pour l'Occident, ce sera probablement la principale route vers
le pétrole et le gaz actuellement extraits d'Asie centrale. 750.000 barils
par jour. Un projet nécessaire, selon l'Agence US du Commerce et du
Développement, car "il fournira une source consistante de brut aux
raffineries américaines, attribuera un rôle-clé aux compagnies US pour
développer ce corridor vital est-ouest et fera progresser dans la région les
volontés de privatisation du gouvernement US." Clair, non?
En outre, le secrétaire US à l'Energie, Bill Richardson, a déclaré en 1998,
donc avant la guerre: "Il s'agit de la sécurité énergétique de l'Amérique."
Quand les Etats-Unis parlent de "sécurité énergétique", il faut savoir que
cela veut dire: préserver la domination mondiale et les superprofits de
leurs multinationales pétrolières. Et Richardson poursuit: "Nous voudrions
voir ces pays nouvellement indépendants s'appuyer sur les intérêts
commerciaux et politiques de l'Ouest plutôt que de regarder dans une autre
direction. Nous avons effectué un important investissement politique dans la
région de la Caspienne et il est très important pour nous qu'aussi bien le
tracé du pipeline que la politique soient corrects."
Et le Guardian ajoute ceci, essentiel: "Le 9 décembre 98 (avant la guerre -
ndlr), le président de l'Albanie a assisté à une réunion à ce sujet à Sofia:
“A mon avis personnel, aucune solution demeurant au sein des frontières
serbes n'apportera une paix durable.” Le message pouvait difficilement être
plus clair: si vous voulez l'accord des Albanais pour le pipeline
Trans-Balkan, vous devez enlever le Kosovo aux Serbes."
2. L'offensive de l'UCK est-elle une surprise?
Les Etats-Unis se sont donc acoquinés avec le diable. Car de nombreux
rapports diplomatiques US en attestaient: l'UCK séparatiste assassinait non
seulement des policiers et des civils serbes, mais aussi des Albanais mariés
avec des Serbes ou simplement acceptant de vivre dans l'Etat yougoslave. Et
l'envoyé spécial de Washington dans les Balkans, Robert Gelbard, avait
lui-même affirmé à trois reprises devant la presse internationale, au début
98: "Je vous dis que ces gens de l'UCK sont des terroristes". Mais trois
mois plus tard, ces terroristes étaient miraculeusement transformés en
“combattants de la liberté” et l'Otan allait bientôt devenir leur force
aérienne.
Aujourd'hui, les Etats-Unis feignent la surprise face à "la violence
extrémiste" qui attaque la Macédoine. Belle hypocrisie! Dès juin 98, l'UCK
diffusait parmi ses sympathisants européens une carte de la “Grande
Albanie”. Dans notre livre Monopoly (p. 69), nous reproduisions cette carte
et la commentions: "Outre le Kosovo qui fait partie de la Serbie, cette
Grande Albanie enlèverait de larges territoires à la Macédoine, au
Monténégro et à la Grèce. Des guerres sont donc inévitables si l'UCK peut
réaliser ses plans."
Cette Grande Albanie implique non seulement l'expansionnisme, mais aussi le
nettoyage ethnique. Aujourd'hui, sous les yeux et avec l'accord tacite de
l'Otan, 350.000 non-Albanais ont déjà été expulsés du Kosovo: Serbes, mais
aussi Roms (tziganes), Gorani, Turcs, etc… Le Kosovo est presque “pur”. Une
surprise? Pas vraiment, puisque, le 12 juillet 1982 déjà, le New York Times
interviewait un responsable yougoslave du Kosovo, d'origine albanaise: "Les
nationalistes albanais ont un programme en deux points: d'abord établir une
république albanaise ethniquement pure, et ensuite la fusion avec l'Albanie
pour former une Grande Albanie." D'ailleurs, lors de l'insurrection
anti-yougoslave de 1981, les nationalistes albanais avaient déjà établi une
collaboration étroite entre leurs unités de Macédoine, de Serbie et du
Monténégro.
Tout ceci n'a pas empêché l'influent sénateur US Joseph Lieberman de
déclarer en avril 99: "Les Etats-Unis et l'Armée de Libération du Kosovo
défendent les mêmes valeurs humaines, les mêmes principes. Se battre pour
l'UCK, c'est se battre pour les droits de l'homme et les valeurs
américaines." Bref, USA-UCK, même combat. D'ailleurs, quiconque voyage au
Kosovo peut voir un peu partout, par exemple au-dessus des stations
d'essence, les drapeaux albanais et US étroitement associés.
3. La version de l'Otan tient-elle encore debout?
Que nous disait l'Otan pour justifier ses bombardements meurtriers? 1. Que
sa guerre était humanitaire. Faux: c'était pour le pétrole et pour briser
une économie résistant aux multinationales occidentales et au FMI. 2.
Qu'elle avait tout tenté pour chercher une solution négociée. Faux
également: on sait maintenant qu'il n'y a jamais eu de négociation à
Rambouillet, seulement une comédie pour justifier une guerre déjà décidée.
3. Que c'était une guerre propre. Faux encore: 2000 civils yougoslaves tués,
d'innombrables usines et infrastructures détruites, plus l'usage d'armes
interdites et criminelles: bombes à fragmentation, munitions à uranium…
A présent, le reste de la version officielle s'effondre aussi. On nous
avait dit: "Les problèmes du Kosovo proviennent de Milosevic." Cela ne va
guère mieux avec Kostunica et un gouvernement soumis à l'Ouest!
On nous disait qu'il fallait intervenir pour arrêter un génocide serbe et
établir un Kosovo multiethnique. Mais le général allemand Heinz Loquai a
démontré que le prétendu document “Plan Fer-à-cheval” présenté par le
ministre allemand Scharping était un faux, que le génocide était un
médiamensonge et il vient de qualifier la guerre d' “injustifiée”, accusant
l'Otan d'avoir provoqué deux catastrophes humanitaires: un exode massif des
Albanais, puis un autre des Serbes. Et le général Michaël Rose, qui
commandait les forces ONU en Bosnie, reproche à l'Otan "d'avoir introduit
une culture de violence".
Enfin, pour tenter d'excuser l'actuel nettoyage ethnique au Kosovo, les
supporters de l'Otan et de l'UCK ont prétendu qu'il s'agissait de
"vengeances pour ce que les Serbes avaient fait". Et maintenant, en
Macédoine, où il ne s'est rien passé, sous quel prétexte justifier
l'agression de l'UCK? Il est temps de reconnaître la seule explication
possible: l'UCK vise à établir un Etat ethniquement pur et ne peut réaliser
ce programme que par l'escalade de la haine et par le terrorisme.
4. Washington joue-t-elle double jeu?
Les Etats-Unis feignent de s'indigner des violences actuelles de l'UCK. Mais
on doit faire remarquer plusieurs choses… 1. Ils n'ont pas levé le petit
doigt lorsque l'UCK est sortie du Kosovo pour attaquer la région de Presevo
en Serbie centrale. Pire: l'infiltration s'est produite à partir de la zone…
US d'occupation du Kosovo. 2. Washington et l'Otan prétendent aujourd'hui
"essayer d'arrêter le flux des armes et des combattants vers la Serbie du
Sud et vers la Macédoine" .
Mais quiconque se rend au Kosovo peut observer des barrages et contrôles de
la KFOR tous les cinq kilomètres. Seulement, cette même KFOR travaille avec
des interprètes et autres personnels issus de… l'UCK. Qu'elle a d'ailleurs
transformée en très officiel “Corps de Protection du Kosovo”. Bref, qui ne
cherche pas les armes de l'UCK, ne les trouvera pas.
D'ailleurs, le major Jim Marshall, porte-parole de la KFOR US, a déclaré le
6 mars: "Nous avons identifié entre 75 et 150 rebelles à Tanusevci
(Macédoine), nous les avons entrer et sortir du Kosovo, et se débarrasser de
leurs équipements et de leurs armes avant de passer la frontière." Petite
question stupide: qu'est-ce qui vous empêchait de les arrêter? 45.000
soldats Otan occupent le Kosovo et ne peuvent arrêter 150 terroristes?
5. L'UCK déclenchera-t-elle une nouvelle guerre?
Que va-t-il arriver? Ayant joué sur plusieurs tableaux, les Etats-Unis
peuvent se retrouver coincés. D'un côté, ils continuent d'utiliser l'UCK
pour obtenir davantage de concessions en Serbie: la privatisation totale et
l'élimination du principal parti d'opposition, le SPS (en envoyant son
président à leur tribunal de La Haye). Mais, de l'autre côté, s'ils laissent
l'UCK aller trop loin, ils se mettront à dos des alliés précieux: le
gouvernement macédonien et la Grèce, également menacée par les
revendications de l'UCK. Et aussi Kostunica qui ne peut présenter à son
opinion aucun bilan positif sur le Kosovo, au contraire.
Mais si Washington lâchait l'UCK et renversait ses alliances, il se
pourrait que son allié (en réalité: rival) allemand se mettrait de nouveau à
soutenir clandestinement l'UCK. Laquelle a donc intérêt à pousser plus loin
ses provocations.
Renverser ses alliances? On a déjà tout vu, dans ce style, de la part des
Etats-Unis, par exemple entre Iran, Irak et Syrie. Mais leur but est de
s'assurer dans les Balkans un Etat “porte-avions” comme Israël au
Moyen-Orient. Pour ce faire, le choix n° 1 reste un Etat fantoche albanais
qui devrait tout à Washington. Seulement, les puissances européennes
refusent une modification des frontières dans les Balkans. Celle-ci
provoquerait de nouvelles guerres et déstabiliserait les projets de
"corridors" décrits plus haut.
Une chose est sûre: l'intervention de l'Otan, pour des intérêts cachés, n'a
pas amené et n'amènera pas la paix.
La version complète de cet article (comportant aussi les points suivants:
6. Que fera l'Otan face aux combats? 7. Kostunica pris au piège?) est
consultable sur le site http://www.lai-aib.org/balkans