Congrès de Toulouse de l’UNEF – 1-5 mai 1997. Celui auquel je n’avais pas prévu d’aller
par Jean-Pierre Delhon, de l'UGEM (Montpellier)

Quelques éléments de contexte

A la rentrée 1996, j’entre en maîtrise à l’Université Montpellier 2.

Je suis adhérent à l’UNEF depuis presque 3 ans et j’ai été président de l’association de Sciences et élu CEVU., où je siégerai jusqu’en 1997. J’ai été aussi délégué au congrès de 1995 qui se tenait à Montpellier.

On peut considérer que je fais partie des « cadres », même si je considère que ma « carrière » de responsable est derrière moi.

Dans la mosaïque des sensibilités politiques au sein de l’UNEF, je suis plutôt considéré comme proche de l’UEC, et par extension de la direction nationale, même si je ne suis membre d’aucune des deux.

Sur le plan syndical, 1996 a été marqué comme partout en France par la lutte contre la réforme Bayrou, puis les états généraux qui suivront pour éteindre la contestation. Lors des élections au conseil de l’UFR (il n’y en a qu’une) qui ont lieu en plein mouvement, nous raflons 6 sièges sur 8.

Nous sommes le seul syndicat sur l’UM2 – j’exclus volontairement les corpos et l’UNI.

Au niveau de la ville, l’UNEF se structure en deux associations, Sciences et Lettres. En Sciences, nous sommes plutôt « légitimistes » vis à vis du BN et militons dans une Université qui n’est pas sans problèmes mais difficile à mobiliser.

La « fac de lettres » (Paul-Valéry ou Montpellier 3 ) est plus « agitée », avec des mouvements réguliers. C’est de là qu’est originaire le SEUL (Syndicat Etudiant Unitaire et Laïque, issu de L’UNEF-ID). Contrairement à l’UM2, l’UNI est absente.

Nous n’avons aucune structure à Montpellier 1 (Droit-Eco-Médecinne-Pharmacie).

Le vote émis par Christophe Faverjon au CNESER sur la réforme Bayrou nous a tous laissés perplexes, mais l’opposition systématique aux arrêtés particuliers nous rassure un peu.

Nous voilà donc à la rentrée 1996, et plus précisément à l’AG de rentrée.

Cette AG va être le théâtre d’une bizarrerie difficile à décoder sur le moment. Cyrille Bernardin quitte la présidence et a pressenti Rémi Lacapère pour prendre la suite. Vu de ma fenêtre, ça ne pose pas de difficulté particulière. Cyrille est membre de l’UEC, et Rémi, s’il est plutôt JC, reste un membre du MJCF.

Contre lui se présente Pierre-Marie Ganozzi, connu pour être membre de la LCR. On s’écharpe parfois vivement en débat, mais on n’a pas de difficultés en général pour se retrouver autour d’une bière en fin de réunion.

La bizarrerie vient de ce que L’UEC locale va soutenir le candidat... de la LCR. Je n’ai jamais eu la raison profonde de ce soutien. Était ce pour l’attirer vers l’UEC ou pour une autre raison ? Je ne le sais toujours pas 30 ans après.

Au terme d’une réunion tendue, Rémi sera élu.

L’épisode suivant qui me vient à l’esprit est une autre réunion d’AG où nous devions commencer à discuter du congrès. Ça devait être en mars 97. Difficilement plus tard, car il n’était pas encore question de textes ou de délégation, juste de présenter l’organisation générale décidée en CN.

Nous apprenons lors de cette réunion que notre président est invité au BN le temps de la préparation du congrès.

Il y a eu une discussion très houleuse, au cours de laquelle on a eu toutes sortes d’arguments pour s’opposer à cette invitation.

Le plus fumeux à mon avis étant que le BN n’était pas légitime à inviter un de nos membres (le président en particulier) sans nous demander l’autorisation...

Le plus pertinent était que c’était une forme de cooptation et que ça anticipait sur les décisions du congrès. Celui-là au moins était recevable...

Je passe sur la discussion des textes qui se déroula comme d’habitude. C’était long, pénible, et avec pour moi l’impression de négocier sur des moitiés de virgules sans grand intérêt.

Je n’ai plus les noms de tous les délégués de Montpellier en tête, mais je sais que je n’avais pas souhaité en faire partie. (Il y avait notamment D. Ligot, élue CROUS, M. Chastagnier, présidente de Sciences, O. Chaudet et Y. Etienne de Sciences, G. Marin, PM Ganozzi et J. Besenguez de Lettres, R. Lacapère Président d’AG)

Arrive ici le 1° mai.

Comme je disposais d’un véhicule, et que les transports en commun de Montpellier ne fonctionnaient pas ce jour-là, j’emmenai quelques camarades à la gare pour leur départ vers Toulouse.

On se salue, on se compte et là... il en manque un...

Quelques un(e)s me regardent... « Il nous faut une délégation complète, t’as qu’à venir. »

J’ai été faible... Je suis venu...

Ç̧a me sera reproché plus tard, et c’était justifié. Au fond, je n’avais aucun mandat pour être là, et j’avais même dit haut et fort que je ne voulais pas y aller.

Nous arrivons à Toulouse, plus précisément à Rangueil.

Nous sommes reçus par un grand gaillard au crâne rasé que seule l’étoile rouge au revers de son blouson noir identifiait comme un potentiel allié. Je crois que c’était Laclau (je ne me souviens plus de son prénom), le président de l’AGET à ce moment-là.

Le congrès commence comme habituellement par l’élection du bureau. Si à Montpellier cette élection s’était déroulée dans le calme, ça prend une tout autre tournure : de nombreuses candidatures se manifestent. Les souvenirs sont peut-être trompeurs, mais il me semble que le bureau élu comportait au moins une dizaine de membres de plus que celui qui avait été présenté à l’origine.

Je ne me souviens plus très bien de tous les débats, mais certains m’ont marqué, comme celui sur la régularisation des sans-papiers. Un étudiant étranger (d’une AG parisienne je crois) nous expliquant qu’il ne demandait pas à l’UNEF qu’elle relaie cette revendication.

Un mot de la discussion sur le banquet prévu à la mairie de Toulouse. Notre délégation avait une position intermédiaire entre ceux qui parlaient de tradition républicaine et ceux qui parlaient de trahison : nous savions que le maire de Toulouse n’était pas un allié (pas plus que celui de Montpellier, bien que socialiste) mais nous savions aussi ce que pesait un repas imprévu dans un budget de congrès plus que serré. Nous avons donc plaidé pour aller à la mairie malgré nos divergences, voire même pour profiter de l’occasion pour les étaler au grand jour.

Autre souvenir : le discours du représentant de l’UNEF-ID qui était dans la continuité de celui fait à Montpellier et qui posait pour moi les prémices de la fusion absorption.

J’avais, avec d’autres, quitté la salle au bout d’un moment et nous nous sommes fait reprendre par C. Cukierman sur le thème « ça craint qu’il fasse son discours devant une salle vide. »

Je me souviens aussi du texte présenté par l’AGET sur les aides sociales qui me paraissait d’une très grande qualité, mais qui aurait largement mérité d’être fourni aux AG en même temps que les textes nationaux.

Présenté en fin de congrès quand les tensions étaient à leur comble, il n’a jamais été réellement discuté. A mon avis, c’est bien dommage.

Un souvenir marquant du banquet : le chauffeur du car retournant à son volant soutenu par deux camarades... Nous sommes retournés à la gare en covoiturage.

Voilà quelques souvenirs à 29 ans de distance, relatés avec honnêteté. JP Delhon. 16/05/2026.